Le PDG d’Airbnb Brian Chesky identifie deux profils d’employés menacés par l’intelligence artificielle : les gestionnaires sans expertise technique et les travailleurs refusant d’évoluer. Face à une transformation estimée à 12-18 mois par Microsoft, le dirigeant prône un modèle de manager hybride combinant leadership et contribution directe.
Votre poste est-il menacé ? Le PDG d’Airbnb révèle qui l’IA éliminera

Le PDG d'Airbnb, Brian Chesky, a identifié deux catégories d'employés particulièrement exposées au risque d'obsolescence face à la transformation portée par l'intelligence artificielle : les gestionnaires sans contribution technique et les travailleurs refusant l'évolution. Une analyse qui remet en question les modèles managériaux traditionnels et pose des questions majeures sur l'avenir de l'emploi en France.
Ce que dit Brian Chesky sur l'avenir de l'emploi
Dans une intervention sur le podcast Invest Like The Best début 2026, Brian Chesky, à la tête d'une entreprise valorisée 103 milliards de dollars, a formulé un diagnostic sans détour. Selon lui, deux profils professionnels ne franchiront pas le cap de l'ère de l'intelligence artificielle. Le dirigeant affirme que les gestionnaires purs et les personnes rigides face au changement constituent les maillons faibles de la transformation en cours.
Profil 1 : les gestionnaires purs, en première ligne
« Je ne pense pas que les gestionnaires de personnes auront une quelconque valeur à l'avenir. Quand je parle de gestionnaires de personnes, je vise ceux qui ne font que gérer des personnes. Vous ne pouvez pas être ces managers qui jouent les thérapeutes, enchaînent les réunions et les entretiens individuels », déclare Chesky. Le fondateur d'Airbnb cible spécifiquement les cadres intermédiaires dont la fonction se limite à l'animation d'équipes sans apport technique direct. Pour lui, l'intelligence artificielle rend caduque un modèle managérial fondé uniquement sur la coordination humaine. Les outils génératifs automatisent déjà une partie substantielle des tâches administratives, de planification et de reporting qui occupaient traditionnellement ces postes. La question n'est plus de savoir si l'emploi disparaîtra, mais quand.
Profil 2 : les travailleurs rigides face au changement
La seconde catégorie visée regroupe les professionnels refusant d'évoluer avec les technologies émergentes. « Les deux types de personnes qui ne feront pas la transition vers l'IA sont les gestionnaires purs et les personnes rigides qui ne veulent pas changer et évoluer », précise le PDG. Mustafa Suleyman, responsable de l'intelligence artificielle chez Microsoft, estime que la transformation majeure des fonctions professionnelles interviendra sous 12 à 18 mois. Chesky insiste sur l'accessibilité de la maîtrise de l'IA pour tous les professionnels dotés d'une mentalité de croissance, sans nécessiter d'expertise technique approfondie. Le refus d'apprendre devient ainsi plus pénalisant que le manque de compétences initiales.
Le modèle du manager hybride : la solution proposée
Face à l'obsolescence programmée du manager traditionnel, Chesky promeut un nouveau standard : le manager hybride ou manager-contributeur individuel (IC). Dans ce modèle, les responsables d'équipe conservent une implication directe dans la production, au-delà de leurs fonctions d'encadrement. Ils codent, conçoivent, analysent ou créent, tout en dirigeant. L'intelligence artificielle permet justement d'automatiser les tâches administratives chronophages, libérant du temps pour cette double casquette. Le dirigeant d'Airbnb considère que la valeur ajoutée réside désormais dans l'expertise concrète, pas dans la simple supervision.
L'exemple de Jony Ive : leader et contributeur
Pour illustrer son propos, Chesky cite Jony Ive, ancien directeur du design chez Apple. Ive incarnait parfaitement le manager hybride : tout en dirigeant les équipes de conception, il restait personnellement impliqué dans le processus créatif, dessinant, prototypant, affinant chaque détail. Son leadership ne se limitait pas à valider le travail d'autrui, il produisait lui-même. Selon Chesky, l'IA renforce la pertinence de ce modèle en permettant aux dirigeants de rester opérationnels sans sacrifier leur vision stratégique. Le PDG d'Airbnb affirme d'ailleurs que l'intelligence artificielle représente « la meilleure chose qui soit jamais arrivée à Airbnb », constituant un avantage opérationnel majeur pour l'entreprise.
Ce ne sont pas les machines qui suppriment les emplois, mais les utilisateurs d'IA
Jensen Huang, PDG de Nvidia (valorisée 5,23 trillions de dollars), formulait déjà en 2025 lors de la Milken Institute Global Conference un constat similaire : « Vous ne perdrez pas votre emploi à cause d'une IA, mais à cause de quelqu'un qui utilise l'IA. » La nuance est fondamentale. La menace ne vient pas de la technologie elle-même, mais de l'écart de productivité qu'elle creuse entre adoptants et réfractaires. Un salarié maîtrisant les outils génératifs peut accomplir en quelques heures ce qui prenait auparavant plusieurs jours. Les entreprises françaises, déjà fragilisées par les incertitudes économiques, ne pourront maintenir indéfiniment des postes dont la productivité stagne tandis que d'autres explosent.
L'accessibilité de la maîtrise de l'IA pour tous les professionnels
Contrairement aux révolutions technologiques précédentes qui exigeaient des compétences pointues (programmation, ingénierie), l'intelligence artificielle générative se démocratise rapidement. Les interfaces conversationnelles comme ChatGPT, Perplexity ou Google AI Overview permettent à tout professionnel d'interroger, d'analyser et de produire sans formation informatique lourde. Chesky souligne que la barrière d'entrée n'est plus technique mais psychologique : accepter d'apprendre, d'expérimenter, d'intégrer de nouveaux réflexes. Dario Amodei, PDG d'Anthropic, avait averti que 50% du travail intellectuel d'entrée de gamme pourrait être perturbé. La question n'est plus de savoir si l'IA transformera l'emploi, mais qui saura s'adapter.
Implications pour l'économie française : Quels secteurs sont les plus exposés ?
Les fonctions administratives, de coordination et de gestion intermédiaire concentrent les risques les plus élevés. Les secteurs bancaire, assurantiel, ressources humaines, logistique et marketing digital emploient massivement des profils correspondant aux deux catégories identifiées par Chesky. En France, les cadres intermédiaires représentent plusieurs millions d'emplois. Leur reconversion massive poserait un défi économique et social majeur. Les entreprises dirigées par des fondateurs et préparées au changement bénéficieront de l'IA, tandis que les structures rigides subiront des perturbations majeures. Pour les ménages, l'enjeu dépasse la simple crainte du licenciement : la polarisation des salaires entre utilisateurs d'IA et autres pourrait accentuer les inégalités. Les professionnels refusant d'évoluer risquent non seulement la perte d'emploi, mais aussi un déclassement salarial durable. Airbnb illustre cette transformation : l'entreprise a supprimé le 20 novembre 2026 l'obligation pour les clients de faire des tâches ménagères, répondant aux attentes de 60% des voyageurs américains. La flexibilité et l'adaptation deviennent des avantages compétitifs décisifs, pour les entreprises comme pour les individus.