Mois sans tabac : un concept à bout de souffle ?

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80% du prix du tabac est composé de taxes.

Le Mois sans tabac, l’initiative du gouvernement pour sensibiliser et accompagner les fumeurs souhaitant arrêter la cigarette, séduit de moins en moins de personnes au fil des ans. Faut-il y voir un effet de mode ? La fin d’un cycle ? Ou une opération qui ne répond plus aux attentes et aux besoins des fumeurs souhaitant décrocher ?

Chaque mois de novembre, le gouvernement organise le Mois sans tabac, un vaste programme de sensibilisation et d’accompagnement qui vise à aborder le sevrage tabagique de manière ludique, positive et collective pour sortir des discours culpabilisants et punitifs dont sont souvent victimes les fumeurs. L’objectif pour les fumeurs : arrêter la cigarette pendant un mois… histoire notamment de donner des idées sur le plus long-terme.

Cette initiative, menée depuis de nombreuses années en Grande-Bretagne notamment, où elle connait un succès retentissant, a fait son apparition en France depuis quelques années. Et si le succès a d’abord été au rendez-vous, force est de constater que les dernières éditions du Mois sans tabac ont peiné à convaincre le grand-public.

Si 250 000 curieux avaient été séduits par le concept en 2018, l’opération n’a attiré que 200 000 participants en 2019, avant une baisse encore plus impressionnante en 2020 avec seulement 125 000 participants. Comment expliquer une telle désaffection alors que le Mois sans tabac continue à cartonner au Royaume-Uni ?

Le premier élément de réponse est sans doute d’ordre culturel. En Grande-Bretagne, le Mois sans tabac est implanté de longue date et l’ensemble des acteurs de la lutte contre le tabagisme se sont appropriés cet événement annuel et jouent pleinement le jeu édition après édition. Une tradition qui dure depuis 2012.

Mais il existe d’autres raisons, plus profondes, qui expliquent que le concept peine à décoller dans l’Hexagone. On pense notamment à l’attitude figée des autorités sanitaires à l’égard des aides de sevrage plébiscités par les fumeurs, tels que la cigarette électronique, qui est pleinement intégrée à l’opération en Grande-Bretagne et ne dispose que d’une très faible visibilité en France.

Or, les cigarettes électroniques représentent aujourd’hui, que cela plaise ou non, l’une des voies de sevrage les plus suivies par les fumeurs – la vape est ainsi le choix N°1 des fumeurs pour sortir du tabac selon Santé Publique France. Les exclure de l’équation, c’est tourner le dos à des centaines de milliers de personnes qui veulent arrêter la cigarette, mais cherchent une alternative satisfaisante et qui fonctionne dans le sevrage tabagique, avec une nocivité largement plus faible.

Si le Mois sans tabac veut prendre définitivement racine en France, il devra suivre l’exemple britannique : prendre le temps de grandir et surtout être ouvert aux réalités de la société et aux contextes des fumeurs de 2020.


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