Le décret du 21 octobre 2026 accorde à Imerys l’exploitation de la mine de lithium de Beauvoir jusqu’en 2075. Avec 373 millions de tonnes de minerai réévaluées et une production annuelle de 34 000 tonnes d’hydroxyde de lithium, ce gisement transforme l’économie du véhicule électrique en France : réduction de la dépendance aux importations, baisse des coûts de batterie et création d’emplois directs en Auvergne.
Lithium : comment la mine de Beauvoir transforme la filière automobile

Le décret du 21 octobre 2026 accorde à Imerys l'exploitation de la mine de Beauvoir jusqu'en 2075. Avec 373 millions de tonnes de minerai réévaluées, ce gisement transforme l'économie du véhicule électrique en France : moins de dépendance aux importations, des coûts de batterie en baisse, et des emplois directs et indirects dans le cœur de l'Auvergne. Le lithium, élément critique pour les batteries automobiles, devient enfin une ressource nationale stratégique.
Un gisement qui change la donne économique européenne
373 millions de tonnes : la réévaluation qui bascule les calculs
En juillet 2025, Imerys annonce une réévaluation majeure du gisement de Beauvoir. Les réserves passent de l'estimation initiale de 2022 à 373 millions de tonnes de minerai, titrant 1 % d'oxyde de lithium. Ce triplement bouleverse les perspectives industrielles. Le site positionne désormais la France parmi les cinq premiers gisements mondiaux en roche dure, loin derrière l'Australie mais devant plusieurs producteurs européens. L'investissement total grimpe à 1,8 milliard d'euros, augmenté de 800 millions depuis 2022 en raison des normes environnementales et de l'inflation. La Banque des Territoires injecte 50 millions d'euros, soit environ 30 % du capital selon Bercy, tandis que l'Union européenne promet 116 millions via son Fonds pour l'innovation.
34 000 tonnes par an de lithium : quel impact sur les prix des batteries ?
La production annuelle visée, 34 000 tonnes d'hydroxyde de lithium à partir de 2030, représente un volume stratégique. À titre de comparaison, une batterie de véhicule électrique contient entre 8 et 12 kilogrammes de lithium pur. Selon Europe 1, cette capacité permettra d'équiper 700 000 véhicules électriques annuellement. L'approvisionnement local réduit les coûts logistiques et les risques géopolitiques liés aux importations depuis l'Australie ou le Chili. Les économistes anticipent une pression baissière sur les prix des cellules de batterie dès 2032, lorsque la production atteindra son rythme de croisière. Le décret officialise que « le lithium qui y sera produit a vocation à alimenter la chaîne de valeur des batteries française et européenne », sécurisant ainsi les approvisionnements des gigafactories ACC, AESC et Verkor.
La chaîne de valeur française du véhicule électrique enfin complète
De la mine au véhicule : comment Beauvoir raccourcit la supply chain
Le projet Emili (Exploitation de mica lithinifère par Imerys) organise une filière intégrée. Le minerai sera extrait à environ 400 mètres de profondeur via une mine souterraine sur les communes d'Échassières, Nades, Lalizolle (Allier) et Servant (Puy-de-Dôme). Le concentré transitera ensuite vers l'usine de conversion de Saint-Victor, près de Montluçon, où il sera transformé en hydroxyde de lithium de qualité batterie. Cette proximité géographique élimine les étapes d'exportation vers l'Asie, où 80 % du raffinage mondial s'effectue actuellement. L'État français multiplie les interventions dans la métallurgie stratégique, comme l'illustre sa prise de participation dans Eramet. La délégation interministérielle aux approvisionnements en minerais et métaux stratégiques (Diamms) souligne qu'« il s'agit d'une étape importante dans le projet Emili qui vise à renforcer la sécurité d'approvisionnement de la France et de l'Europe en lithium, élément majeur de la transition énergétique ».
700 000 véhicules par an : un marché captif pour l'industrie française
La capacité annuelle de 700 000 véhicules électriques représente entre un tiers et la moitié des besoins français estimés à 1,5 million de VE par an d'ici 2030. Renault, Stellantis et les nouveaux entrants bénéficieront d'un approvisionnement sécurisé, sans dépendre des fluctuations du marché asiatique. BFM TV rappelle que le projet s'inscrit dans les 150 grands chantiers prioritaires, représentant 70 milliards d'euros d'investissement et 30 000 emplois au total. La concession court jusqu'au 23 mai 2075, offrant une visibilité industrielle exceptionnelle. Les constructeurs automobiles négocient déjà des contrats d'approvisionnement pluriannuels, anticipant une stabilisation des prix autour de 15 000 euros par tonne contre 20 000 actuellement.
Emplois et retombées territoriales : l'Allier bénéficiaire
Au-delà de la mine : les métiers de demain en Auvergne
Le projet génère entre 500 et 1 000 emplois directs selon les estimations d'Imerys. Ingénieurs miniers, techniciens de maintenance, chimistes spécialisés dans l'hydrométallurgie, logisticiens : autant de profils qualifiés recherchés. L'Humanité souligne les interrogations locales sur la ressource en eau et la forêt des Colettes, mais les retombées fiscales pour les communes concernées s'annoncent substantielles. La préfecture de l'Allier programme une enquête publique pour 2027, permettant d'ajuster les garanties environnementales. Les sous-traitants régionaux (BTP, transports, services) multiplieront les emplois indirects. Le débat politique sur l'automobile française intègre désormais la dimension minière, preuve de l'importance stratégique du dossier.
Consommateurs européens : des batteries moins chères dès 2030 ?
La baisse anticipée des coûts de production du lithium devrait se répercuter sur le prix final des véhicules électriques. Les analystes tablent sur une réduction de 10 à 15 % du coût des batteries d'ici 2032, soit environ 1 500 à 2 000 euros d'économie par véhicule. La parité prix avec les véhicules thermiques pourrait ainsi être atteinte dès 2033, deux ans avant les projections actuelles. Le décret n° 2026-969 autorise également Imerys à améliorer sa connaissance géologique du gisement, notamment ses extensions en profondeur et vers le sud. Ces réserves additionnelles garantissent la pérennité de l'approvisionnement bien au-delà de 2050. Pour les ménages européens, la mine de Beauvoir incarne la promesse d'une mobilité électrique enfin accessible, sans compromis sur la performance. Reste à valider les impacts environnementaux lors de l'enquête publique de 2027, ultime étape avant le démarrage effectif de l'exploitation.
