Huit organisations syndicales exigent l’arrêt du processus d’adoption de la loi élargissant le travail le 1er mai. Face à la fronde sociale, Matignon promet le dialogue et recule sur la convocation immédiate de la commission mixte paritaire.
1er mai : les syndicats demandent l’arrêt du processus législatif

Une fronde syndicale unanime contre la réforme du 1er mai
Le 1er mai cristallise à nouveau les tensions sociales françaises. Dans une démarche d'une ampleur exceptionnelle, huit organisations syndicales majeures ont convergé vers une position commune, adressant au Premier ministre Sébastien Lecornu une missive exigeant l'arrêt immédiat du processus législatif visant à élargir les possibilités de travail lors de la Fête du Travail.
Les dirigeants de la CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, FSU et Solidaires dénoncent dans leur correspondance commune une réforme du 1er mai qualifiée de "brutale" portant atteinte à un "patrimoine d'histoire sociale et de conquêtes collectives". Ils exhortent le chef du gouvernement à "respecter la démocratie sociale et la démocratie politique" en renonçant à convoquer la commission mixte paritaire (CMP) destinée à accélérer l'adoption du texte.
Un parcours législatif controversé et accéléré
L'examen de cette proposition de loi à l'Assemblée nationale vendredi dernier a viré au désastre politique. Les députés du groupe EPR (ex-Renaissance), sous l'impulsion de Gabriel Attal, ont adopté une motion de rejet de leur propre texte afin de contourner l'obstruction parlementaire orchestrée par La France insoumise, qui avait déployé près d'une centaine d'amendements.
Cette manœuvre procédurale, assimilée par l'opposition à un "49.3 déguisé", permet d'acheminer directement le projet de loi vers la commission mixte paritaire. L'ambition affichée consiste à permettre l'application de ces nouvelles dispositions dès le 1er mai 2026, en esquivant tout débat parlementaire approfondi.
Des secteurs économiques considérablement élargis par la réforme
Le projet de décret d'application concernant le 1er mai divulgué par le gouvernement dévoile l'étendue des secteurs visés par cette transformation législative. Selon les organisations syndicales, bénéficieraient de cette autorisation d'ouverture les grandes enseignes industrielles de boulangerie et pâtisserie, les chaînes de glaciers et chocolatiers, ainsi que les commerces de boucherie, charcuterie et triperie. S'y ajouteraient la fromagerie-crèmerie et la poissonnerie, les magasins de vente de fruits et légumes incluant les grandes surfaces spécialisées, les fleuristes, jardineries et graineteries, sans omettre les cinémas, musées, salles d'expositions et centres culturels.
Cette extension suscite de vives inquiétudes parmi les organisations syndicales qui y décèlent une menace tant pour les petits commerces indépendants de proximité que pour les droits fondamentaux des salariés. Cette préoccupation s'inscrit dans un contexte plus large de transformations sociales qui interrogent l'équilibre entre impératifs économiques et protection sociale.
Sophie Binet dénonce un "vol" du dernier jour chômé
La secrétaire générale de la CGT Sophie Binet a exprimé son indignation au sujet du projet de loi sur le 1er mai sur RTL, dénonçant qu'"en matière commerciale, l'activité s'étend déjà sur 364 jours annuels, et c'est précisément ce dernier jour de répit qu'on souhaite nous dérober". Elle conteste avec véhémence la notion de "volontariat" inscrite dans le texte, argumentant que "si le volontariat constituait une garantie suffisante, l'existence même d'un Code du Travail deviendrait superflue".
Selon Sophie Binet, cette réforme profitera essentiellement aux "grands groupes" tels que Marie Blachère ou Gamm Vert, plutôt qu'aux artisans que prétendent défendre les promoteurs du texte. Elle fustige des "mensonges éhontés", rappelant qu'actuellement "les artisans conservent la faculté d'ouvrir" le 1er mai, mais sans contraindre leurs salariés au travail.
L'opposition politique mobilisée
Le député socialiste Jérôme Guedj a fustigé sur Franceinfo l'attitude des macronistes concernant le 1er mai, déplorant que l'Assemblée ne délibère que sur "des textes dénués de caractère absolument indispensable". Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, n'écarte pas le recours à une motion de censure si les principes du dialogue social venaient à être bafoués.
La présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet s'est employée à tempérer les tensions en reconnaissant que "la concertation sociale ne saurait être éludée" et en exhortant le gouvernement à engager des discussions constructives avec les syndicats.
Matignon recule et promet le dialogue social
Confronté à cette mobilisation syndicale d'envergure, l'entourage du Premier ministre a assuré dimanche qu'"aucun passage en force ne sera envisagé". Sébastien Lecornu a mandaté le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou pour recevoir les organisations syndicales lundi à 18 heures afin de "proposer un compromis viable".
Cette réunion d'urgence ambitionne de délimiter "un périmètre rigoureusement défini des commerces concernés", particulièrement pour "garantir la sécurisation de l'ouverture des commerces de proximité". Le gouvernement affirme que "la commission mixte paritaire demeure non convoquée" et qu'il convient de "ménager le temps nécessaire à une concertation approfondie".
