« Reset : vers une réinitialisation mondiale »

60 MILLIARDS €
Pendant la crise sanitaire, l'épargne des Français a augmenté de 60
milliards d'euros.

1) Quels sont les grandes idées de votre nouveau livre et pourquoi ce titre de Reset ?

L'idée est simple, nous avons un monde qui est devenu extravagant, excessif avec beaucoup de bulles financières un peu partout, des dérapages économiques et écologiques. Cette pandémie vient comme un Reset, c'est-à-dire qu'elle vient faire redémarrer le monde, comme lorsque l'on doit reset un appareil défectueux. Le problème, c'est qu'il existe deux styles de reset. Le reset qui fonctionne, c'est-à-dire que l'on repart de zéro mais que l'on upgrade, que l'on améliore la situation. Et il y a le reset très dangereux, celui qui ne fonctionne pas, justement celui où l'on n'a pas tiré les oeuvres du passé et que l'on réédite les mêmes erreurs.

Dans ce cas-là, cela serait très dangereux et il y a un risque d'une sorte de fuite en avant sur la dette publique et sur la planche à billets. On a l'impression que cette dette est « gratuite », alors qu'il faudra la rembourser même si cela prendra du temps. Le vrai enjeu de la dette, c'est ce que l'on appelle la soutenabilité de la dette, cela veut dire que s'endetter ce n'est pas grave mais qu'il faut que cette dette soit suffisamment forte pour qu'elle génère une croissance qui remboursera les intérêts. Le problème que l'on a, c'est que cela ne fonctionne pas et que l'on a, ce que l'on appelle aujourd'hui de la mauvaise dette, un peu comme le cholestérol, il y a la bonne dette et la mauvaise dette.

La mauvaise dette, c'est celle qui existe aujourd'hui, on distribue des milliards comme ça sans savoir où cela va, pour colmater les brèches et c'est dangereux, car c'est de l'argent qui ne sera pas totalement perdu mais qui ne sera pas entièrement récupéré. La bonne dette, c'est celle qui fait de l'investissement et de l'innovation, c'est ça le vrai enjeu de l'après-crise. Est-ce que l'on va rester sur une fuite en avant avec une dette publique énorme, une croissance molle et une activité qui globalement n'est pas suffisamment forte en terme d'emploi ou alors est-ce que l'on va profiter de cette crise pour sortir par le haut avec des innovations technologique et de l'investissement. Et c'est là le grand débat de cet après-pandémie.

2) On parle beaucoup de décroissance depuis le début de la crise, pouvez-vous

Le grand débat que l'on a aujourd'hui dans ce reset, c'est que certains souhaiteraient justement que l'on ait une phase de décroissance générée par cette pandémie, c'est-à-dire qu'on baisse le niveau de vie… Ce n'est pas du tout ce que j'appelle de mes voeux puisque l'on a vu pendant le confinement qu'il y a eu de la décroissance, c'est-à-dire une baisse de l'activité. Si vous avez une baisse d'activité, vous avez une hausse du chômage, des risques sociaux et même des émeutes donc c'est très dangereux, que cela soit dans les pays riches ou pas.

Globalement, cette décroissance ne fonctionne pas, pourtant, on a vraiment un souci de réchauffement et d'écologie, donc le seul moyen de faire de la croissance durable dans un monde fini, c'est en optimisant l'existant au travers du progrès et de l'innovation technologique. Si on dit « c ette pandémie nous dit qu'il faut faire de la décroissance, il faut arrêter de consommer » alors là, c'est extrêmement dangereux et ce n'est pas de l'écologie. Alors que si l'on dit : « l'écologie ce n'est pas ça, la vraie écologie c'est justement celle qui concerne l'innovation », c'est-à-dire que l'on va mieux utiliser la planète, on va moins la détruire donc on va trouver de nouvelle trilogie de l'énergie, de nouvelle trilogie de l'agroalimentaire, alors là oui ça fonctionne et en plus, cela fait de la croissance, cela fait de l'emploi. C'est donc ce reset que j'appelle de mes voeux, c'est-à-dire un reset avec un upgrade, avec une amélioration de notre quotidien. Parce que si la vie de demain, c'est se balader avec des masques, arrêter de consommer, arrêter de voyager arrêter d'investir etc… c'est très triste la vie que l'on nous propose et à la rigueur les pays peuvent le supporter et encore mais les pays émergents ne le pourront pas.

C'est vraiment le grand débat de l'après-crise parce qu'on a cette volonté de faire de la décroissance, de la démondialisation et pour moi, c'est très dangereux. Il ne faut pas oublier que la mondialisation même si elle a des travers et des risques, a permis aux pays émergents d'augmenter leur niveau de vie, leur niveau de PIB par habitant et si on casse ça et que l'on fait de la décroissance au niveau mondial, évidemment ces pays-là vont retomber dans la pauvreté donc c'est dangereux. Sachant qu'il ne faut pas faire de la décroissance débridée. Il faut repenser la mondialisation et la croissance mais dans un sens positif. Avec le reset on garde l'appareil de base, on ne détruit pas tout, c'est justement cela qui m'inquiète, il faut sauver notre monde mais le détruire non.

3) Ce reset signe-t-il la fin du capitalisme hérité de la WWII ?

Il ne faut pas oublier que depuis la Seconde Guerre mondiale, c'est le capitalisme qui nous a permis de nous en sortir, de faire la reconstruction avec le plan Marshall. A contrario il y a le communisme qui s'est complètement écroulé, donc c'est clair qu'il n'y a pas photo le communisme ne fonctionne pas, on le sait déjà, ce n'est pas une alternative. Cela ne veut pas dire que le capitalisme est le paradis bien entendu que non mais il faut l'améliorer. Et c'est vrai que depuis les années 2000, il y a une évolution.

Reset c'est un peu la suite de mon livre Un monde de bulles. Dans ce dernier, j'explique que ce qui a été très dangereux ces dernières années, c'est que nous avons créé de nouvelles bulles pour se sortir des crises. Des nouvelles bulles boursières, obligataires, de la dette publique, de cryptomonnaie. Ma crainte, c'est que l'on regonfle ces bulles qui se sont un peu dégonflées, ce qui est très dangereux. Il faut donc éviter de tomber dans ce piège.

Pour moi la bulle la plus dangereuse ce n'est pas la bulle boursière, parce que derrière il y a des entreprises donc ça va, ça vient, c'est les montagnes russes. Ce qui est très dangereux c'est la bulle de la dette publique. Malgré la flambée de la dette publique les taux d'intérêt sont extrêmement bas et ça cela crée ce que l'on appelle un aléa moral, c'est-à-dire que les Etats ne sont pas incités à être sérieux. Pour les Européens, la BCE rachète la dette publique, alors pourquoi ne pas continuer comme cela. Il n'y a aucune volonté de soutenabilité de cette dette et tous les discours de certains économistes déresponsabilisants qui disent : « mais non la dette on s'en fiche, tout est pris en charge, la BCE va annuler la dette. » ça c'est totalement faux ! La BCE n'a pas le droit d'annuler la dette, c'est un déni de réalité incroyable ! Il faut surtout rester très prudent, car cette dette on la laisse à nos enfants et aux générations à venir. Et le vrai danger c'est que si vous annulez votre dette, vous êtes un fusil à un coup, une fois que vous l'avez fait, vous n'êtes plus crédible donc pour la nouvelle dette les taux d'intérêt vont flamber et ça peut même devenir la fin de la zone euros, car il est clair que l'Allemagne ou les Pays-Bas par exemple, ne laisseront pas faire. Donc cela peut créer un cataclysme dramatique.

4) Nous sommes donc face à un manque de responsabilité des certains Etats et de certaines institutions ?

Tout à fait ! Le problème que l'on a eu, c'est que lorsqu'il y a eu la crise des Subprimes, il y avait une crise banquière très grave donc il fallait éteindre l'incendie, c'est ce que l'on a fait et très bien, sauf qu'après il y a eu différentes stratégies. Dans la zone euro, on a mis trop de temps à activer la planche à billets, ce qui a conduit à une nouvelle récession en 2011, ce qui était une grave erreur de politique monétaire de Jean-Claude Trichet notamment. Le problème, c'est qu'en 2015 pour ne pas ralentir la croissance, on a continué la planche à billets, couplant bulles boursières et obligataires, avec des taux d'intérêt très bas sur les dettes publiques. C'est ça qui devient très dangereux. On a fait la même chose avec la pandémie, on a d'abord éteint l'incendie mais après on a fait la même politique avec fuite en avant. Mais attention cette dette publique, il faut qu'il y ait un retour sur investissement. Quand on parle du New Deal de Roosevelt ou du plan Marshall, bien sûr qu'il y avait des dépenses publiques, mais il y avait une stratégie, d'investissement, d'innovation, sociale et une vision du monde, là pour l'instant il n'y en a pas. J'espère que cela va changer, parce que pour le moment on met des milliards et on dit : « débrouillez-vous». On l'a vu pendant la crise, l'épargne des Français a augmenté de plus de 60 milliards d'euros. On a donné des aides aux Français mais comme il ne pouvait pas consommer, ils ont épargné. Maintenant cette épargne est-ce qu'elle va être dépensée ? Je l'ai dit plusieurs fois à Bruno Le Maire : « attention si vous utilisez toutes les cartouches pendant la crise, il faut en garder pour la sortie de crise » donc si la croissance revient il n'y a pas de problème mais si elle ne revient pas ça va nous revenir comme un effet boomerang.

5) Pensez-vous qu'il faille revoir la vision sociétale de l'économie et mieux expliquer aux citoyen comment elle fonctionne ?

Exactement ! C'est mon cheval de bataille depuis longtemps. Quand j'ai commencé, j'étais un des premiers en France à démocratiser l'économie. Parce que c'est vrai qu'en France, nous n'avons pas de culture économique mais plutôt une culture de lutte des classes. Nous ne sommes donc pas responsabilisés par rapport à l'économie et au contraire il le faudrait, il faut dire la vérité. C'est comme pour cette pandémie si on avait dit la vérité dès le début sur la gravité de la situation, peut-être que l'on aurait mieux réagi et que l'on n'aurait peut-être pas fait ce confinement dramatique, qui nous coûte extrêmement cher. C'est pareil en économie, bien sûr qu'il faut de la confiance mais il ne faut pas mentir aux gens ou faire du déni de réalité. C'est pour ça que je dis qu'il faut responsabiliser les dirigeants et l'ensemble des citoyens.

On vient de connaître une crise historique depuis la Seconde Guerre Mondiale, depuis le Krach de 1929 et derrière on a des émeutes sociales. Alors oui il faut lutter contre le racisme mais ce n'est peut-être pas le moment, c'est-à-dire que si l'on rajoute une couche d'instabilité sociétale à la crise, notre économie ne s'en remettra pas. C'est dommage, car si l'on avait tous cette culture économique on se dirait « aller on est tous dans le même bateau, il faut se retrousser les manches, il faut aller de l'avant » .

6) Ce livre semble être porteur d'un message d'espoir ?

Tout à fait car je pense qu'il faut garder une touche d'espoir, c'est mon leitmotiv, c'est-à-dire qu'il faut être optimiste mais aussi réaliste. Si vous êtes réalistes, c'est ça qui vous permet d'être optimiste. Il y a une crise, il faut l'appeler comme telle, c'est dangereux certes mais la peur n'écarte pas le danger. Si vous savez que vous avez une crise devant vous, vous allez pouvoir mieux réagir et réussir à mieux la traverser en gardant espoir. C'est pour cela que dans ce nouveau livre je donne des conseils aux ménages, aux entreprises en terme de stratégies économiques et financières. Il restera forcément une part d'ombre et d'inconnue. Je le dis souvent lorsqu'il y a un tsunami, c'est lorsque la mer se retire que l'on voit l'ampleur des dégâts donc c'est sûr qu'il y aura de la casse. De nombreuses entreprises dites zombies qui sont maintenus en vie par des aides, vont avoir des difficultés et c'est là que l'on attend l'Etat avec un rôle stratégique en matière d'investissement.

7) Vous militez pour un monde moins exubérant, pourquoi pensez-vous qu'il serait un meilleur monde ?

Moins exubérant justement, cela veut dire que les bulles sont moins dramatiques. C'est-à-dire qu'aujourd'hui notre monde de bulles perd le sens des réalités. Aujourd'hui on a des valorisations d'entreprises qui sont totalement folles et qui n'ont aucun rapport avec les résultats de l'entreprise, alors que normalement la bourse doit refléter la réalité économique. Ça aussi ça permet de remettre les pendules à l'heure. Pareil sur les dettes publiques, aujourd'hui on a des taux d'intérêt beaucoup trop bas par rapport à la réalité, je dis souvent que c'est pire que les Subprimes parce que pour les Subprimes, c'est vrai qu'il y avait un risque mais il y avait des taux d'intérêt élevés, donc cela signifie qu'à la rigueur, si on a vendu à temps on n'a pas perdu d'argent. Là le danger c'est les taux d'intérêt extrêmement bas, parfois même négatifs, on perd de l'argent. On marche sur la tête ! Ce n'est pas du tout normal. C'est donc là où le monde est plus exubérant.

Il y a aussi un chapitre qui va en étonner beaucoup je pense, où je dis que cette surpuissance des entreprises, des GAFAM pour ne pas les nommer et de leurs dirigeants deviennent dangereux. Peut-on vraiment laisser des entreprises devenir plus puissantes que des Etats ? Et finalement imposer leurs diktats. Il va falloir que les Etats légifèrent, que l'on puisse ponctionner des impôts sur ces entreprises parce que tout ça est un vrai enjeu. Aujourd'hui c'est un peu le paradoxe de cette pandémie, on avait une bulle des GAFAM et de tout ce qui gravite autour et là avec la pandémie ça les a renforcées. Ce monde est un peu dangereux, un peu extrême, c'est dans ça qu'il faut être très très prudents.

Egalement au niveau de la répartition des richesses. Il y a des vieux démons franco-français, le problème c'est que ceux qui sont très riches n'investissent pas assez et il faut les encourager à la faire mais ce n'est pas au niveau des dépenses publiques qu'il faut encore augmenter les impôts sur la classe moyenne et la classe moyenne +, il faut les laisser tranquilles. Donc c'est ça un monde moins exubérant, ça veut dire là où il y a moins d'écart et surtout moins de surpuissances, qui sont peut être méritées mais qui deviennent dangereuses, donc il faut légiférer et d'ailleurs je pense que c'est ce qui se produira, il y aura surement ce qu'on appelle en anglais des spinodes, c'est-à-dire des entreprises qui seront peut-être coupés en morceaux. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui on n'arrête pas de se plaindre, on innove oui mais il faut garder le contrôle sinon on tombe dans George Orwell 1984. C'est ce que j'appelle de mes voeux. Ce devrait être le rôle de l'Etat, des pouvoirs publics mais comme ils ne sont pas efficaces, ils n'ont pas les moyens de le faire.

Pour vous procurer le livre : https://www.decitre.fr/livres/reset-9791035904869.html   


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