Pourquoi le charbon connaît une expansion record en pleine crise climatique

Alors que 76 projets charbonniers ont été annulés en 2025, 257 nouveaux ont émergé, portant le pipeline mondial à 1 510 projets actifs. Cette expansion paradoxale du charbon, dominée à 70% par la Chine et soutenue par l’Inde, représente 740 GW de capacité future.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 20 octobre 2026 8h05
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Pourquoi le charbon connaît une expansion record en pleine crise climatique - © Economie Matin
5%Seules 5% des entreprises du Global Coal Exit List ont des plans crédibles de sortie du charbon

En 2025, pour chaque projet charbonnier abandonné, trois nouveaux ont été lancés. Au lieu de ralentir, l'industrie mondiale du charbon s'accélère : 257 projets ont été initiés contre 76 annulations, portant le total à 1 510 projets en développement. Cette expansion semble paradoxale alors que 717 institutions financières s'appuient sur les données d'Urgewald pour limiter leurs financements dans ce secteur.

Trois nouveaux projets pour une annulation : une dynamique inattendue

Selon le Global Coal Exit List 2026 publié par l'ONG allemande Urgewald, l'industrie charbonnière affiche une croissance surprenante. Pacôme David-Mauduit, chercheur senior chez Urgewald, observe : « Pour chaque projet arrêté, trois nouveaux sont annoncés. » Avec un pipeline atteignant 1 510 projets, ce ratio de 3:1 illustre une résilience qui défie les prévisions des analystes énergétiques.

Dans certaines régions, le secteur reste rentable malgré la pression réglementaire. Les coûts d'extraction du charbon demeurent compétitifs par rapport aux énergies renouvelables dans plusieurs marchés émergents, où la demande électrique augmente de 5 à 8% par an. Les entreprises charbonnières profitent de cette période avant d'éventuelles restrictions futures.

Capacité énergétique et flux d'investissements en transformation

Les 606 centrales thermiques prévues totalisent 740 GW de capacité, soit quatre fois la capacité actuelle des États-Unis, comparable à 370 réacteurs nucléaires moyens. Les nouveaux projets d'extraction visent 3 271 millions de tonnes par an, représentant 41% de la production mondiale actuelle de charbon thermique.

Cette expansion pourrait attirer entre 450 et 600 milliards de dollars d'investissements entre 2026 et 2035, principalement en Asie, alors que les fonds occidentaux se retirent. Ce déplacement géographique redessine le financement énergétique mondial et pose de nouvelles vulnérabilités systémiques, comme le souligne l'analyse des stratégies énergétiques européennes.

Concentration en Chine et diversification en Inde

Les entreprises chinoises dominent 70% du pipeline mondial de centrales thermiques. China Energy Investment Group prévoit 44 GW de nouvelle capacité, équivalente à la consommation électrique de la Pologne. La Chine justifie cette approche par la nécessité de sécuriser son approvisionnement énergétique face à une demande industrielle croissante.

En Inde, Coal India développe 552 millions de tonnes par an de nouvelle capacité. L'Inde, représentant 18% du pipeline global, soutient une électrification rurale croissante. Les investisseurs indiens favorisent le charbon pour son coût compétitif : 40 à 50 dollars le MWh contre 60 à 80 dollars pour le solaire avec stockage.

Absence de stratégie de transition : un défi pour les investisseurs

Seules 5% des entreprises du Global Coal Exit List ont des plans crédibles de sortie du charbon, exposant les investisseurs à des risques majeurs de stranded assets. Ces actifs pourraient perdre 60 à 80% de leur valeur d'ici 2040 si les réglementations climatiques se durcissent.

Heffa Schücking, directrice d'Urgewald, déclare : « L'électrification sans abandon du charbon, c'est comme se doucher avec de l'eau polluée. » Les investisseurs commencent à intégrer ces risques dans leurs modèles financiers, exerçant une pression à la baisse sur les valorisations boursières du secteur.

Les annulations de projets en 2025 résultent principalement de pressions financières et réputationnelles, plutôt que de choix stratégiques volontaires. Les entreprises optimisent leur portefeuille en abandonnant les projets les moins rentables tout en poursuivant les plus prometteurs.

Stabilité énergétique face aux risques d'actifs échoués

Avec 1 510 projets charbonniers en cours, le secteur offre une stabilité énergétique à des pays représentant 60% de la population mondiale, mais crée également une bulle d'actifs potentiellement non-rentabilisables si les objectifs climatiques se traduisent par des contraintes strictes.

Les investisseurs institutionnels se trouvent face à un dilemme : exclure le charbon pourrait les priver de rendements attractifs à court terme, mais y rester les expose à des dépréciations futures. Les agences de notation commencent à intégrer le risque climatique dans leurs évaluations, ajoutant une prime de risque croissante sur les obligations d'entreprises charbonnières.

Finalement, l'expansion du charbon en 2026 n'est pas tant une renaissance qu'un dernier sursaut. Avec 740 GW de capacité planifiée, elle représente une opportunité spéculative et une menace systémique. Les prochains trimestres révéleront si les marchés financiers internalisent ces risques ou si la bulle charbonnière continue de croître jusqu'à son éclatement inévitable.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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