Le 22 octobre 2026, la CNIL a sanctionné Fnac Darty de 7 millions d’euros pour avoir utilisé des traceurs sur son application mobile sans consentement des utilisateurs. L’amende se répartit entre 6 millions pour la holding et 1 million pour Fnac Direct.
Fnac Darty : 7 millions d’euros d’amende pour cookies illégaux

Le 22 octobre 2026, Fnac Darty reçoit une facture particulièrement salée. La CNIL inflige 7 millions d'euros d'amendes cumulées au géant français du retail : 6 millions d'euros pour la holding Fnac Darty Participations et Services, 1 million pour sa filiale Fnac Direct. Le motif ? L'utilisation de traceurs sur l'application mobile sans recueillir le consentement préalable des utilisateurs.
Une sanction record pour traceurs non consentis
La CNIL a prononcé 6 millions d'euros contre Fnac Darty Participations et Services, la société mère, et 1 million d'euros contre Fnac Direct, la filiale exploitant directement le site et l'application mobile. L'autorité de protection des données a également assorti sa décision d'une injonction de mise en conformité dans un délai d'un mois, assortie d'une astreinte de 10 000 euros par jour de retard. Au total, le non-respect pourrait coûter 300 000 euros supplémentaires chaque mois.
L'amende de 7 millions d'euros positionne Fnac Darty dans la lignée des sanctions majeures prononcées par la CNIL en 2025 : 325 millions d'euros contre Google, 150 millions contre Shein. Si le montant reste inférieur, il reflète néanmoins la gravité du manquement constaté par l'autorité française.
Pourquoi la CNIL agit : l'historique de navigation capté sans permission
Le contrôle a démarré en mars 2024, suite à une plainte déposée par l'association None Of Your Business (NOYB). Les investigations ont révélé que l'application mobile de la Fnac installait des traceurs collectant l'historique de navigation des utilisateurs. Selon Le Monde, « ces traceurs permettaient de collecter notamment leur historique de navigation afin de leur afficher des recommandations de produits et d'entraîner son algorithme de recommandations ».
La CNIL a constaté que les sociétés ignoraient purement et simplement le choix exprimé par l'utilisateur de refuser le suivi. L'article 82 de la loi Informatique et Libertés impose un consentement préalable explicite pour tout traceur utilisé à des fins de personnalisation commerciale. Or, les cookies déployés par Fnac Darty ne bénéficiaient d'aucune exemption légale.
L'addition ne s'arrête pas aux 7 millions d'euros. La restructuration technique nécessaire pour mettre l'application en conformité représente un investissement considérable : refonte du système de gestion du consentement, modification de l'architecture des traceurs, révision des flux de données, formation des équipes techniques et juridiques. L'impact réputationnel constitue un autre coût difficilement quantifiable. Dans un contexte où 68% des consommateurs français se déclarent préoccupés par la protection de leurs données personnelles (étude Ifop 2026), l'annonce publique de la sanction affecte la confiance client. Le Figaro rapporte que le titre Fnac Darty a perdu 2,3% en Bourse le jour de l'annonce.
La stratégie commerciale qui a coûté cher : des cookies pour l'algorithme de recommandation
Les traceurs incriminés alimentaient directement le moteur de recommandations de l'application mobile. Ce système analyse les parcours de navigation pour suggérer des produits susceptibles d'intéresser chaque utilisateur. Selon les données internes du secteur, un algorithme de recommandation performant peut augmenter le panier moyen de 15 à 25%. Pour Fnac Darty, dont le chiffre d'affaires digital représente environ 30% du total, l'enjeu financier se chiffre en dizaines de millions d'euros annuels.
La collecte de données comportementales constitue le carburant des plateformes numériques modernes. Amazon, Alibaba, Zalando ont bâti leur succès sur cette capacité à anticiper les désirs d'achat. Fnac Darty tentait manifestement de reproduire ce modèle, mais sans respecter le cadre légal imposé en France et en Europe.
Fnac Darty conteste : divergence d'interprétation ou vraie violation ?
Dans un communiqué transmis à l'AFP, Fnac Darty affirme : « Il s'agit d'une divergence d'interprétation des modalités d'application de l'article 82 de la loi Informatique et Libertés concernant certaines fonctionnalités de recommandation de produits dans l'application mobile Fnac ». L'entreprise conteste l'analyse juridique sur le fond et se réserve le droit d'exercer les recours à sa disposition.
L'argument porte sur la qualification des traceurs. Fnac Darty soutient que les cookies utilisés pour les recommandations de produits relèveraient d'une fonctionnalité essentielle de l'application, et non d'un ciblage publicitaire nécessitant un consentement explicite. La CNIL balaie cette interprétation : dès lors que les traceurs alimentent un algorithme commercial visant à influencer les achats, le consentement s'impose.
Les enjeux économiques pour le secteur du retail digital
La sanction contre Fnac Darty envoie un signal clair à l'ensemble du secteur du commerce en ligne. La doctrine répressive de la CNIL se durcit progressivement. Après Google (325 millions en 2025), Shein (150 millions), puis Fnac Darty (7 millions), aucun acteur ne peut plus ignorer les exigences de la réglementation française et européenne en matière de cookies.
Les plateformes doivent désormais arbitrer entre performance commerciale et conformité légale. Obtenir un consentement explicite réduit mécaniquement le volume de données collectées. Selon France Info, seuls 30 à 40% des utilisateurs acceptent les traceurs lorsqu'un vrai choix leur est offert. La perte de données affecte directement l'efficacité des algorithmes de recommandation et, in fine, le chiffre d'affaires.
L'alternative consiste à développer des modèles économiques moins dépendants de la surveillance comportementale. Certains acteurs expérimentent des systèmes de recommandation basés sur des données agrégées et anonymisées, ou sur des mécanismes de consentement rémunéré. D'autres misent sur la transparence totale pour restaurer la confiance et obtenir plus facilement l'accord des utilisateurs.