Contrats formation et Service civique : une mascarade anti-chômage ?

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Par Daniel Moinier Publié le 17 janvier 2016 à 16h58
France Chomage Formation Service Civique
1 milliard €Le budget du service civique en 2018 sera d'un milliard d'euros.

En ce début d’année 2016, deux annonces coût sur coût de notre Président François Hollande ont raisonné aux oreilles de nos concitoyens comme des engagements électoralistes forts.

N’a-t-il pas affirmé à X reprises qu’il inverserait la courbe du chômage et cela depuis fin 2013. Nous sommes en 2016 et pour l’instant la courbe globale est toujours en hausse : plus de 720.000 chômeurs depuis le début du quinquennat, un record ! Alors que nous sommes à quinze mois du 23 avril 2017, ces annonces résonnent comme un véritable camouflage électoraliste du chômage.

La première annonce : Les Contrats formation

500.000 chômeurs « basculés» dans un système de formation, c’est énorme, du jamais vu, même si ce n’est pas le premier plan de formation du quinquennat. En 2013, un plan prioritaire avait vu le jour avec un premier « jet » de 30.000 demandeurs d’emploi, suivi de 100.000 par an pour les deux années qui ont suivi qui devait être élargi à 150.000 en 2016. Mais là, le financement aurait une toute autre origine, puisqu’il proviendrait en grande partie des 36 milliards de la formation professionnelle.

Comment incorporer autant de personnes dans un temps aussi court avec des formations suffisamment valorisantes pouvant déboucher sur un emploi. Encore faudrait-il qu’il y en ait suffisamment ! Même Jean-Claude Mailly secrétaire de FO (Force Ouvrière) qui n’est pourtant un opposant, ne voit pas bien comment l’objectif serait « tout simplement réalisable », sachant que la formation ne garantit pas non plus, l’accès au marché du travail en l’absence de croissance. Myriam El Khomri, la ministre du travail… a précisé que contrairement aux formations prioritaires actuelles qui s’adaptent aux métiers en tension, ces 500.000 formations seraient réservées aux emplois du futur, principalement aux nouvelles technologies et à l’économie verte.

Pour Jean-Eudes du Mesnil du Buisson, secrétaire général de la CGPME « Former les demandeurs d’emploi, c’est plutôt une bonne idée mais pourquoi les seuls métiers d’avenir ? Je vous rappelle qu’il y a à peu près 250 000 offres d’emploi non pourvues chaque année, et ça, c’est les métiers du présent. Regardons déjà là où les chefs d’entreprises n’arrivent pas à embaucher. » Jean-Marie Le Guen a aussitôt exclut un financement par une hausse des impôts. L’Etat devrait mettre la main au portefeuille, tout en déléguant une partie du financement aux partenaires sociaux et aux régions, compétentes en la matière.

Actuellement les demandeurs en formation représentent 9,5% du taux de chômage soit en équivalent temps plein, environ 250.000 personnes. Celles-ci sont répertoriées en catégorie D, comme des personnes n’ayant pas l’obligation de rechercher un emploi. Elles ne font pas la une des journaux puisqu’en général, il n’est affiché que la catégorie A. Pour info, il existe 5 catégories qui vont de A à E, le total France entière à fin Novembre 2015 s’élève à 6.475.100 chômeurs.

Parmi toutes les études qui ont été faites tant en France qu’en Europe, il semble en tout état de cause qu’on observe très peu d’effets positifs des stages de formation pour les adultes. Leur utilité peut être mise encore plus en doute lorsque ceux-ci sont simplement perçus comme un vague moyen de se préparer à l’emploi ; sans lien réel avec un futur employeur, et sans perspective concrète de recrutement.

La deuxième annonce : Le Service Civique

En ce qui concerne la deuxième annonce, c’est un objectif ambitieux avec lequel François Hollande espère voir le service civique multiplier par trois en accueillant ainsi 350.000 jeunes par an, grâce à un budget de plus d'un milliard d'euros en 2018 contre 300 millions d'euros aujourd'hui.

Créé, il y a cinq ans, ce service emploie près de 70.000 jeunes de 16 à 35 avec 120.000 qui étaient prévus en 2016. Les détails de ce nouveau projet doivent être présentés ce 18 janvier. Pourtant il suscite déjà de fortes critiques. Par contre en ce qui concerne le financement, il est très largement sous-estimé quand on sait que pour 100.000 contrats, le coût estimé est déjà de 750 millions d’euros. La cour des comptes l’estimerait plutôt à 2,6 milliards, loin du un milliard annoncé par le Président.

Quel est le nombre total de demandeurs d’emploi qui se trouvent ou vont se retrouver sur des « voies de garage » ?

Récapitulons le nombre d’emplois aidés par type :
- 450.000 contrats aidés : Contrat d’avenir (qui n’en ont que le titre), contrat de génération, contrat unique d’insertion, contrat tremplin pour les principaux.
- 250.000 demandeurs d’emploi en formation
- 500.000 en formation à venir
- 350.000 emplois d’avenir dont 250.000 à venir
Soit un total de 1.550.000 emplois aidés existants ou à venir.

Les contrats aidés, les contrats en formation et les services civiques actuels sont déjà décomptés des chiffres de la catégorie A du chômage, soit 800.000 personnes. Avec les nouveaux entrants nouvellement programmés, et en supposant que le niveau du chômage reste inchangé, nous aurions 850.000 personnes de moins inscrites en catégorie A. Soit à terme, en théorie, un niveau de chômage qui passerait de 3.574.800 à 2.724.800, soit près de 24% de baisse du chômage. Mais nous n’en sommes pas là. Le challenge semble tellement extravagant que l’on en verra jamais le résultat complet, et en encore moins, avant la prochaine élection présidentielle.

Nous avions déjà eu un aperçu avec une proposition qui semble encore plus utopique ; celle annoncée par Laurent Grandguillaume examinée par l’Assemblée nationale le mardi 24 novembre dernier : « Territoires zéro chômage de longue durée ». Ce type de chômage est de loin le plus difficile et le plus compliqué à résorber, nombreux gouvernement s’y sont cassé les dents, même pour le faire simplement diminuer substantiellement. C’est ATD Quart Monde qui s’est engagé à réaliser ce challenge sur cinq territoires, sachant tout de même que le financement du coût par chômeur, de 15.000 à 17.000 euros sera utilisé. Il faut toutefois noter que pour les chômeurs en question, il n’y a aucune obligation d’inscription, ce qui risque de pénaliser les résultats du projet.

Tant que ce ne sera pas le marché, la croissance, la confiance qui permettront les embauches, toutes les aides à l’emploi ne pourront réellement aboutir à de véritables emplois CDI. Et ce n’est pas un tour de passe-passe statistique qui va réellement y arriver. D’autant qu’avec un état en perpétuel déficit ; qui dit aides dit emprunts, qui dit emprunts dit remboursements, intérêts et augmentation de la dette. Nous continuons ainsi à nous enliser vers un déclin de plus en plus irrémédiable. Tant que nos gouvernants ne prendront pas les seules mesures propices à une relance rapide de la croissance, nous ne pourront efficacement redresser la véritable courbe du chômage, ni retrouver un peu d’éclat.

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Daniel Moinier a travaillé 11 années chez Pechiney International, 16 années en recrutement chez BIS en France et Belgique, puis 28 ans comme chasseur de têtes, dont 17 années à son compte, au sein de son Cabinet D.M.C.Il est aussi l'auteur de six ouvrages, dont "En finir avec ce chômage", "La Crise, une Chance pour la Croissance et le Pouvoir d'achat", "L'Europe et surtout la France, malades de leurs "Vieux"". Et le dernier “Pourquoi la France est en déficit depuis 1975, Analyse-Solutions” chez Edilivre.