Croissance attendue à 0,1% au troisième trimestre, dette sous pression des marchés, 900 milliards de dépenses sociales par an : les chiffres tombent les uns après les autres, et ils disent tous la même chose. La France est en panne. Mais à Paris, on préfère débattre de surtaxes plutôt que de moteur.
900 Mds€
C'est le montant annuel des prestations sociales en France, soit le record européen toutes catégories confondues, selon la Drees.
Quand 0,1% devient une performance
Il faut avoir le sens de l'humour pour présenter 0,1% de croissance comme une bonne nouvelle. Et pourtant, c'est à peu près le discours ambiant cette semaine. L'Insee dévoilera vendredi les chiffres officiels du troisième trimestre, et les économistes s'accordent sur ce chiffre famélique. L'industrie ralentit. La consommation patine. Le moral des ménages est en berne, celui des chefs d'entreprise aussi.
Force est de constater que la France n'a tout simplement plus de moteur. Pas de secteur locomotive, pas de dynamisme exportateur, pas de réforme structurelle en vue qui pourrait changer la donne. L'Espagne, elle, affiche une croissance quatre à cinq fois supérieure à la nôtre. L'Allemagne galère, c'est vrai, mais elle galère depuis une phase de sur-dépendance énergétique qu'elle corrige à marche forcée. Nous, nous galérions déjà avant, et nous n'avons rien corrigé.
Ce 0,1% n'est pas un accident de conjoncture. C'est le résultat logique de vingt ans de politique économique qui a préféré distribuer plutôt qu'investir, protéger plutôt que libérer, taxer plutôt qu'encourager. La facture arrive. Elle est salée.
Champion d'Europe de la dépense, lanterne rouge de la croissance
La France est championne d'Europe des dépenses sociales. Ce n'est pas moi qui le dis : c'est la Drees, dans une étude publiée cette semaine. Neuf cent milliards d'euros par an. Principalement pour la vieillesse et la santé, certes — deux postes légitimes — mais un chiffre qui doit nous interpeller sur notre capacité collective à financer quoi que ce soit d'autre.
Et pendant ce temps, les marchés commencent à douter. La BCE et la Fed maintiennent leurs taux, mais en Europe, la défiance envers la dette française monte. Les spreads s'élargissent discrètement. Personne n'en parle vraiment, parce que ce n'est pas encore une crise. Mais les signaux d'alerte clignotent. Quand on emprunte à des taux proches de ceux de l'Italie, il est temps de se regarder dans le miroir.
Je pense sincèrement que la question n'est plus de savoir si la France peut se réformer. La question est de savoir si elle veut encore se réformer. Parce que les ressorts de la volonté politique semblent définitivement grippés.
Supprimer une surtaxe ne suffit pas
Bonne nouvelle, tout de même : les députés ont supprimé la reconduction de la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises, qui devait rapporter 5 milliards en 2027. C'est une décision courageuse, et je la salue. Taxer les bénéfices des entreprises qui investissent et créent des emplois sur le territoire, c'est exactement le mauvais signal au mauvais moment.
Mais supprimez une taxe d'un côté, et vous en verrez apparaître une autre de l'autre côté. C'est le mouvement perpétuel de la fiscalité française : on allège ici, on alourdit là. Le résultat net pour l'entrepreneur reste le même : une complexité maximale, une visibilité minimale.
Les entreprises familiales, que Les Échos célèbrent cette semaine à juste titre comme le vrai moteur de l'économie française, méritent mieux que des rustines fiscales. Elles méritent un choc de simplification, une baisse durable des charges, et surtout un État qui leur fasse confiance.
0,1% de croissance, ça ne se commente pas. Ça se corrige. Ou ça empire.

