Colère des agriculteurs : le grand retour des Gilets Jaunes ?

La colère plus que légitime des agriculteurs, qui multiplient les barrages à travers le pays à l’imitation de leurs homologues européens, signe-t-elle le grand retour des Gilets Jaunes ? 

Photo Jean Baptiste Giraud
Par Jean-Baptiste Giraud Modifié le 23 janvier 2024 à 11h21
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Cette fois, ce n'est pas la France, mais le gouvernement qui a peur. La succession de crises depuis celle du Covid a fragilisé l'appareil d'État. Son pouvoir coercitif s'est considérablement émoussé. Les émeutes du mois de juillet 2023, d'une violence inouïe, n'ont pas été réprimées par les forces de l'ordre mais par... les caïds des cités, en premier lieu les trafiquants de drogue, dont le business marquait le pas. L'État peine à faire respecter ses décisions, sauf bien entendu auprès de ceux qui le craignent encore, et se soumettent sans avoir besoin d'élever le ton et tendre le bâton.

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Les agriculteurs ne sont pas des "salariés comme les autres"

On peut s'étonner que les agriculteurs ne soient pas descendus plus tôt dans la rue, pardon, sur les routes, les autoroutes, et bientôt, les ronds-points. Mais c'est oublier qu'un agriculteur ne se met pas en grève comme un ouvrier ! Il ne lui suffit pas de décider de ne pas travailler, d'envoyer un mail ou un SMS à son chef de service, pour pouvoir aller défiler entre Bastille et Nation. Un agriculteur qui manifeste quelques heures devant une préfecture, c'est un agriculteur qui va terminer à 2 heures du matin pour rattraper tout le retard de la journée, à commencer par s'occuper des bêtes quand il est éleveur. Alors imaginez un peu, l'agriculteur qui manifeste non pas quelques heures, mais un jour, deux jours, une semaine ou plus ! Qui va faire tourner la ferme pendant ce temps-là ? Sa femme et ses enfants. Bien souvent, les familles roulent. Pendant que l'un tient le barrage, les autres triment, pour faire son boulot à sa place. En plus de tout le reste.

C'est en cela que le mouvement de contestation qui monte en ce moment n'est pas comparable aux Gilets jaunes, même si nombre de Gilets jaunes étaient aussi agriculteurs. La chance du gouvernement, sa carte à jouer, c'est de tout faire pour empêcher la convergence des luttes. Sans relais au sein de la population, pour les renforcer, les remplacer, les étayer, ils risquent de s'essouffler vite.

À l'inverse, la force des agriculteurs, c'est le fait qu'ils soient déjà structurés entre eux. Entre voisins qui se connaissent et s'entraident. Entre sympathisants et adhérents à des syndicats agricoles. Monter un barrage, aller manifester au pied de la préfecture est facile : un message dans une boucle Whats'App et c'est parti. Leur force, également, c'est d'avoir déjà à plusieurs reprises osé la quasi-sédition. Bien des préfets, dont la cour s'est transformée en tas de fumier géant, confirmeront.

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La météo, meilleur ami des agriculteurs en colère !

Autre paramètre à prendre en compte : la météo. Eh oui ! Manifester, et surtout, tenir un barrage la nuit, c'est une autre paire de manches par -5 degrés ou 12. Or, les températures viennent justement de grimper, parfois de 10 à 15 degrés ! Mercredi 24 janvier, on dépassera allègrement les 20 degrés dans une grande partie du Sud du pays.

Mercredi, le gouvernement tentera de reprendre la main à l'issue du Conseil des ministres, et lors des questions au Gouvernement, à l'Assemblée. Mais c'est surtout en fin de semaine que l'on saura comment le mouvement de colère des agriculteurs va tourner. Si les pêcheurs les rejoignent, si d'autres luttes convergent alors.. Le Gouvernement a bien du souci à se faire.

La colère des agriculteurs en Europe

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Les mouvements de colère des agriculteurs en Europe en 2024 se manifestent de différentes manières selon les pays :

  • En Allemagne : Depuis décembre 2023, les agriculteurs allemands protestent contre la suppression de subventions agricoles de longue date et d'avantages fiscaux. En janvier 2024, des milliers d'agriculteurs ont organisé des manifestations à Berlin et dans d'autres grandes villes, bloquant des routes et des villes entières. Ils s'opposent notamment aux plans du gouvernement de taxer davantage les agriculteurs et de supprimer progressivement une subvention sur le diesel agricole.
  • En Roumanie : Les agriculteurs et les transporteurs ont bloqué des routes importantes et des frontières, notamment la frontière avec l'Ukraine, pour protester contre les coûts élevés des affaires, comme le diesel et les assurances. Ils demandent des subventions plus justes et des taxes plus basses. Malgré des accords avec le ministre de l'Agriculture, les manifestations se poursuivent.
  • Aux Pays-Bas : Les agriculteurs néerlandais ont organisé d'importantes protestations contre les politiques de réduction des émissions de nitrogène du gouvernement, affirmant que ces mesures auraient un impact négatif sur leur secteur. Des manifestations ont eu lieu dans différentes villes, avec des blocages de routes par des véhicules agricoles. Le Premier ministre Mark Rutte a exprimé sa volonté de dialoguer avec les groupes protestataires​​.
  • Au Royaume-Uni : Il semble que les agriculteurs britanniques aient également manifesté leur mécontentement, bien que des informations détaillées sur la nature spécifique de leurs protestations en 2024 soient moins disponibles. Cependant, les protestations des agriculteurs au Royaume-Uni ont généralement porté sur des problématiques telles que les contrats d'achat jugés injustes avec les grandes enseignes de distribution, menaçant la viabilité de leurs exploitation
Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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