Pendant que le Royaume-Uni rebondit, la France s’enfonce

Photo Jean Baptiste Giraud
By Jean-Baptiste Giraud
Pendant que le Royaume-Uni rebondit, la France s'enfonce
Pendant que le Royaume-Uni rebondit, la France s'enfonce - © Economie Matin

Le FMI félicite Londres pour sa gestion économique. Croissance en hausse, chômage en baisse, déficit qui se résorbe. De l'autre côté de la Manche, c'est le miroir inversé. Jusqu'où faudra-t-il tomber avant de tirer les leçons ?

+2,1%

Taux de croissance du Royaume-Uni revu à la hausse par le FMI en 2026, quand la France peine à dépasser 0,8%.

---

Le choc de la comparaison

Il y a quelques années encore, évoquer le Royaume-Uni comme modèle économique faisait sourire. Le Brexit, nous promettait-on, allait précipiter l'économie britannique dans le chaos. Les experts défilaient sur les plateaux, certains de leur fait. Résultat ? Voilà que le FMI salue la résilience de l'économie britannique, que la croissance y est revue à la hausse, que le chômage recule et que le déficit se résorbe.

Force est de constater que la France, elle, fait exactement le chemin inverse. Notre déficit public flirte toujours avec les 5% du PIB. Notre dette dépasse les 3 200 milliards d'euros. Notre chômage des jeunes repart à la hausse, y compris pour les diplômés des grandes écoles qui, faute de perspectives dans le privé, se ruent désormais vers la fonction publique et la défense nationale. C'est un signal d'alarme que personne ne veut entendre : quand les meilleurs talents d'une génération fuient le secteur productif pour chercher la sécurité de l'emploi dans l'État, c'est que quelque chose est profondément cassé dans notre modèle.

La Grande-Bretagne a choisi la voie de la rigueur budgétaire combinée à une simplification réglementaire. Ça fait mal à court terme, ça porte ses fruits ensuite. Nous, nous avons choisi la dépense publique permanente. Et nous en payons le prix.

L'illusion espagnole se dissipe aussi

La gauche française adore citer l'Espagne en exemple. La hausse spectaculaire du salaire minimum à Madrid, le dynamisme apparent de l'économie ibérique... Sauf que Le Monde lui-même, pourtant peu suspect de libéralisme forcené, reconnaît désormais les limites du modèle espagnol : la croissance ne profite pas à tous, et le pouvoir d'achat d'une partie des travailleurs continue de reculer malgré les annonces triomphantes.

Je pense que c'est une leçon universelle que nos décideurs refusent d'intégrer : décréter par la loi que les salaires augmentent ne crée pas de richesse. Cela redistribue — parfois — mais surtout cela détruit des emplois peu qualifiés, accélère l'automatisation et fragilise les entreprises les plus exposées à la concurrence internationale. Le salaire minimum est un outil politique avant d'être un outil économique. Et la politique, ça ne rembourse pas les dettes.

Pendant ce temps, Decathlon et CMA CGM installent leurs structures en Suisse. Ce n'est pas un hasard, ce n'est pas une trahison : c'est une réponse rationnelle à une fiscalité devenue confiscatoire et à une administration dont la complexité décourage les meilleures volontés.

Arrêtons de nous mentir

L'inflation, nous dit-on, est là pour durer. Les tensions géopolitiques, les ruptures de chaînes d'approvisionnement, la transition énergétique : autant de facteurs structurels qui pousseront les prix à la hausse pour des années. Dans ce contexte, maintenir un État obèse financé par la dette revient à vendre l'avenir de nos enfants pour acheter la paix sociale aujourd'hui.

Je ne demande pas l'impossible. Je demande le raisonnable : baisser les charges sur le travail, supprimer les doublons administratifs, réformer sérieusement la dépense publique. Pas pour punir les Français, mais pour leur rendre les moyens de vivre et d'entreprendre librement.

Le Royaume-Uni a choisi. L'Allemagne, malgré ses difficultés, se réforme. La Suisse, les Pays-Bas restent des terres d'attractivité. La France, elle, organise des procès contre des évadés fiscaux en espérant que ça suffira à boucher le tonneau des Danaïdes. Ça ne suffira pas.

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

No comment on «Pendant que le Royaume-Uni rebondit, la France s’enfonce»

Leave a comment

* Required fields