Les marchés financiers ont une mémoire et une arithmétique que la classe politique française semble avoir perdues. Pendant que l'Assemblée nationale s'offre des récréations fiscales, la dette française se refinance à prix d'or. Un avertissement que personne ne veut entendre.
3 460 Mds€
Le montant de la dette publique française — soit environ 52 000 € par Français, nouveau-nés compris.
Les marchés ne mentent pas. Les politiques, si.
Il y a une beauté froide et implacable dans les marchés obligataires : ils ne font pas de démagogie. Quand la France émet de la dette, les investisseurs répondent par un chiffre. Ce chiffre, c'est le taux. Et ce taux monte. Pas brutalement, pas encore. Mais inexorablement.
La presse internationale l'écrit sans détour cette semaine : le duel annoncé pour la présidentielle française inquiète les chancelleries et les salles de marché. Deux candidats perçus comme dépensiers, deux programmes budgétaires dont personne ne sait comment les financer, et une dette qui dépasse allègrement 3 460 milliards d'euros. Les marchés font le calcul. Ils y arrivent très bien.
La France trouvera toujours preneur pour ses obligations, c'est entendu. Mais à quel prix ? Chaque point de taux supplémentaire, c'est plusieurs milliards d'euros de charge d'intérêts en plus. Des milliards qui ne financent ni un hôpital, ni une école, ni une infrastructure. Juste le coût de l'insouciance d'hier. Et quand on sait que la charge de la dette frôle déjà les 60 milliards d'euros par an — premier poste budgétaire de l'État à horizon 2027 — on mesure l'abîme dans lequel la complaisance collective nous conduit.
Le syndrome grec a un mode d'emploi bien connu
On aime croire en France que "ça n'arrive qu'aux autres". La Grèce, l'Italie, l'Argentine. Pays lointains, situations incomparables. Cette arrogance a un nom : le déni. Et le déni a un coût.
Regardons nos voisins avec un peu d'humilité. L'Allemagne affiche une dette publique à 63 % du PIB, contre 112 % pour la France. La Suède a reformaté entièrement son État dans les années 1990 après une crise financière majeure : elle en est sortie plus compétitive, plus solidaire, et avec des comptes à l'équilibre. Le Danemark dépense massivement mais avec une évaluation rigoureuse de chaque euro public. La Suisse, elle, a constitutionnalisé le frein à l'endettement. Ce n'est pas de la magie. C'est de la discipline.
En France, on a fait le chemin inverse. On a dépensé davantage que tous nos partenaires — 58,2 % du PIB en dépenses publiques, record de l'OCDE — sans jamais évaluer sérieusement ce que cela produisait. On a empilé les normes, les strates administratives, les régimes d'exception. Et quand les marchés s'inquiètent, on leur reproche leur "court-termisme".
L'heure n'est plus aux diagnostics, mais aux actes
Force est de constater que le problème n'est pas technique. Les solutions existent, elles sont documentées, elles ont été appliquées avec succès ailleurs. Réduire la dépense publique de cinq points de PIB sur une législature. Réformer le statut de la fonction publique pour introduire de la performance. Fusionner les échelons territoriaux qui se superposent sans se coordonner. Aligner les régimes de retraite.
Ce qui manque, c'est la volonté politique. Et tant que les candidats à la présidentielle rivalisent de promesses non financées plutôt que de courage budgétaire, les marchés continueront d'envoyer leur signal. Discret d'abord. Puis douloureux. Puis brutal.
La France n'est pas "too big to fail". Elle est simplement trop grande pour se permettre de le croire encore longtemps.
