L’intelligence artificielle ne représente que 15% de la consommation électrique des data centers en 2024, selon Lazard Frères Gestion et l’IEA. Le streaming et le stockage de données monopolisent les 85% restants. Décryptage des vrais chiffres économiques derrière une polémique souvent déconnectée des réalités énergétiques.
Intelligence artificielle : les vrais chiffres de la consommation énergétique

Alors que l'impact environnemental de l'intelligence artificielle suscite de vifs débats, une synthèse de Lazard Frères Gestion met en lumière une donnée essentielle : en 2024, l'IA ne représente que 15% de la consommation électrique des data centers. Le reste de l'énergie est principalement absorbé par le streaming et le stockage de données.
L'IA et la consommation des data centers : une idée reçue
Selon l'Agence internationale de l'énergie, les data centers consommeront 1,5% de la demande mondiale d'électricité en 2024, avec seulement 15% attribués à l'intelligence artificielle. Le stockage de données et le streaming vidéo accaparent les 85% restants. Par exemple, l'énergie consommée par Netflix dépasse largement celle de ChatGPT.
Un amalgame persiste entre IA et infrastructure numérique globale. Pourtant, les services hébergés par les data centers, comme le streaming vidéo ou les sauvegardes cloud, sont bien plus énergivores que l'IA générative, qui reste minoritaire malgré sa forte médiatisation.
Les plateformes de streaming (Netflix, YouTube, Amazon Prime) et les services de stockage cloud (Google Drive, Dropbox, iCloud) consomment la majorité de l'énergie des data centers. Regarder une série en 4K pendant une heure requiert plus d'énergie qu'une journée d'utilisation intensive de ChatGPT. Les chiffres confirment que l'IA est un usage marginal par rapport aux autres applications numériques.
Fabrication et exploitation : enjeux de l'empreinte carbone
L'empreinte carbone des data centers varie selon le mix énergétique local. Globalement, 20% de l'empreinte proviennent de la fabrication des serveurs, contre 75% de leur utilisation, bien que cette répartition soit influencée par la géographie énergétique.
En France, où le nucléaire représente une part importante du mix énergétique, la fabrication des serveurs compte pour 45% de l'empreinte. En Chine, dominée par le charbon, cette proportion tombe à 15%. Thibaut Mihelich et Armance Palleau de Lazard Frères Gestion soulignent l'importance de ces facteurs dans l'adoption et la localisation des infrastructures.
La fabrication de serveurs et d'équipements réseau mobilise des ressources rares et est énergivore. Selon le Shift Project, cette étape représente un cinquième de l'empreinte carbone mondiale. Les entreprises technologiques commencent à privilégier les fournisseurs à faible intensité carbone pour réduire cet impact.
Demande croissante et efficacité énergétique : une équation complexe
Depuis 2020, la demande en puissance de calcul croît en moyenne de 4,2 fois par an, tandis que l'efficacité énergétique des puces progresse de 26% à 40% par an. Cependant, l'augmentation des usages compense largement ces gains.
Les grandes entreprises comme Amazon, Google, Meta et Microsoft améliorent l'efficacité de leurs infrastructures. Toutefois, la multiplication des modèles d'IA et l'accroissement des requêtes utilisateurs nécessitent une puissance de calcul toujours plus grande. Un seul entraînement de modèle pourrait nécessiter jusqu'à 16 GW de puissance en 2030, comparable à la consommation estivale de New York. Lazard Frères Gestion précise que cela représente un défi pour la gestion des réseaux.
Stratégies économiques pour les entreprises
Face à ces défis énergétiques, les entreprises peuvent optimiser leur consommation. Optimiser les prompts permet de réduire les coûts énergétiques et financiers. Une étude de Jegham et al. indique qu'un prompt long consomme environ cinq fois plus qu'un prompt court. Lazard Frères Gestion recommande d'ajuster l'usage au besoin et de choisir des modèles adaptés pour réduire la facture énergétique de 30% à 50%.
La localisation des data centers est également cruciale pour l'empreinte carbone et les coûts. Aux États-Unis, les oppositions locales s'intensifient, comme en Pennsylvanie où un décret encadre strictement les nouvelles installations. Bien que la consommation d'eau des data centers soit globalement modeste, elle crée des tensions dans les zones arides.