Le Sénat a adopté le 21 octobre 2026 une prolongation de deux ans de l’encadrement des loyers, rejetant la pérennisation souhaitée par les députés. Ce vote à 325 voix contre 17 soulage 1,2 million de locataires dans 70 communes, mais maintient le dispositif dans un statut provisoire jusqu’en 2028, le temps de mieux évaluer ses effets économiques sur le marché locatif.
Loyers : 1,2 million de locataires sauvés, mais pour deux ans seulement

Le Sénat a tranché : l'encadrement des loyers ne disparaîtra pas le 24 novembre. Mais sa prolongation jusqu'en 2028 masque une vraie prudence économique du gouvernement, qui refuse de pérenniser le dispositif faute de données suffisantes. Le 21 octobre 2026, les sénateurs ont adopté à 325 voix contre 17 une prolongation de deux ans du plafonnement des loyers, rejetant la pérennisation réclamée par les députés. Un vote massif qui soulage 1,2 million de locataires, mais déçoit les maires et associations qui espéraient une stabilisation définitive du dispositif.
Un vote massif, 325 voix pour, mais seulement deux ans de prolongation
L'adhésion parlementaire ne laisse aucun doute : seul le Rassemblement national s'est opposé au texte. Tous les autres groupes, de la gauche à la droite républicaine, ont soutenu la prolongation. Pourtant, le Sénat a refusé d'aller au bout de la logique défendue par l'Assemblée nationale. Les députés voulaient pérenniser l'encadrement des loyers et l'étendre à de nouvelles communes. Les sénateurs ont préféré maintenir le statu quo géographique : 70 communes restent concernées, aucune nouvelle ville ne peut rejoindre l'expérimentation avant 2028.
Iñaki Echaniz, député socialiste des Pyrénées-Atlantiques et auteur de la proposition de loi initiale, salue malgré tout « une véritable avancée pour protéger le pouvoir d'achat de millions de locataires », selon Le Monde. Il reconnaît que « en raison du contexte et des équilibres politiques, ce vote n'était pas acquis ». Sans cette prolongation, le dispositif aurait expiré le 24 novembre, ouvrant la porte à une hausse immédiate des loyers dans les zones tendues.
Pourquoi le gouvernement freine l'ambition des députés
Vincent Jeanbrun, ministre du Logement, assume une position ambivalente. Opposé personnellement au plafonnement, il accepte néanmoins la prolongation « pour les communes déjà bénéficiaires et uniquement pour celles-ci ». Son calcul est simple : gagner du temps pour évaluer scientifiquement les effets du dispositif avant que la prochaine majorité présidentielle ne tranche définitivement. L'exécutif souhaite collecter davantage de données sur l'impact réel de l'encadrement, notamment sur l'offre locative.
Les sénateurs partagent cette prudence. Ils ont introduit un amendement pour enrichir la base déclarative « Gérer mon bien immobilier », afin de mieux mesurer l'évolution du parc locatif privé. L'objectif : déterminer si le plafonnement réduit l'offre de logements disponibles, comme le craignent les fédérations immobilières, ou protège efficacement les locataires sans effet pervers majeur.
Ce qui change pour les propriétaires bailleurs
Les plafonds restent figés jusqu'en 2028
Pour les propriétaires, la prolongation signifie deux années supplémentaires de contraintes. Dans les 70 communes concernées (Paris, Lille, Lyon-Villeurbanne, Bordeaux, Montpellier, Grenoble, Plaine Commune, Est Ensemble et le Pays basque), les loyers ne pourront toujours pas dépasser 20 % au-dessus du loyer médian fixé par le préfet. Aucune marge de manœuvre supplémentaire, aucune évolution du dispositif : le gel est total.
Les bailleurs qui espéraient une suppression du plafonnement devront patienter au minimum jusqu'en 2028. Ceux qui envisageaient d'investir dans de nouvelles communes candidates à l'encadrement peuvent souffler : aucune extension géographique n'est autorisée pendant ces deux ans. Le périmètre actuel reste verrouillé, ce qui stabilise les règles du jeu pour les investisseurs locatifs.
Un délai de contestation allongé : nouvelle règle pour les compléments de loyer
Le texte sénatorial introduit un changement significatif : le délai pour contester un complément de loyer passe de trois mois à un an. Concrètement, si un propriétaire justifie un loyer supérieur au plafond par des caractéristiques exceptionnelles du logement (vue remarquable, équipements haut de gamme), le locataire dispose désormais de douze mois pour contester cette majoration auprès de la commission de conciliation.
Cet allongement renforce le pouvoir de négociation des locataires et complique la gestion pour les bailleurs. Un complément de loyer accepté tacitement pendant trois mois pouvait auparavant être considéré comme validé. Désormais, l'incertitude juridique s'étend sur toute la première année de bail, ce qui peut freiner certains propriétaires dans leur stratégie tarifaire.
Ce qui change pour les locataires
Stabilité garantie, mais sans élargissement géographique
Les 1,2 million de locataires vivant dans les zones concernées peuvent respirer : leurs loyers resteront plafonnés au moins jusqu'en 2028. À Paris, l'encadrement permet une économie moyenne de 5 % sur les loyers, soit environ 85 euros par mois selon une étude conjointe de l'Atelier parisien d'urbanisme, du CESAER, de l'université de Poitiers et de SeLoger. Pour les petits logements de moins de 18 m², l'effet grimpe à 12,4 % d'économie.
En revanche, les locataires des communes candidates à l'encadrement devront attendre. Plusieurs villes souhaitaient rejoindre le dispositif, mais le Sénat a bloqué toute extension. Le périmètre actuel couvre 70 communes sur les neuf territoires autorisés, laissant de nombreux locataires en zone tendue sans protection tarifaire.
1,2 million de locataires maintenus sous protection
Sur les 7,7 millions de locataires du parc privé en France, seuls 1,2 million bénéficient de l'encadrement. Ce chiffre illustre la portée limitée du dispositif, concentré sur les métropoles les plus tendues. Jacques Baudrier, adjoint à la mairie de Paris chargé du logement, avait prévenu : « Sans adoption définitive du texte avant le 24 novembre, un vide juridique risque d'ouvrir la voie à de nouvelles dérives spéculatives. »
La prolongation évite ce scénario catastrophe. Les locataires parisiens, lillois ou bordelais conservent leur bouclier tarifaire. Mais l'horizon reste incertain : dans deux ans, le débat recommencera. Pérennisation, suppression ou nouvelle prolongation ? Tout dépendra des résultats de l'évaluation scientifique en cours et de la couleur politique de la future majorité présidentielle.
Le calendrier critique : avant le 15 novembre
L'urgence n'a pas disparu. L'Assemblée nationale doit voter le texte sénatorial sans modification avant le 15 novembre pour permettre une promulgation avant le 24 novembre, date d'expiration légale du dispositif. Toute modification relancerait une navette parlementaire qui risquerait de dépasser l'échéance fatidique. Les députés socialistes, à l'origine de la proposition de loi, devront donc accepter la version minimaliste du Sénat ou prendre le risque d'un vide juridique.
Le gouvernement pousse pour une adoption conforme. Vincent Jeanbrun a clairement signalé qu'il n'accepterait pas de retour à une pérennisation. Les maires des villes concernées, bien que déçus de l'absence d'extension, préfèrent une prolongation limitée à une disparition totale. Le compromis sénatorial, aussi prudent soit-il, semble donc destiné à passer tel quel.
D'ici 2028, les données collectées via la plateforme « Gérer mon bien immobilier » devront éclairer le débat. L'encadrement des loyers protège-t-il réellement le pouvoir d'achat sans assécher l'offre locative ? La réponse conditionnera l'avenir de 1,2 million de ménages français. En attendant, propriétaires et locataires naviguent dans un cadre provisoire, suspendu aux résultats d'une expérimentation qui dure depuis 2014 sans jamais trouver sa forme définitive.