Depuis Sydney, le délégué interministériel Benjamin Gallezot estime qu’une diversification significative des terres rares hors de Chine pourrait être obtenue en trois à cinq ans. Les projets industriels français de La Rochelle et de Lacq illustrent cette stratégie, dont la fabrication d’aimants reste un maillon décisif.
Terres rares : la France mise sur une diversification de l’approvisionnement en trois à cinq ans

La dépendance industrielle à la Chine pour les terres rares pourrait commencer à reculer sensiblement d’ici trois à cinq ans. C’est l’horizon avancé mercredi 28 octobre 2026 par Benjamin Gallezot, délégué interministériel français aux approvisionnements en minerais et métaux stratégiques, lors d’une conférence minière à Sydney, en Australie. L’enjeu concerne directement les constructeurs automobiles, les équipementiers, les fabricants d’éoliennes et les industries de défense implantés en France.
Dans un entretien rapporté par Reuters, le responsable français estime que l’accélération de projets déjà engagés dans plusieurs pays pourrait permettre de diversifier les fournisseurs à cette échéance. Il s’agit d’une perspective industrielle conditionnée à la réalisation des investissements, et non d’un calendrier garanti de sortie de dépendance.
Pourquoi les aimants sont au cœur du problème
Les terres rares regroupent des métaux employés notamment dans les aimants permanents de haute performance. Ces composants entrent dans certains moteurs électriques, les équipements de production d’énergie, l’électronique et des systèmes militaires. Leur chaîne de valeur comporte plusieurs étapes distinctes : extraction des minerais, séparation et raffinage, production d’alliages, puis fabrication des aimants.
Selon les éléments recueillis par Reuters, la Chine assure jusqu’à 90 % de la production de certaines catégories d’aimants spécialisés. Les restrictions chinoises à l’exportation ont montré en 2025 la vulnérabilité de plusieurs filières industrielles, notamment l’automobile. La multiplication des mines et des capacités de raffinage peut réduire cette exposition, mais Benjamin Gallezot identifie la fabrication des aimants comme un possible goulet d’étranglement.
Cette distinction est importante pour les entreprises françaises : disposer d’oxydes de terres rares séparés ne suffit pas à sécuriser les livraisons de composants finis. Les industriels doivent aussi pouvoir contractualiser des volumes, obtenir des qualités compatibles avec leurs procédés et développer les capacités de transformation intermédiaires.
La Rochelle et Lacq, deux pièces de la filière française
À La Rochelle, le groupe belge Solvay a annoncé le lancement de la production commerciale de terres rares destinées aux aimants permanents. Son communiqué industriel présente cette extension comme une étape vers l’objectif de répondre à 30 % de la demande européenne de terres rares de qualité adaptée aux aimants d’ici 2030. Il s’agit de l’ambition affichée par l’entreprise, dont la réalisation dépendra notamment des approvisionnements et de la montée en capacité.
À Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques, Carester développe l’usine Caremag, consacrée au recyclage d’aimants et à la séparation de terres rares issues de concentrés miniers. L’entreprise a annoncé un financement de 216 millions d’euros, comprenant des engagements de partenaires japonais et un soutien public français. Son projet prévoit de traiter à terme 2 000 tonnes d’aimants et 5 000 tonnes de concentrés miniers par an. Ces capacités annoncées ne doivent pas être confondues avec des volumes déjà effectivement produits.
La dimension internationale est essentielle : l’Australie, le Japon, le Brésil, l’Inde et les États-Unis figurent aussi parmi les pays où progressent des projets de diversification. La France cherche donc à renforcer ses propres capacités tout en s’appuyant sur des partenariats d’approvisionnement et de transformation avec d’autres économies.
Un objectif du G7 pour 2030, mais des investissements à concrétiser
La déclaration adoptée au sommet du G7 d’Évian, le 17 juin 2026, fixe un cap collectif : ramener sous 60 % d’ici 2030 la dépendance envers un même fournisseur extérieur au G7 et à ses pays partenaires pour les terres rares et les aimants permanents, puis viser 50 % dès que possible. Le texte officiel de la déclaration prévoit une coopération sur la production, le raffinage, le recyclage et le financement des projets.
Pour l’industrie française, le bénéfice attendu serait d’abord une meilleure résilience face aux restrictions commerciales et aux interruptions de livraison. Le développement de fournisseurs alternatifs pourrait aussi modifier les conditions de négociation et les choix d’implantation industrielle. Les effets sur les prix restent incertains : construire des installations, les faire fonctionner à l’échelle commerciale et sécuriser les contrats exigent du capital et du temps.
L’échéance de trois à cinq ans avancée à Sydney donne une perspective aux industriels. Les étapes déterminantes seront désormais la mise en service des capacités annoncées, la qualification des matériaux et la montée en puissance d’une production d’aimants capable d’utiliser ces nouveaux approvisionnements.