Les limites de la « langue de bois » et du « non-dit » en politique et ailleurs...

En toutes circonstances, force est de constater que la communication tient une place exceptionnelle dans l’actualité. Le pourquoi ? Le comment ? Dans quelles circonstances ? A quel moment ? Avec qui ? Ce sont les premières questions qui interpellent.

Dans l’esprit des médias, des observateurs voire même des divers interlocuteurs ou des personnes concernées, ces interrogations finissent par masquer l’objet de l’intervention.  La « forme » et les apparats, incluant la couverture médiatique et le contexte, ont tendance à précéder, et de loin, le « contenu » de l’intervention et surtout le « fond » du message.

Une priorité absolue : l'« apparaître » et le « paraitre »

L’« apparaître » et le « paraître » sous toutes leurs formes sont aujourd’hui, les moyens essentiels qui servent la plupart des dirigeants, pour tenter de convaincre. De l’écrit, tweet, lettre ou simple communiqué, à l’image, publique ou privée, en passant par l’audio, la communication occupe une telle place que tous les détails sont observés, scrutés, interprétés et critiqués. Les jugements de l’intervention se limitent à la « forme ». Les médias audiovisuels y contribuent. Le comportement de l’interlocuteur est d’abord analysé par les journalistes comme s’il s’agissait d’un examen de passage !

L’objet de l’intervention, comme le « fond » du message arrivent au second rang. D’aucuns l’ont même oublié. Le « contenu » est parfois vide de sens. « Parler pour ne rien dire » ou pratiquer la politique du « non-dit » est devenue monnaie-courante pour beaucoup d’intervenants. Dans ces circonstances, la répétition n’est pas une « arme de service » pour convaincre. Elle fatigue avant d’épuiser dans l’indifférence. Cette attitude n’est pas propre aux politiques. Elle concerne n’importe qui détenant une parcelle d’autorité dans la vie politique, professionnelle, associative, publique ou privée.

Personne ne peut nier l’importance d’une autorité et d’une hiérarchie dans l’action de tous les jours. Néanmoins, les réactions sont de plus en plus vives, mettant en cause le « bien-fondé » des interventions superfétatoires. L’insatisfaction à tendance à se généraliser surtout quand un « contenu » stylisé se limite à une « langue de bois » programmée et convenue. Pourquoi imaginer que les auditeurs, les interlocuteurs et les personnes concernées par les propos ne sont pas en mesure de découvrir la « manipulation ? Non, ces derniers ne sont pas des « imbéciles ». Et les observateurs seront là dans tous les cas pour les aider à décoder.

Sous couvert de « suffisance », assez de ne pas vouloir dire la vérité !

« Langue de bois » et « non-dit », même avec un choix adapté des mots et des artifices, sont avant tout le témoignage d’une puérilité inhérente à la fois à l’intervenant et à ses conseillers ou proches. Il s’agit la plupart du temps d’une façon de s’exprimer, absente de sens, qui est accueillie par ceux auxquels elle s’adresse comme supérieure voire méprisante. Le « ras-le-bol » éprouvé par les citoyens se focalise sur les « non-dit » et les « sous-entendus » générant des « fake news ». Ce danger est d’autant plus réel que le palliatif employé par les intervenants frise lui-même la répétition et l’exagération. Ils se persuadent qu’à force de ne jamais vouloir dire la vérité, ils finiront par être écoutés !

Dans tous les secteurs, à tous les niveaux de responsabilité, ce jeu de « suffisance » domine trop souvent les discours de politiques, d’économistes, de journalistes ou d’autres. Se considérant comme détenteur de leur vérité, ils peuvent s’accrocher ou se battre autour des quelques mots ou phrases lâchés avec plus ou moins de parcimonie ou d’intérêt. Le besoin d’expliquer aux autres reste le même. Mais dans l’emballement, personne ne réussira à mettre les « pieds dans le plat » pour insister sur le fait que l’objet et le fond de l’intervention ou du débat n’ont jamais été abordés.

Attention danger...

La coupe se remplit progressivement par l’absence de crédibilité. Les limites de l’acceptable sont atteintes. Attention danger pour la France, la confiance se perd à tous les niveaux dans tous les secteurs et dans tous les domaines. Ce n’est pas une fin en soi. La chute n’est pas encourageante. Espérons quand même que « certains » de nos décideurs, politiques et autres dirigeants, publics ou privés, sauront en tirer la leçon avec modestie.


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Jacques Martineau

Après un long parcours scientifique, en France et outre-Atlantique, Jacques Martineau occupe de multiples responsabilités opérationnelles au CEA/DAM. Il devient DRH dans un grand groupe informatique pendant 3 ans, avant de prendre ensuite la tête d'un organisme important de rapprochement recherche-entreprise en liaison avec le CNRS, le CEA et des grands groupes du secteur privé. Fondateur du Club Espace 21, il s'est intéressé aux problèmes de l'emploi avec différents entrepreneurs, industriels, syndicalistes et hommes politiques au plus haut niveau sur la libération de l'accès à l'activité pour tous. Il reçoit les insignes de chevalier de l'Ordre National du Mérite et pour l'ensemble de sa carrière, le ministère de la recherche le fera chevalier de la Légion d'Honneur.