Le modèle d'une économie au forceps reste malheureusement de mise « demain » comme « hier »

9 %
Une baisse de 9% du PIB de la zone euro est attendue en 2020.

Un consensus vague s’est formé dans le discours politique médiatique et dans l’opinion publique « éclairée » selon lequel il devrait y avoir un avant et un après « crise sanitaire » et « crise économique » entrainée par le blocage économique autoritairement décidé à des fins prophylactiques.

Il devrait y avoir un avant et un après crise sanitaire puisque celle-ci résulte au fond d’un envahissement humain de l’habitat naturel des espèces animales, qui se vengeraient de cette intrusion en propageant à l’espèce humaine des microbes inconnus d’elle et contre lesquels seules certaines espèces animales étaient immunisées jusque-là. L’écologie, perçue comme vitale à moyen terme pour préserver un climat planétaire supportable et éviter la multiplication des méfaits climatiques (fonte des glaciers, montée des eaux, multiplication des raz de marée et des ouragans dévastateurs, accélération de la disparition des espèces animales et atteinte grave à la biodiversité) serait devenue une urgence sanitaire. De ce fait, la transition écologique deviendrait la priorité des priorités dans l’agenda politique mondial, y compris par rapport à la priorité de croissance d’un modèle productiviste qui reste consensuellement dominant dans les faits, ne serait-ce qu’en raison de la réponse qu’il apporte à une demande sociale importante, dans le quart-monde des pays trop vite dits « riches » et dans un tiers monde diversifié dont le niveau et la qualité de vie restent très insuffisants et expliquent l’augmentation des courants migratoires vers un Nord plus riche, climatiquement mieux doté et démographiquement moins dense. La pause imposée de la production, la vitesse de la dépollution qu’elle a entraînée, ayant rendu immédiatement tangibles les bénéfices de la remise en cause du modèle de croissance à tout crin qui était depuis la fin de la seconde guerre mondiale l’alpha et l’oméga d’une politique économique moderne occidentale mondialisée, ont fait miroiter l’idée d’un après crise sanitaire différent de l’avant – tout en en prévenant l’avènement. 

Ainsi il a pu sembler, durant un instant de raison, ou le temps d’un rêve, que le modèle économique d’une croissance au forceps (stakhanoviste à l’Est et keynésien à l’Ouest) dominant depuis les années 50, arc-bouté sur le refus du retour de la récession des années trente et du cycle économique par la relance de la dépense publique et des politiques monétaires accommodantes, le déficit et l’endettement publics croissants, pourrait connaître une remise en cause radicale, alors même que les stabilisateurs sociaux faisaient exploser les déficits publics et jouaient à court terme le rôle de panacée dans le domaine sanitaire et social, puisqu’en France du moins, la promesse était faite que chacun serait « indemnisé » et « compensé » quoi qu’il en coûte (on ne précisera pas à qui finalement). 

Dès ce moment-là au fond les jeux étaient faits, et le rêve médiatique compromis : demain ressemblerait en fait à hier plus que jamais, car au fur et à mesure que l’horizon sanitaire s’éclaircit, l’ampleur de la crise économique auto-infligée apparaît, replaçant inévitablement la relance de l’économie et les recettes habituelles d’une économie au forceps au rang de priorité « numéro 1 », même matinée au goût du jour, à juste titre, d’une transition écologique accélérée. 

On aurait pu imaginer qu’après un confinement généralisé et indifférencié, la priorité des jours d’après soit simplement de « revivre » ou de « laisser vivre » enfin les citoyens et les entreprises enfermés et entravés durant deux mois, et d’attendre que ce retour à une vie normale produise ses effets macroéconomiques de reprise amplifiés par un effet normal de rattrapage. Que l’on ne s’étonnerait pas outre mesure des chiffres reflétant logiquement l’effet des décisions politiques confinant une très large partie de la population à domicile et leur impact sur la production : telle la baisse attendue du PIB de 9% en 2020 dans la zone euro. 

Mais non, l’agenda volontariste et le refoulé économique ont immédiatement repris le dessus : sans attendre le résultat statistique d’une dépense privée redevenue capable de s’exprimer dans toutes ses dimensions par la réouverture de l’ensemble des commerce et une ingéniosité commerciale aussitôt déployée par les secteurs les plus affectés « par la crise » (dira-t-on par facilité), comme le secteur automobile ou aéronautique, la priorité politique est allée immédiatement à la relance et aux plans de relance sectoriels les uns derrière les autres.

Demain est plutôt devenue la caricature d’hier. Avec des niveaux de dépense publique et des rythmes de dérapage des déficits publics et de la dette publique qui dépassent désormais toute mesure au point de rendre explicite dans la discussion et l’agenda politique la recherche des formes les plus acceptables de répudiation des dettes, dont l’emprunt des Etats à taux négatif représente un exemple devenue depuis plusieurs années une réalité courante.

En fait ce retour à la case départ d’une réaction publique tropique à toute baisse de la croissance par relance de la dépense publique « what ever it takes » et quel que soit le palier d’hétérodoxie financière préalablement atteint était inévitable. On ne peut pas changer de modèle politique et économique par un coup de baguette magique, laquelle ne s’agite librement que dans le vide de l’espace médiatique imaginaire du « wishful thinking ». 

Les dommages pourtant prévisibles mais en réalité incalculables infligés aux sociétés civiles par le volontarisme de puissances publiques occidentales panurgiques s’alignant du jour au lendemain sur un modèle chinois autoritaire et brutal ne pouvaient en fait déboucher après coup que sur un renforcement du volontarisme politique et économique compensatoire, même si l’éternelle répétition du même interventionnisme conduit tout droit l’ensemble des pays à une sorte de faillite générale inévitable. 

Changer de modèle politique ne s’improvise pas. Ce changement relève de la même logique de temps long à l’égard des puissances publiques que l’ exigence sociale à l’égard des entreprises exprimée par la prégnance croissante des critères « ESG » dans les choix d’investissement réalisés par les gestionnaires de fonds d’investissement. Malheureusement les citoyens sont moins bien armés, statistiquement moins engagés, et ont moins de choix que les investisseurs, pour faire avancer les solutions vertueuses et patientes où efficience et justice, respect du court et du moyen terme ne sont pas forcément ennemis les uns des autres. Leur engagement reste cependant la seule voie crédible et porteuse d’avenir dans cette entropie générale. 

1. ESG pour Environnement, Social et Gouvernance. Les investisseurs financiers prennent de plus en plus en compte les bonnes pratiques respectueuses de l’environnement, du personnel et de gouvernance dans l’allocation de leurs investissements avec la pensée intéressée de retrouver à la longue des performances financières supérieures dans ce type de sociétés, mieux gérées dans ces domaines fondamentaux.


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