Le sondage Ipsos d’octobre 2026 met en lumière une pression financière persistante et un accès difficile au marché. Les chiffres de l’Insee et de la Banque de France apportent des nuances.
Crise du logement : pourquoi le coût reste un frein pour les Français

Les Français jugent leur logement de plus en plus lourd à financer, mais les statistiques économiques dessinent une crise plus complexe qu'une simple flambée généralisée des dépenses. Entre contraintes de crédit, rareté de l'offre et difficultés à changer de résidence, une nouvelle enquête Ipsos bva met en lumière les blocages du marché immobilier à l'automne 2026.
Le marché immobilier français porte une contradiction. Selon l'enquête « Les Français et le logement » d'Ipsos bva, publiée le 29 octobre 2026 pour Le Figaro Immobilier et franceinfo, 78 % des répondants se disent satisfaits de leur situation résidentielle. Pourtant, 79 % estiment que les dépenses liées à leur logement représentent une charge plus importante pour leur foyer qu'il y a quelques années. Plus d'un sur deux, 52 %, les juge difficiles à supporter.
Cette tension traduit au moins deux réalités : le poids de l'habitation dans les budgets et la possibilité, parfois compromise, de financer un nouveau projet résidentiel.
Un coût ressenti en hausse, mais une évolution inégale des taux d'effort
La hausse ressentie des dépenses mérite d'être replacée dans les séries statistiques. Selon une publication de l'Insee parue en septembre 2026, les ménages consacraient en moyenne 16,8 % de leurs revenus à leur résidence principale début 2024, après déduction des aides, contre 18,3 % en 2014. La diminution tient largement à la suppression de la taxe d'habitation.
Le résultat n'infirme pas celui d'Ipsos : l'Insee mesure un taux d'effort sur une période précise achevée début 2024, tandis que le sondage recueille en octobre 2026 une perception d'évolution « par rapport à il y a quelques années ». Surtout, la moyenne masque la situation des plus modestes. Pour le quart inférieur de la distribution des revenus, le taux d'effort net a augmenté de 1,1 point en dix ans, atteignant 32,1 %.
L'écart se retrouve dans les réponses à Ipsos : 63 % des foyers gagnant entre 1 200 et 2 000 euros nets mensuels jugent les dépenses de logement difficiles à supporter, contre 41 % de ceux disposant d'au moins 3 000 euros. Le sondage souligne également la différence entre locataires (62 %) et propriétaires (47 %).
Accès à la propriété : les prix, le crédit et l'apport en première ligne
Lorsqu'Ipsos demande quels sont les deux principaux obstacles à l'accession à la propriété, 61 % citent le prix d'achat, 51 % le coût des prêts immobiliers et 36 % l'importance de l'apport personnel. La difficulté à trouver un bien est mentionnée par 11 % des répondants, loin derrière les contraintes financières.
Les conditions de financement contribuent à expliquer ces perceptions. Selon la Banque de France, dans sa publication du 6 octobre 2026, le taux moyen des nouveaux prêts à l'habitat hors renégociations était de 3,32 % en août, contre 3,08 % au début de l'année. La durée initiale moyenne des prêts contractés pour l'acquisition d'une résidence principale par les primo-accédants atteignait 23 ans et 10 mois.
Un taux d'emprunt ne permet pas, à lui seul, d'apprécier l'accessibilité d'un marché : il faut aussi considérer les revenus, l'apport, les prix locaux, l'assurance et les charges. Mais ces chiffres illustrent les arbitrages auxquels les ménages sont confrontés. Chez les locataires interrogés par Ipsos, 39 % envisagent de devenir propriétaires, dont 25 % à un horizon lointain ; 24 % n'envisagent plus l'achat alors qu'ils l'auraient souhaité.
La rareté de l'offre reste un obstacle économique majeur
Dans leur commune, 64 % des répondants jugent difficile de trouver un bien à acheter, 75 % un logement à louer et 84 % un logement social. Ces opinions ne mesurent pas directement le stock disponible, mais elles rappellent qu'un marché immobilier ne fonctionne pas uniquement par les prix : la présence de logements adaptés, dans les lieux où les ménages souhaitent vivre, compte autant.
Or la construction demeure en retrait par rapport aux dernières années. Selon les statistiques ministérielles publiées le 28 octobre 2026, 377 834 logements ont été autorisés entre octobre 2025 et septembre 2026, soit 9,1 % de moins que la moyenne des cinq années précédentes. Sur cette période, 318 419 logements ont été mis en chantier, un niveau inférieur de 5,1 % à la même référence. Les premiers mois de 2026 montrent toutefois une reprise des mises en chantier par rapport à l'année 2025.
Pourtant, interrogés par Ipsos sur la priorité des pouvoirs publics, 53 % des Français préfèrent favoriser la rénovation du parc existant, 30 % la transformation de bureaux vacants et seulement 17 % la construction de logements neufs. Cette hiérarchie des préférences ne constitue pas un rejet de la construction : les répondants devaient choisir une seule priorité. Dans un marché contraint, rénovation, reconversion et production neuve répondent à des besoins distincts et potentiellement complémentaires.
Encadrement des loyers et fiscalité : deux leviers plébiscités ensemble
L'un des enseignements les plus originaux de l'enquête se situe dans les propositions économiques. L'extension de l'encadrement des loyers à l'ensemble du territoire recueille 83 % d'accord, tandis qu'un allègement de la fiscalité des propriétaires bailleurs atteint 81 %. La coexistence de ces deux majorités montre qu'une grande partie des Français souhaitent à la fois contenir le coût de la location et encourager l'offre.
Une évaluation de l'Apur publiée en avril 2026 estimait que les loyers parisiens avaient été, en moyenne entre juillet 2019 et juin 2025, inférieurs de 5 % à ce qu'ils auraient été en l'absence d'encadrement. Ce résultat local ne garantit pas les mêmes effets en cas de généralisation nationale ; il montre en revanche que la discussion peut être éclairée par des évaluations et pas seulement par des opinions.
La leçon économique de ce sondage est donc moins l'existence d'une seule crise des prix qu'un ensemble de contraintes qui se renforcent : solvabilité des ménages, financement de l'achat, offre locative et capacité à changer de logement. Une politique immobilière efficace doit être jugée sur la manière dont elle agit sur ces différents mécanismes, sans confondre perception des ménages et indicateurs mesurés.
Source principale : Ipsos bva, « Les Français et le logement », enquête pour Le Figaro Immobilier et franceinfo, en partenariat avec CESI école d'ingénieurs, réalisée en ligne les 7 et 8 octobre 2026 auprès de 1 000 adultes par la méthode des quotas (rapport, pages 4 à 7, 11 à 17, 22 et 26 à 29). Sources complémentaires : Insee, septembre 2026 ; Banque de France, octobre 2026 ; SDES, octobre 2026 ; Apur, avril 2026.