Climat : la COP 17 biodiversité s’ouvre en Arménie

La COP 17 biodiversité s’ouvre à Erevan avec un constat économique alarmant : les gouvernements dépensent 2 600 milliards de dollars annuels en subventions nuisibles à la nature, soit 33 fois plus que les investissements de protection. Quatre ans après Montréal, seuls 18% des terres et 12% des mers sont protégées, loin de l’objectif de 30% pour 2030.

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By Cédric Bonnefoy Published on 21 octobre 2026 10h08
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Climat : la COP 17 biodiversité s’ouvre en Arménie - © Economie Matin
2.600 milliards de dollarsChaque année, les gouvernements investissent 2.600 milliards de dollars dans des mesures nocives pour le climat et la biodiversité selon les spécialistes présents à la COP 17.

Tandis que 200 pays se réunissent à Erevan pour sauver la biodiversité et le climat, un chiffre sombre domine les débats : les gouvernements mondiaux dépensent annuellement 2 600 milliards de dollars en subventions nuisibles à la nature. Un investissement pervers qui grève l'avenir économique de la planète. La COP 17 biodiversité, ouverte le 18 octobre 2026 en Arménie, intervient à mi-parcours des objectifs fixés à Montréal en 2022. Le constat économique s'avère alarmant : les États financent massivement la destruction qu'ils prétendent combattre.

La COP 17 s'ouvre sur un constat économique alarmant

La conférence d'Erevan rassemble près de 200 pays autour d'un objectif : accélérer la protection de la nature avant 2030. Quatre ans après l'adoption du cadre mondial de la biodiversité à Montréal, les progrès restent insuffisants selon France Info. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a dressé un bilan sans concession : « Le rapport montre un écart entre les ambitions et les actions réellement engagées. La guerre que nous menons à la nature n'est pas encore terminée. » Un euphémisme qui masque une réalité chiffrée brutale.

Le paradoxe des financements : 2 600 milliards contre les objectifs 2030

Jean Burkard, directeur du plaidoyer du WWF, résume la contradiction financière : « Il y a toujours un euro qui est mis pour réparer la nature et, à l'inverse, trente-trois euros pour la détruire. » Les gouvernements injectent 2 600 milliards de dollars annuels dans des subventions préjudiciables à la biodiversité. Agriculture industrielle, déforestation encouragée, pesticides massifs : autant de secteurs financés par l'argent public. Le cadre de Montréal visait pourtant une réduction de 500 milliards de dollars par an de ces aides destructrices d'ici 2030. La trajectoire actuelle en reste loin. « Il y a un moment où il faut passer à la caisse », prévient Burkard. Sauf que la caisse alimente le mauvais camp.

18% des terres protégées : un déficit d'investissement majeur

Seuls 18% des terres et 12% des mers bénéficient aujourd'hui d'un statut de protection, loin de l'objectif de 30% fixé pour 2030. Le retard d'investissement explique en partie ce déficit. Protéger efficacement un espace naturel coûte cher : surveillance, restauration, compensation des activités économiques interdites. Or les budgets publics privilégient les secteurs productifs à court terme. Le ratio 1 pour 33 révélé par le WWF illustre une logique économique perverse : chaque euro investi dans la conservation se heurte à trente-trois euros qui financent son contraire. Le Monde souligne les leviers disponibles pour corriger la trajectoire, mais leur activation reste hypothétique.

Quatre ans pour rattraper quatre décennies de destruction

La communauté internationale dispose de quatre années pour atteindre les objectifs 2030. Un délai qui paraît dérisoire au regard des quatre décennies de dégradation accélérée. La COP 17 marque le point de mi-parcours : mi-temps du match, score défavorable. Les négociations précédentes ont révélé les blocages structurels. La COP 16 à Cali en 2024 a nécessité un round supplémentaire à Rome en février 2025 pour aboutir à un accord. Les États rechignent à transformer leurs engagements en contraintes budgétaires. L'Arménie, pays hôte, tente de montrer l'exemple. Le gouvernement arménien lance la construction de grandes retenues d'eau avec le soutien de l'Agence française de développement. Une initiative locale face à un défi planétaire.

73% de déclin faunique : le coût caché de l'économie actuelle

Les populations d'animaux sauvages ont chuté de 73% depuis 1970. Un effondrement qui traduit un coût économique invisible mais réel. La biodiversité fournit des services écosystémiques évalués à plusieurs dizaines de milliers de milliards de dollars : pollinisation, régulation du climat, fertilité des sols, épuration de l'eau. Leur dégradation entraîne des coûts croissants pour les compenser artificiellement. L'agriculture industrielle, subventionnée à hauteur de centaines de milliards, détruit les pollinisateurs naturels. Les exploitations doivent ensuite payer pour la pollinisation manuelle ou mécanique. Un million d'espèces animales et végétales sont menacées d'extinction dans les prochaines décennies. Chaque disparition ampute le capital naturel disponible pour les générations futures.

Les objectifs de Montréal face à la réalité des chiffres

Le cadre mondial de la biodiversité adopté en 2022 fixait des cibles ambitieuses : protection de 30% des terres et océans, réduction de moitié du risque lié aux pesticides, restauration de 30% des espaces dégradés. Quatre ans plus tard, aucun objectif n'affiche une trajectoire satisfaisante. Les pesticides continuent d'augmenter dans de nombreuses régions. La restauration des espaces dégradés bute sur les coûts et les conflits d'usage. La protection des aires marines peine à dépasser 12%, freinée par les intérêts de la pêche industrielle. Les chiffres révèlent un décalage systématique entre annonces diplomatiques et réalité budgétaire. Les plans nationaux de biodiversité restent sous-financés, souvent relégués derrière les priorités économiques immédiates.

Erevan 2026 : un tournant économique nécessaire

La COP 17 doit trancher une question économique simple : continuer à financer la destruction ou réorienter les flux financiers vers la protection ? Les 2 600 milliards de subventions nuisibles représentent cinq fois le montant nécessaire pour atteindre les objectifs 2030 selon les estimations du WWF. Réaffecter ne serait-ce que 20% de ces aides libérerait 520 milliards annuels pour la conservation. Un calcul simple que les gouvernements refusent d'opérer. Les lobbies agricoles, forestiers et industriels pèsent lourd dans les arbitrages budgétaires. Réformer les subventions implique de bousculer des intérêts établis, de compenser des pertes à court terme pour des gains à long terme. Un pari politique que peu d'États osent prendre en période d'incertitude économique. Pourtant, le coût de l'inaction augmente chaque année. Les catastrophes naturelles amplifiées par la dégradation des écosystèmes coûtent déjà des centaines de milliards. La question n'est plus de savoir s'il faut investir dans la biodiversité, mais combien de temps les gouvernements peuvent se permettre de ne pas le faire. Erevan marquera-t-elle le tournant ou un nouveau rendez-vous manqué ? La réponse se lira dans les budgets 2027, pas dans les communiqués finaux.

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Cédric Bonnefoy est journaliste en local à la radio. À côté, il collabore depuis 2022 avec Économie Matin.

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