L’Union européenne répond à la suspension des droits de douane de Donald Trump

La décision surprise de Donald Trump n’a pas seulement fait vibrer les marchés financiers. Elle a également provoqué une réponse de l’Union européenne. Cela pourrait bien se faire sentir jusque dans les rayons des supermarchés français, et sur les factures des PME exportatrices.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 10 avril 2025 14h16
union européenne, Ursula Von Der Leyen
© Commission européenne

C’est une annonce tombée au petit matin du 10 avril 2025 qui a bouleversé la donne : Donald Trump a suspendu pendant 90 jours les hausses de droits de douane imposées à une grande partie du monde, notamment l'Union européenne. La Chine reste exclue de cette pause, frappée par une surtaxe de 125 %, mais pour tous les autres pays, les taxes sont ramenées à 10 %. Dans la foulée, l’Union européenne a suspendu ses propres mesures de représailles.

Des prix qui pourraient (enfin) cesser de grimper ?

Pour les consommateurs français, cette nouvelle pourrait alléger un peu la pression sur les prix de certains produits importés des États-Unis, notamment dans l’alimentaire, la tech ou les équipements sportifs. Car ces derniers mois, de nombreuses hausses avaient discrètement été répercutées dans les rayons. Selon la Fédération du commerce et de la distribution, certains produits américains avaient vu leur prix augmenter de 12 à 18 % en moyenne depuis le début de l’année 2025.

Si la suspension est maintenue, certains de ces tarifs pourraient être stabilisés. Mais attention : « Les distributeurs ont pris l’habitude d’absorber partiellement les hausses douanières. Ils ne baisseront pas nécessairement les prix aussi vite que ceux-ci avaient grimpé », nuance Philippe Goetzmann, consultant en stratégie de distribution.

Pour les PME françaises, une bouffée d’oxygène temporaire

Côté entreprises, en particulier celles qui exportent vers les États-Unis, le répit est plus tangible. Nicolas Ozanam, président de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux, parle d’« une demi-bonne nouvelle ». Grâce à cette suspension, les droits de douane sur les vins français sont repassés de 20 % à 10 %, ce qui rend les produits hexagonaux de nouveau compétitifs face à ceux d’autres pays producteurs.

Les PME de secteurs touchés par les surtaxes américaines — vins, fromages, cosmétiques, pièces automobiles — pourraient ainsi bénéficier d’un sursaut d’exportations. « C’est un ballon d’oxygène, mais il faut l’exploiter vite. Rien ne dit que les surtaxes ne reviendront pas dans trois mois », souligne Alain Roussel, dirigeant d’une PME agroalimentaire à Bordeaux qui exporte 40 % de sa production vers les États-Unis.

Mais un climat d’incertitude toujours pesant

Si la suspension donne un peu de répit, elle ne supprime pas l’instabilité. Car cette décision, prise unilatéralement par Donald Trump, n’a rien d’un traité commercial stable. L’Union européenne elle-même l’a rappelé par la voix d’Ursula von der Leyen : « si les négociations ne sont pas satisfaisantes, nos contre-mesures entreront en vigueur ».

En clair : cette trêve est un pari. Et pour les entreprises françaises, difficile d’investir, de négocier de nouveaux contrats ou de planifier des expéditions quand les règles peuvent changer à tout moment. Le secteur de l’agroalimentaire, premier touché par les droits de douane croisés entre les États-Unis et l’Union européenne, reste en alerte.

Une économie française qui reste vulnérable aux à-coups mondiaux

Les effets de ces décisions douanières se font sentir à travers toute l’Europe. Mais l’économie française, avec ses nombreuses PME exportatrices et son secteur viticole très tourné vers l’Amérique du Nord, est particulièrement exposée. Et au-delà des entreprises, ce sont aussi les consommateurs qui subissent les contrecoups de cette guerre commerciale.

Même si le dollar a récemment perdu 1 % face à l’euro, ce qui pourrait alléger un peu les coûts des importations américaines, les incertitudes restent nombreuses. « Dans un contexte plutôt inflationniste, et avec un dollar qui glisse, cela va quand même entraîner une hausse des prix et donc une baisse de la consommation aux États-Unis », prévient Nicolas Ozanam. Ce qui signifie, pour les entreprises françaises, une demande potentiellement moins dynamique outre-Atlantique.

Pour les consommateurs français comme pour les entreprises, la suspension temporaire des droits de douane est une bonne nouvelle… à prendre avec prudence. Moins de taxes, c’est moins de pression sur les prix et un peu plus de marge pour exporter. Mais dans trois mois, tout peut être remis en cause. Et tant que les règles du jeu restent dictées par des annonces soudaines, la prudence reste de mise.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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