Une nouvelle liaison ferroviaire est sur le point de transformer les trajets entre Paris et l’aéroport de Roissy. Prévue pour début 2027, elle promet de réduire considérablement le temps de parcours. Retour sur les enjeux de ce projet structurant.
Le trajet Paris-Roissy vaut-il vraiment 24€ ?

Le mot circule depuis le 23 juin 2025 : le train CDG Express de Paris, censé désengorger le RER B, sera enfin opérationnel le 28 mars 2027. Une annonce tardive pour un chantier lancé dès les années 2000. Derrière cette infrastructure attendue se cachent deux décennies de blocages, un investissement conséquent et une série de critiques liées à son modèle économique.
Une ligne directe, rapide... et ciblée
Le CDG Express reliera en 20 minutes chrono la gare de l’Est à l’aéroport de Roissy, sans aucun arrêt intermédiaire. Cette ligne ultrarapide, longue de 32 kilomètres, fonctionnera sur un tracé indépendant du RER B. Sa fréquence ? Un train toutes les 15 minutes, de 5h à minuit. Dotée de rames modernes, accessibles aux personnes à mobilité réduite, et d’espaces pour les bagages, elle vise une clientèle en quête de confort et de ponctualité. Le chantier, aujourd’hui achevé à 80 %, entamera ses premiers essais à l’automne 2025.
Un tarif qui fait débat : 24 euros pour un aller simple
Mais la promesse de rapidité a un coût. Et il est élevé. Le prix du billet a été fixé à 24 euros l’aller simple, hors du Pass Navigo, excluant donc toute intégration tarifaire avec le reste du réseau francilien. Une décision qui cristallise les tensions. L’élu parisien David Belliard a dénoncé « le train des riches versus les travailleurs pauvres » (BFMTV, 23 juin 2025). Une formule qui résume le malaise : à qui profite vraiment cette ligne ?
Pourquoi un tel projet ? Objectifs et justification
Derrière ce projet titanesque, près de deux milliards d’euros d’investissement, se cache un double objectif. D’abord, désengorger un RER B chroniquement saturé, jugé peu fiable pour relier l’aéroport. Ensuite, proposer une alternative concurrentielle aux taxis et VTC. Côté maîtrise d’ouvrage, on retrouve un consortium réunissant SNCF Réseau, Groupe ADP (Aéroports de Paris) et Caisse des Dépôts. L’exploitation, elle, sera confiée à une filiale commune à Keolis et RATP Dev.
Trois années de retard et une conception controversée
Prévu initialement pour 2024, le CDG Express a accumulé près de trois ans de retard. En cause : la crise sanitaire, mais aussi une série de recours juridiques déposés par des collectivités et des riverains inquiets des impacts sur les autres lignes ferroviaires. La Ligne K du Transilien, ainsi que les RER B et D, ont été perturbés pendant le chantier, nourrissant la défiance de certains usagers. Si la Cour administrative d’appel de Paris a validé définitivement le projet en avril 2022, les critiques n’ont jamais cessé.
Un modèle économique sous tension
L’architecture financière du projet repose sur une logique de rentabilité commerciale : aucune subvention publique pour l’exploitation, un prix élevé pour garantir l’équilibre budgétaire. Six millions de voyageurs annuels sont attendus. Reste à savoir si le tarif de 24 euros n’agira pas comme un frein. Les experts pointent également un paradoxe : en visant une clientèle haut de gamme, le CDG Express ignore les besoins des Franciliens en quête de solutions de mobilité plus accessibles.
Une modernisation attendue... mais sélective
L’ambition du CDG Express est claire : moderniser l’accès au premier aéroport français. Pourtant, cette ligne ne profitera pas à tous. Le prix est perçu comme très élevé. Le choix de la gare de l’Est, plutôt que celle du Nord ou du centre de Paris, limite sa portée. Par ailleurs, les correspondances seront limitées, ce qui renforce l’image d’une infrastructure pensée pour les touristes internationaux et les cadres pressés, plus que pour les usagers quotidiens.
