Répondre aux bouleversements que l’intelligence artificielle crée pour le travail

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Par Patrick Martin Modifié le 30 mai 2018 à 16h21
France Protection Sociale Cout Economie

Le gouvernement a dévoilé voilà quelques jours un plan d’action pour positionner notre pays sur le domaine de l’intelligence artificielle, capitalisant en cela sur le rapport de Cédric Villani. On ne peut que se réjouir de cette ambition retrouvée dans un domaine clé pour l’avenir de nos économies et de nos sociétés, même si certains points peuvent encore être améliorés.

Mais cette ambition et cette accélération doivent aussi nous conduire à nous interroger sur nos propres pratiques patronales. Nous avons eu ces dernières années trop tendance à être dans la réaction court terme, et parfois même trop défensive, face à ces mutations. Or, l’IA, mais les demandes des jeunes générations, l’impact du numérique, la robotique… bouleversent aussi nos systèmes. Nos emplois sont en train d’évoluer, nos modes de travail se transformer.

Ces transformations vont impacter la formation professionnelle par le biais des compétences, mais aussi nos outils de protection sociale. Et là, force est de constater que nous n’avons pas suffisamment anticipé ces évolutions. Notre modèle de cotisations sociales basées sur un travail salarié en grande partie mono employeur et posté va être challengé dans les années qui viennent. Car il n’offre plus, dans un monde en profonde mutation où l’auto-entrepreneuriat devient important, la stabilité que nos concitoyens sont en droit d’attendre.

Il nous faut réinventer nos outils de protection sociale collective dans un monde agile, varié et susceptible de soubresauts de plus en plus importants. On peut choisir la voie de l’individualisation totale, dans la ligne de la décision du gouvernement pour le CPF, chaque individu devenant acteur « éclairé » de ses propres outils de protection collectifs ou individuels. On peut imaginer une démarche plus collective, qui mélange l’approche individuelle et collective, avec le risque d’une complexité accrue. Ou d’autres formes encore.

Ce débat, nous devons l’avoir en interne au MEDEF, avec nos adhérents, puis avec nos partenaires sociaux. Nous avions ainsi collectivement imaginé une évolution de l’assurance chômage qui aurait pu être séparée en deux avec un socle « de base » mutualisé par l’impôt qui assure à chacun, quel que soit sa forme d’emploi, une forme de stabilité. Complété par un vrai système assurantiel pur pour les salariés (donc non garanti par l’Etat), et des système spécifiques pour les indépendants et les artisans. Sur les questions de retraite, le nouveau système doit permettre de rassurer nos concitoyens, en leur donnant de la visibilité sur leur retraite, mais aussi leur permettre de changer de statut simplement, passant de salarié à indépendant, voire fonctionnaire et inversement tout en étant en équilibre financièrement. Nous avons des propositions mais elles doivent être creusées et challengées. Enfin, la question de notre système de santé doit aussi se poser, de même que pour toutes les cotisations diverses et variées pesant sur les entreprises (et leurs salariés) pour financer des systèmes qui bénéficient à tous (famille, etc.).

Tous ces sujets, je crois qu’il est urgent de les regarder et d’en discuter. Le MEDEF que je veux porter, c’est aussi cela : un MEDEF qui regarde l’avenir et anticipe, autant que faire se peut, les mutations pour proposer des évolutions à nos organisations et partenaires. Cette nécessaire vision prospective a en partie été menée par Pierre Gattaz, mais il faut désormais aller au-delà et agir concrètement pour transformer nos modèles sociaux. Le débat est devant nous, et le MEDEF doit l’animer, y participer et parfois le poser avec force. Nous sommes à la croisée des chemins, et je crois que notre organisation est l’une des rares à être capables de bâtir une vision cohérente et prospective de notre avenir commun.

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Âgé de 58 ans et diplômé de Science Po Paris et de l'ESSEC, Patrick Martin dirige le groupe familial Martin Belaysoud Expansion, entreprise spécialisée dans la distribution professionnelle de matériels industriels, en France et à l'international. L'entreprise réalisera en 2018 un chiffre d'affaires de 700 millions d'euros et emploie près de 2600 salariés. Chef d'entreprise engagé, il préside le MEDEF Auvergne Rhône-Alpes depuis juin 2016.