Les mésaventures africaines de Zeus Telecom

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Par Nicolas Cotto Modifié le 20 avril 2022 à 9h04
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Décriées sur le continent africain comme sur la scène politique française, les activités, parfois prédatrices, de certains acteurs économiques français sont de plus en plus sanctionnées par les tribunaux hexagonaux. C’est l’expérience qu’a fait en fin d’année 2021 la société Zeus Télécom dans un différend qui l’opposait à Comores Telecom.

Contentieux sur les gateways

À l’origine de ce contentieux, un contrat passé par l’opérateur téléphonique comorien avec la société Zeus Telecom pour opérer un système de gateways, une sorte de péage qui permet de prélever aux autres opérateurs une taxe sur les communications téléphoniques à destination ou provenant des Comores. Selon l’opérateur, Zeus Telecom ne se serait pas acquitté des reversements de la part lui revenant. Un premier jugement du Tribunal de commerce de Paris en décembre 2020 avait condamné le prestataire à verser près de 1,5 millions d’euros à Comores Telecom. Ce jugement a été confirmé par la Cour d’appel de Paris en octobre 2021.

L’activité au cœur du contentieux, l’installation de gateways, a été à l’origine d’une féroce compétition au début des années 2000 dans les pays émergents. Plusieurs acteurs – tous plus sulfureux les uns que les autres - se sont lancés dans une aventure qui demandait avant tout de disposer d’un bon carnet d’adresses dans les pays ciblés. L’enjeu était de convaincre les autorités du pays de les accompagner pour modifier la législation locale afin d’instaurer le système de taxes sur les appels d’internationaux puis de déployer chez les opérateurs locaux des boitiers électroniques – achetés pour quelques dizaines de milliers d’euros – qui se chargeaient de décompter la durée des communications provenant d’opérateurs étrangers et de calculer les taxes à prélever. Si les acteurs de ce secteur assuraient ainsi des revenus supplémentaires aux acteurs locaux, ils disposaient en contrepartie d’une source de revenus régulière et facile. Beaucoup d’observateurs avertis soupçonnaient aussi les autorités concédantes de se livrer au passage à des manœuvres d’enrichissement illicite bien commodes.

Les activités africaines de Zeus Telecom

C’est probablement ces supposés profits faciles qui ont attiré les fondateurs de Zeus Telecom, une société luxembourgeoise mais créée par un groupe de français à la composition plutôt hétéroclite. Aux côtés de Jean-Christophe Viguier, ingénieur télécom de formation, et Thierry Jannot, figurent aussi les membres d’une famille bien connue dans le milieu viticole bordelais, Louis et Guillaume Tari. Dans les projets sur lesquels elle se positionne, Zeus Telecom est souvent associée à un homme d’affaires français, François-Régis Tézé, qui se vanterait de s’appuyer sur un réseau d’intermédiaires variés pour développer ses activités et qui compterait notamment Aymeric Chauprade, ancien député européen du Front national, Pierre Bédier, président (LR) du Conseil départemental des Yvelines, ou Karl von Klitzing, représentant au Sénégal de KFW, une banque publique allemande impliquée dans l’aide au développement.

Depuis sa création en 2011, Zeus Télécom a approché, parfois avec succès, de nombreux pays : République centrafricaine, Madagascar, Niger, Guinée … Une filiale, Zeus Somaliland, a même été créée pour opérer dans cet état non reconnu par la communauté internationale. Le projet échouera cependant. Dans bien des cas, les aventures africaines de Zeus Telecom se sont soldées par des échecs ou des annulations de contrats. Le contrat signé en 2014 en Centrafrique sera annulé, et les discussions avec Andry Rajoelina, alors président de Madagascar, n’aboutissent pas. Il arrive même que les affaires aillent parfois un peu plus loin. En 2018 Jean-Christophe Viguier sera arrêté et détenu pendant une semaine dans une prison burundaise pour des chefs d’accusation d’escroquerie, faux et usage de faux et implantation de société fictive.

L’affaire comorienne n’est qu’une énième déconvenue dans cet univers impitoyable des gateways. Elle peut cependant entraîner des répercussions malheureuses pour les acteurs de cette aventure. Guillaume Tari, devenu gérant de Zeus Telecom, est également à la tête d’un domaine viticole dans le Var, le domaine de La Bégude. Hasard du calendrier ou conséquence de la condamnation de Zeus Telecom dans le dossier comorien, des rumeurs persistantes indiquent que cette propriété pourrait être prochainement vendue.

Contactés, Louis et Guillaume Tari ainsi que Jean-Christophe Viguier n'ont pas donné suite à nos demandes d'interviews.

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Journaliste