Une étude OpinionWay pour Gedeon d’octobre 2026 révèle un paradoxe économique majeur : 86 % des dirigeants de TPE-PME jugent l’épargne salariale pertinente, mais 75 % la considèrent comme trop complexe à déployer. L’évaluation du coût, citée par 42 % des répondants, constitue le principal frein, alors que 17 500 entreprises sont soumises à l’obligation de partage de la valeur depuis janvier 2025.
L’obstacle qui empêche 17 500 entreprises d’adopter l’épargne salariale

Une adhésion théorique massive confrontée à la réalité économique
86 % des dirigeants convaincus, mais 75 % paralysés par la complexité
L'enquête OpinionWay menée auprès de 303 décisionnaires d'entreprises de 2 à 249 salariés dessine un paradoxe saisissant. Si l'immense majorité reconnaît la pertinence de l'épargne salariale pour fidéliser les équipes et optimiser la rémunération, trois quarts des répondants buttent sur la complexité administrative. « L'enquête met en lumière un paradoxe : les dirigeants perçoivent les bénéfices de l'épargne salariale et sont nombreux à envisager de franchir le pas, mais peinent encore à identifier et à mettre en œuvre une solution adaptée à leur entreprise », résume le communiqué de presse diffusé mardi. Les dirigeants se heurtent à une réalité opérationnelle : monter un dispositif d'épargne exige des compétences juridiques, fiscales et RH souvent absentes dans les structures de moins de 50 salariés.
L'évaluation du coût : le véritable obstacle (42 % des répondants)
Derrière la complexité perçue se cache un blocage économique concret. 42 % des dirigeants interrogés citent la difficulté à évaluer le coût pour l'entreprise comme premier frein. Combien coûte réellement un Plan d'Épargne Retraite d'Entreprise Collectif (PERECO) ? Quels abondements prévoir ? Quelles charges sociales et fiscales anticiper ? Les dispositifs comme le PERECO offrent pourtant un cadre fiscal avantageux depuis 2020, mais leur lecture reste opaque pour les non-initiés. Les TPE-PME, contrairement aux grands groupes dotés de directions financières étoffées, manquent d'outils de simulation fiables. Résultat : face à l'incertitude budgétaire, l'immobilisme l'emporte sur l'intention.
La réforme de janvier 2025 : une obligation qui rencontre une frilosité économique
17 500 entreprises concernées par l'obligation de partage de valeur
Depuis le 1er janvier 2025, les entreprises de 11 à 49 salariés réalisant un bénéfice net fiscal d'au moins 1 % de leur chiffre d'affaires pendant trois années consécutives doivent mettre en place un dispositif de partage de la valeur. Selon la Dares, environ 17 500 structures sont directement visées par cette obligation. « Pendant des années, l'épargne salariale a été pensée pour les grandes entreprises. La loi sur le partage de la valeur change complètement la donne : des dizaines de milliers de PME doivent désormais s'équiper », analyse Julien Jacquemin, CEO de Gedeon. Pourtant, quinze mois après l'entrée en vigueur de la loi, le taux d'équipement effectif reste flou. L'obligation légale se heurte à la capacité réelle d'exécution des petites structures, prises entre contrainte réglementaire et ressources limitées.
L'écart entre intention (73 % en 12 mois) et capacité réelle de mise en œuvre
Le sondage révèle un autre décalage : 73 % des dirigeants envisagent de mettre en place un dispositif d'épargne salariale dans les 12 prochains mois. Ce chiffre grimpe même à 87 % pour les entreprises de 10 à 49 salariés, directement concernées par l'obligation. Mais vouloir et pouvoir ne se confondent pas. L'intention affichée masque mal les obstacles financiers et organisationnels. Les dirigeants manquent de temps, d'accompagnement et de visibilité sur le retour sur investissement. Les entrepreneurs français aiment leur entreprise, mais peinent à transformer l'adhésion théorique en action concrète. Entre l'intention déclarée et le passage à l'acte, le risque de non-conformité plane sur des milliers de structures.
Disparités économiques : les micro-entreprises plus vulnérables
De 2 à 9 salariés : manque d'accompagnement et ressources limitées
Les disparités selon la taille d'entreprise accentuent le déséquilibre. Dans les structures de 2 à 9 salariés, 41 % des dirigeants estiment manquer d'accompagnement, contre 27 % dans la tranche 10-49 salariés. Les plus petites entreprises cumulent les handicaps : absence de service RH dédié, budget formation réduit, méconnaissance des dispositifs disponibles. Elles subissent une double peine : exclues de l'obligation légale, elles restent aussi à l'écart des solutions simplifiées qui émergent pour répondre aux contraintes des 17 500 entreprises visées. Pourtant, leurs salariés aspirent aux mêmes avantages que ceux des structures plus grandes. Le fléchage de l'épargne réglementée pourrait offrir des pistes, mais encore faut-il que les TPE y accèdent.
Le marché de l'épargne salariale traverse une phase de mutation. Les acteurs traditionnels, habitués aux grands comptes, doivent repenser leurs offres pour les adapter aux contraintes budgétaires et organisationnelles des TPE-PME. Les solutions digitalisées, les forfaits simplifiés et l'accompagnement personnalisé deviennent des impératifs. Sans quoi, le fossé entre grandes et petites entreprises continuera de se creuser, au détriment des salariés des structures les plus modestes.
