La France sous surveillance : Fitch dit stop à la récréation

Photo Jean Baptiste Giraud
By Jean-Baptiste Giraud
La France sous surveillance : Fitch dit stop à la récréation
La France sous surveillance : Fitch dit stop à la récréation - © Economie Matin

Fitch maintient la note de la France à A+, mais brandit la menace d'une dégradation. Derrière ce signal d'alarme, une réalité que nos gouvernants refusent d'entendre : la dette, le PIB en berne et la crise sociale forment un cocktail explosif. Pendant combien de temps encore pourrons-nous jouer à faire semblant ?

3 200 milliards €

Le montant de la dette publique française en 2026 — soit plus de 113 % du PIB national.

Fitch sonne le tocsin, Paris fait la sourde oreille

Force est de constater que les agences de notation ont parfois plus de courage que nos ministres des Finances. Fitch, ce vendredi, a maintenu la note souveraine de la France à A+ — ouf, diront certains. Mais la réalité du message est tout autre : la maison France est sous surveillance renforcée. PIB en berne, dette qui s'emballe, crise sociale qui couve. L'agence américaine ne se contente pas de noter des chiffres, elle raconte une histoire. Et cette histoire, c'est celle d'un pays qui dépense ce qu'il n'a pas, depuis trop longtemps, en espérant que demain sera meilleur qu'hier.

Ce qui me frappe, c'est l'absence de réaction politique. Imaginez un instant que la même agence dégrade la note de l'Allemagne ou des Pays-Bas. Ce serait une crise nationale, une convocation d'urgence du Parlement, un plan de rigueur sur la table en 48 heures. En France ? On attend le prochain collectif budgétaire, on négocie des amendements, on promet des réformes pour "dans deux ans". Deux ans, c'est toujours dans deux ans.

Une croissance en panne qui condamne nos marges de manœuvre

Le vrai problème, et Fitch le souligne clairement, c'est que la France ne peut plus se payer ses erreurs avec de la croissance. Quand l'économie galope à 2 ou 3 %, les déficits se résorbent mécaniquement, les recettes fiscales montent, l'État respire. Quand la croissance stagne autour de 0,8 à 1 %, chaque dépense supplémentaire se traduit directement en dette supplémentaire. Nous sommes dans ce deuxième cas de figure depuis plusieurs années.

Je pense que le débat sur la transition écologique — aussi légitime soit-il — occulte une vérité plus prosaïque : avant de financer la décarbonation de l'économie, il faut que l'économie soit en état de fonctionner. Un pays surendetté, aux entreprises étouffées sous les charges et la paperasse, n'a pas les moyens de ses ambitions vertes. La compétitivité et l'équilibre budgétaire ne sont pas des obstacles à la politique climatique, ils en sont les conditions préalables.

KFC, ProNoïa et le vrai visage de l'économie réelle

Pendant que Paris débat de sa note souveraine, dans la vraie vie, des entreprises tombent. Le groupe ProNoïa, franchisé KFC avec une quarantaine de restaurants, vient d'être placé en procédure de sauvegarde. Une quarantaine d'établissements, des centaines d'emplois en suspens. Derrière ce nom peu connu du grand public, il y a des gérants, des équipiers, des familles.

Ce cas n'est pas anecdotique. Il illustre ce que vivent des milliers de PME et d'ETI françaises : des charges fixes écrasantes, une inflation qui n'a jamais vraiment reflué sur leurs coûts, un accès au crédit qui se resserre. La procédure de sauvegarde existe, c'est vrai — c'est même un outil utile. Mais le meilleur outil de sauvegarde, c'est encore une fiscalité raisonnable et un environnement économique qui laisse aux entrepreneurs une chance de gagner.

La note A+ de Fitch, c'est un sursis. Pas un blanc-seing. La France a besoin d'un électrochoc budgétaire, pas d'un énième rapport remis à la saint-glinglin. Le compteur tourne. Et lui, il n'attend pas.

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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