David Lisnard propose de contractualiser les nouveaux professeurs pour libérer la gestion des salaires et des ressources humaines.
Professeur contractuel ou fonctionnaire : l’équation économique de David Lisnard

Avec 40% des enseignants souhaitant changer de métier et une pénurie chronique de candidats, cette réforme vise à rendre le métier plus attractif. Mais quel sera le coût réel pour les finances publiques ?
La masse salariale enseignante : un enjeu budgétaire majeur
Combien coûte un professeur à l'État ? Comparaison fonctionnaire vs contractuel
L'Éducation nationale emploie environ 870 000 enseignants, premier poste de dépense publique en France. Un professeur certifié en début de carrière perçoit environ 2 100 euros nets mensuels, auxquels s'ajoutent les charges patronales (environ 42% du salaire brut). Sur une carrière complète, un fonctionnaire coûte entre 1,8 et 2,2 millions d'euros à l'État, incluant la retraite. Face à l'inflation de 7,2% enregistrée en février 2023, ces salaires placent de nombreux enseignants en situation de précarité, surtout dans les académies en tension comme Créteil, Versailles ou Paris où le coût de la vie explose.
Un professeur contractuel, lui, voit sa rémunération négociée au cas par cas. Selon le décret n°88-145 du 15 février 1988, toujours en vigueur, les contractuels peuvent être payés moins ou davantage que leurs homologues fonctionnaires. L'ancienneté n'y produit pas automatiquement les mêmes effets, ouvrant la porte à des disparités salariales importantes entre établissements.
Les grilles indiciaires vs la négociation contractuelle : deux modèles de rémunération
Le système actuel repose sur des grilles indiciaires rigides : chaque professeur fonctionnaire progresse automatiquement selon son ancienneté et ses échelons. Avantage ? Une prévisibilité budgétaire totale pour l'État. Inconvénient ? Aucune marge de manœuvre pour valoriser les compétences, l'engagement ou les zones difficiles. La proposition de David Lisnard introduit une logique de marché : les établissements pourraient recruter des contractuels en négociant directement les salaires. « Ça n'a plus aucun sens qu'ils soient fonctionnaires », a-t-il déclaré sur CNews le 27 octobre 2026.
Économiquement, ce basculement pourrait alléger les engagements de retraite de l'État (estimés à 300 milliards d'euros pour l'ensemble de la fonction publique). Mais il risque aussi de créer une inflation salariale localisée dans les établissements les plus attractifs, tandis que les zones rurales ou défavorisées peineraient à recruter sans revalorisation budgétaire.
La pénurie d'enseignants : une crise d'attractivité économique
Pourquoi les candidats fuient le concours : salaires et conditions de travail
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. L'Éducation nationale organise désormais deux, trois, voire quatre sessions de concours par an pour pallier l'effondrement des candidatures. En mathématiques, certaines académies ne parviennent à pourvoir que 60% des postes ouverts. Les raisons ? Un salaire de départ inférieur de 15% à la moyenne des pays de l'OCDE, des affectations imposées loin du domicile (parfois à plus de 300 kilomètres), et une rigidité administrative qui refuse systématiquement les demandes de congé formation, mi-temps ou détachement. « Un métier où les DRH empêchent les salariés de partir quand ils le souhaitent ne peut pas être qualifié de 'métier le plus beau du monde' mais juste de 'quartier de haute sécurité' », dénonce l'association Aide aux Profs.
Le contexte démographique aggrave la situation : 60% des salariés français partiront en retraite dans les 20 prochaines années, et l'Éducation nationale doit renouveler massivement ses effectifs. Or, avec un taux d'inflation qui grignote le pouvoir d'achat et des conditions de travail dégradées, le métier peine à séduire les jeunes diplômés.
Concours multiples et turn-over : le coût caché de l'instabilité RH
Organiser plusieurs sessions de concours par an coûte cher : correction des copies, jurys, logistique administrative. À cela s'ajoute le turn-over des contractuels précaires, recrutés dans l'urgence sans formation solide. Résultat ? Une instabilité pédagogique dans les classes et un gaspillage de ressources humaines. L'État investit dans la formation initiale d'un professeur environ 50 000 euros (master, stages). Si celui-ci quitte le métier après trois ans, le retour sur investissement est nul.
David Lisnard propose de ne pas remplacer systématiquement les 500 000 départs annuels de la fonction publique, mais de redéployer les budgets vers une meilleure rémunération des enseignants restants. Une logique comptable qui interroge : comment maintenir la qualité du service public avec moins de personnel ?
La proposition Lisnard : une économie de flexibilité ou un risque budgétaire ?
Autonomie des établissements et négociation salariale : vers une décentralisation des coûts
Le candidat Nouvelle Énergie milite pour une gestion décentralisée : chaque établissement recruterait ses professeurs contractuels, négocierait leurs salaires et organiserait la vie scolaire en autonomie. « La gestion par établissement est bien plus performante que la gestion centralisée et doit se traduire par une baisse de l'absentéisme colossal », affirme-t-il. Économiquement, ce modèle rappelle celui des entreprises privées : flexibilité, réactivité, adaptation locale. Mais il soulève une question cruciale : qui paie ?
Si les établissements gèrent les salaires, les collectivités territoriales devront-elles abonder les budgets ? Les lycées parisiens pourront-ils offrir 3 500 euros mensuels quand un collège rural plafonnerait à 2 200 euros ? Lisnard promet un « financement public maintenu » et un « contrôle d'État sur un tronc commun », mais les modalités restent floues.
Financement public maintenu : qui paie réellement la facture ?
L'équation économique tient sur un pari : en contractualisant, l'État économiserait sur les pensions de retraite (un fonctionnaire coûte 75% de son dernier salaire en pension, un contractuel relève du régime général). Sur 30 ans, l'économie pourrait atteindre 20 milliards d'euros. Mais à court terme, la transition coûterait cher : formation des contractuels, gestion de deux systèmes parallèles (fonctionnaires historiques + nouveaux contractuels), risque de contentieux juridiques.
Autre inconnue : la masse salariale totale. Si les établissements surenchérissent pour attirer les meilleurs profils, notamment en mathématiques ou en anglais, la facture pourrait exploser. À l'inverse, une sous-enchère généralisée créerait une précarisation massive, avec des salaires inférieurs au privé. Le Code général de la fonction publique, entré en vigueur le 1er mars 2022, garantit un socle commun de droits aux contractuels (protection contre les discriminations, dialogue social), mais la sécurité de l'emploi reste fragile.