La Chine en avance

6 %
La croissance de la Chine pourrait atteindre 6% sur un an au quatrième
trimestre 2020.

En Chine, la normalisation de la conjoncture est si avancée qu’on peut se permettre de parler de normalisation monétaire et d’orienter la politique industrielle vers l’atteinte d’objectifs plus éloignés. On n’en est pas à ce niveau de préoccupations en Europe et aux Etats-Unis. Pour ces deux zones, il faut remarquer de nouveaux progrès, au moins semble-t-il, sur le dossier Brexit et la gestion soft de la montée des tensions internationales par une Administration Trump sur le départ.

Intéressons-nous à la Chine, sous un triple angle : le tempo de la conjoncture récente, la politique monétaire et les réformes de structure. Le tout pour pointer une fois encore une problématique assez différente de celle en cours aux Etats-Unis et en Europe.

Commençons par la confirmation d’une croissance économique, qui se poursuit sans surprise et sans obstacle majeur. La livraison de novembre des enquêtes officielles PMI le montre. Le niveau atteint 52,1 dans le secteur manufacturier, contre 51,4 en octobre. Dans les services, les chiffres sont de respectivement 56,4 et 56,2. De quoi conclure que la progression du PIB sur un an pourrait se réinscrire autour de 6% au quatrième trimestre. Jolie performance, qui doit beaucoup à la bonne maîtrise affichée en matière de gestion de la crise sanitaire.

Passons à la politique monétaire. Dans ce domaine, le contraste est encore plus marqué avec l’arc occidental que ce n’est le cas concernant l’activité économique. On y parle davantage de normalisation que de nouvelles initiatives d’assouplissement. La banque centrale (la People Bank of China) vient de publier son rapport sur la politique monétaire pour le troisième trimestre (Sic !). Les différences par rapport à la livraison précédente sont notables.

Plus d’optimisme en matière de croissance, même si la situation internationale appelle à la prudence. Dans une perspective un peu longue, l’inflation paraît devoir rester assez stable, avec un équilibre entre les forces en direction d’une accélération marquée et celles pouvant mener à un risque déflationniste. Les signaux envoyés concernant les dynamiques monétaire et d’endettement sont à une certaine vigilance : ne pas en faire trop. Sous ce premier aspect, ne pas inonder le marché de liquidité et continuer de contrôler la dynamique de la monnaie ; sous le second, s’assurer que la progression des agrégats monétaire et de financement reste en ligne avec celle du PIB, effets volume et prix combinés. En matière de change, pas de changement proposé d’un rapport à l’autre et sans doute le maintien d’une ambition aux termes un peu contradictoires : volonté de stabilité et acceptation de laisser les forces de marché jouer un plus grand rôle. Est-ce une façon de dire qu’une inévitable appréciation de la devise doit être contrôlée ? Le message envoyé sur le marché de l’immobilier se veut toujours ferme : les logements sont faits pour y vivre, pas pour spéculer ! Le secteur ne devrait pas être utilisé afin de soutenir à court terme l’économie et le but doit être de stabiliser les prix et les anticipations. Concernant la gestion des risques financiers, trois points de vigilance sont mis en avant : mieux prévenir et prendre en compte les défauts, surveiller les risques financiers des banques de tailles petite et intermédiaire et durcir la réglementation des FinTechs.

Finissons par la publication d’un projet de directives, visant à lutter contre les situations dominantes dans le domaine de l’économie des plateformes internet comme Alibaba et Tencent. L’idée est de protéger les compétiteurs de taille plus modeste, les clients  finaux et les annonceurs. Dans une perspective longue, la démarche est assurément louable. Le « prix à payer » est davantage à court terme. Se lancer dans une telle démarche est le signe que les autorités de Pékin se réinscrivent dans une logique de moyen terme. L’essentiel de la crise et des incertitudes liées est mis derrière.

La Chine a pris, pour ce qui est de la politique économique, de l’avance par rapport à l’Europe et aux Etats-Unis. Cela va-t-il se retrouver dans les attentes de valorisation, exprimées par les investisseurs concernant la Chine et plus largement l’Asie ?

Disons maintenant deux mots de chacune de ces deux régions. Pour noter d’abord que les discussions entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne avanceraient ; au moins sur le dossier de la pêche, à la fois marginal en termes économiques et très sensible politiquement. Et de reparler au moins pour la troisième semaine de suite d’une conclusion heureuse avant le week-end prochain ! Passons ensuite à la politique américaine. La logique de la montée « contrôlée » des tensions internationales se poursuit. Après le dossier chinois, avec l’interdiction de vendre de la technologie made in USA à des nouvelles entreprises chinoises, c’est celui de l’Iran qui est sur le devant de la scène. Un des principaux responsables du programme nucléaire a été assassiné. Les services secrets israéliens sont pointés du doigt ; avec quelle implication du renseignement américain ?  Le monde entier, dont les marchés financiers, ne réagissent pas trop. Comme s’il s’agissait plus d’initiatives sans lendemain que de signes d’une dangereuse augmentation des déséquilibres mondiaux, dont l’économie aurait à souffrir. Puisse l’impression être exacte !


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Hervé Goulletquer

Hervé Goulletquer est stratégiste de la Direction de la gestion de La Banque Postale Asset Management depuis 2014. Ses champs d’expertises couvrent l’économie mondiale, les marchés de capitaux et l’arbitrage entre classe d’actifs. Il produit une recherche quotidienne et hebdomadaire, et communique sur ces thèmes auprès des investisseurs français et internationaux.

Après des débuts chez Framatome, il a effectué toute sa carrière dans le secteur financier. Il était en dernier poste responsable mondial de la recherche marchés du Crédit Agricole CIB, où il gérait et animait un réseau d’une trentaine d’économistes et de stratégistes situés à Londres, Paris, New York, Hong Kong et Tokyo.

Il est titulaire d’une maîtrise d’économétrie, d’un DEA de conjoncture et politique économique et diplômé de l’Institut d’Administration des Entreprises de Paris.