La taxe du jour : sur la malbouffe pour lutter contre l’obésité

Paolo Garoscio
Par Paolo Garoscio Modifié le 2 septembre 2016 à 6h33
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15%15 % de la population française est obèse.

La rentrée scolaire ne concerne pas uniquement les enfants : les élus aussi ont leur lot de travaux à faire, à commencer ou à finir. Le département du Trésor a, lui, publié jeudi 1er septembre 2016 un rapport sur le coût de l'obésité croissante en France. L'obésité, qui touche plus de 15 % de la population et est en constante augmentation, devient un des principaux enjeux de santé publique pour les années à venir. Mais à défaut de contraindre les Français à faire du sport et à manger plus sain, le Trésor veut en profiter pour récupérer quelques millions d'euros.

L'obésité coûte cher à la France : plusieurs dizaines de milliards d'euros par an

L'étude du Trésor met clairement le doigt sur un point critique de l'obésité : elle coûte cher, très cher. Entre soins divers et variés pour les maladies que dont l'obésité augmente les risques (maladies cardiaques, diabète, cancers...) et coûts économiques, le Trésor estime à 20,4 milliards d'euros par an le coût de l'obésité en France. C'est une estimation largement supérieure à la précédente et pour cause : le Trésor a élargi l'assiette de calcul en insérant des donénes absentes des précédents rapports.

Au niveau économique, l'obésité entraîne des journées d'absence au travail, essentiellement pour raisons de santé : 7 milliards d'euros par an sont ainsi perdus. Mais d'un autre côté, la caisse des retraites en profite : la mortalité précoce lui fait économiser 7 milliards par an... ce qui fait que les deux s'annulent. Le coût principal, concernant l'obésité, ce sont les 17 milliards de dépenses de l'Assurance-Maladie.

L'obésité : un phénomène en augmentation

Si l'obésité est déjà un problème en 2016, la chose ne fera qu'empirer : le nombre d'obèses et de personnes en surpoids en France ne cesse d'augmenter. En 2012 il y avait 24,6 millions de personnes en surpoids ou obèses en France. Un tiers de la population et un nombre en constante augmentation depuis plus de 30 ans.

Et c'est surtout l'obésité qui augmente rapidement : +4,1 % par an entre 1997 et 2012 selon l'étude du Trésor. Réagir devient plus que nécessaire avant que le coût et l'impact social de l'obésité ne soient irréversibles. Surtout que l'obésité coûte déjà plus cher que l'alcool (15 milliards par an) et ne devrait pas tarder à rattraper le tabac (26,6 milliards par an).

La malbouffe directement visée et cause principale de l'obésité dans le monde

La Direction générale du Trésor, dans son rapport, pointe du doigt le mal absolu : la malbouffe. Les produits alimentaires à bas prix et aux basses qualités nutritives (mais avec un fort pouvoir addictif) sont visées : le prix pourrait être artificiellement augmenté grâce à l'arme ultime du législateur, la taxe.

L'idée de Bercy, dont dépend le Département du Trésor, est assez simple mais change les règles du jeu. Si aujourd'hui la quantité de sucre dans un aliment est taxée ou encore que le débat sur l'huile de palme ne cesse de revenir sur le devant de la scène, c'est que le gouvernement ne taxe qu'un aliment, qu'un composant du produit fini. Dans cette nouvelle taxe c'est l'ensemble du produit qui est taxé.

La qualité nutritionnelle d'un aliment pourrait conduire à une taxation de ce dernier selon des paliers. La rumeur parle d'une hausse entre 1 % et 8 % qui se répercutera directement sur le prix. A moins que ce ne soit la TVA qui soit augmentée ?

Dans tous les cas, Bercy compte bien se remplir les poches grâce à la malbouffe en faisant payer au consommateur une taxe supplémentaire. Si le gouvernement espère ainsi réduire la quantité d'achats du fait de la hausse de prix, cette mesure ne devrait pas faire baisser la consommation de malbouffe qui tient surtout d'une mauvaise éducation alimentaire ; mais au moins les caisses de l'Etat seront bien remplies ce qui permettra de payer une partie des 20 milliards d'euros que coûtent chaque année obésité et surpoids.

Paolo Garoscio

Après son Master de Philosophie, Paolo Garoscio s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013. Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio