Quelle idée ont les Allemands de vouloir travailler 35 heures et moins ?

A son arrivée au pouvoir, Angela Merkel met en place un plan d'action
sur quatre ans à 25 milliards d'euros : l'économie allemand est
relancée.

Ce Sondage d'IG Metall avançant que les Allemands voudraient travailler 35 heures et moins n'est pas spécialement surprenant. Il faut se rappeler qu'il y a une dizaine d'années ce syndicat par pression répétée sur les entreprises avait réussi à faire descendre la durée de travail dans beaucoup de grands groupes en dessous de 35 heures et même 30 voire 28 heures. Pour bien comprendre le fonctionnement du travail en Allemagne, il faut savoir que ce sont les entreprises, syndicats qui régissent les durées de travail, qui peuvent être très différentes suivant les landers et accords de branches.

Il faut rappeler aussi qu'au début des années 2000, l'économie allemande "tournait très mal". Avec un taux de chômage de 12,6%, soit plus de 5 millions de chômeurs, plus de 3% de déficit, des exportations qui avaient baissé, l'Allemagne était en dépression.

C'est le Chancelier Gerhard Schröder pourtant de gauche, qui a commencé à redresser la barre : En s'attaquant "brutalement" au chômage, en réduisant tout par deux avec le système du Hartz IV. En mettant en place les premières négociations sur l'augmentation du temps de travail.

Puis en 2006, peu après son arrivée au pouvoir, la Chancelière Angela Merkel a réussi à réunir toutes les forces du pays pour arriver à un accord historique. :

- Une augmentation progressive par les entreprises du temps de travail, sans augmentation de salaire. - Une augmentation de TVA. - Une diminution de 39 à 30% de la pression fiscale. - La mise en place de la codertermination dans les entreprises. - La réforme complète du système de santé. - La prolongation à 2 ans de l'embauche à l'essai. - Le recul progressif de l'âge de la retraite de 65 à 67 ans (de 2012 à 2035). - Le regroupement des allocations familiales. - L'harmonisation des indemnisations chômage. - Et enfin, la mise en place d'un plan d'action sur quatre ans pour relancer l'économie en investissant 25 Milliards d'euros (+ 12 Milliards venant des Länder et des communes) dans divers secteurs d'activités dont 15 dans les nouvelles technologies.

Toutes ces nouvelles dispositions ont eu des effets immédiats :

- Baisse du chômage de plus de 600.000 personnes en un an. - Diminution des déficits et même la réalisation de l'exploit de repasser positif en 2007. - Place retrouvée de 1er exportateur mondial. - Remontée de l'indice IFO des patrons au plus haut depuis 15 années. - Taux de confiance maximum dans le Gouvernement et la Chancelière.

Alors cette idée, pour l'Allemagne de revenir à 35 heures et moins, serait catastrophique pour le pays. Surtout que le SPD dans la coalition a déjà réussi à faire plier la Chancelière en réussissant à faire descendre les départs en retraite de 67 ans à 63 ans. (Même si elle a obtenu un minimum de 45 années travaillées).

Cette diminution de travail aggraverait encore plus le manque d'emplois dû à un taux de fécondité des plus bas d'Europe de 1,4 enfant par ménage. Le Gouvernement s'est d'ailleurs attaqué à ce sujet, en attirant d'une part, de la matière grise ; des étudiants et jeunes diplômés et d'autre part ; des étrangers notamment des turcs déjà très présents. Sans eux l'Allemagne ne pourrait poursuivre son expansion et pourrait même nous rejoindre sur le banc des "assistés en perdition". 


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Daniel Moinier

Daniel Moinier a travaillé 11 années chez Pechiney International, 16 années en recrutement chez BIS en France et Belgique, puis 28 ans comme chasseur de têtes, dont 17 années à son compte, au sein de son Cabinet D.M.C.

Il est aussi l'auteur de six ouvrages, dont "En finir avec ce chômage", "La Crise, une Chance pour la Croissance et le Pouvoir d'achat", "L'Europe et surtout la France, malades de leurs "Vieux"". Et le dernier “Pourquoi la France est en déficit depuis 1975, Analyse-Solutions” chez Edilivre.