Budget 2026 : François Bayrou mise sur une année sans revalorisation

Le Premier ministre, François Bayrou, a dévoilé, mardi 15 juillet, les contours de sa grande opération de redressement pour le budget 2026. Au centre de ce dispositif, une « année blanche » se dessine. Derrière cette appellation aux airs d’amnistie fiscale se cache en réalité une stratégie de rigueur : désindexer les dépenses publiques de l’inflation. Un gel sec.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Published on 15 juillet 2025 16h00
Budget 2026 : François Bayrou mise sur une année sans revalorisation
Budget 2026 : François Bayrou mise sur une année sans revalorisation - © Economie Matin

Le Figaro indique que l’idée de désindexer « tout ou partie des dépenses publiques » est « presque déjà actée », et une source gouvernementale affirme que ce serait « une manière de faire participer presque tout le monde à l’effort ». Le gouvernement veut ainsi générer 40 milliards d’euros d’économies pour rééquilibrer des comptes publics malmenés. Le contexte semble opportun. Avec une inflation projetée à 1 % en 2025 selon la Banque de France, l’impact d’un gel serait, pour le gouvernement, « moins douloureux ». Encore faut-il que chacun accepte l’effort.

Impôts, retraites, niches… Qui paie quoi ?

Ce plan prétend éviter une hausse directe des impôts. Vraiment ? Dans les faits, certaines mesures s’apparentent à des prélèvements déguisés. La désindexation du barème de l’impôt sur le revenu, par exemple, rapporterait 1,2 milliard d’euros à l’État. Sans revalorisation, les ménages risquent de glisser dans des tranches plus taxées sans augmentation réelle de pouvoir d’achat. Côté retraites, la désindexation annoncée pourrait représenter 3,7 milliards d’euros d’économies. Un geste loin d’être symbolique pour des pensionnés déjà mis à mal par l’inflation passée.

La Cour des comptes s’est elle-même prononcée pour une mise à contribution des retraités, rappelant, dans des propos partagés par Cnews, qu’ils « ne peuvent être laissés à l’écart des efforts budgétaires demandés ». Les niches fiscales, enfin, sont dans le viseur : crédit d’impôt emploi à domicile, crédit recherche, réductions sur les donations… Autant de dispositifs coûteux que l’exécutif veut désormais encadrer. Sans oublier l’assurance maladie et les indemnités journalières, appelées elles aussi à un régime sec.

Gel des dépenses publiques, le cœur du dispositif

Le concept d’« année blanche » s’étend bien au-delà des seuls particuliers. Les dépenses de l’État dans leur ensemble sont concernées. À commencer par les effectifs publics, 5,8 millions d’agents, représentant 107 milliards d’euros de masse salariale, sont potentiellement touchés par le gel de point d’indice ou le non-remplacement. Le Sénat estime qu’un gel généralisé des crédits budgétaires pourrait rapporter jusqu’à 10 milliards d’euros.

Le gouvernement compte aussi économiser 540 millions d’euros à 2–3 milliards via la rationalisation des agences et opérateurs publics. Près de 2 000 structures sont dans le collimateur. La branche maladie de la Sécurité sociale, lourdement déficitaire, sera également ajustée : plafonnement des prescriptions médicales, réforme de la tarification des hôpitaux, contrôle des arrêts de travail. Rien n’échappe au scalpel.

Un plan risqué politiquement… et économiquement

Une telle cure de rigueur ne va pas sans secousses. Les retraités grondent, les fonctionnaires s’inquiètent, les collectivités locales alertent. Et les parlementaires de gauche dénoncent une politique « socialement injuste ». Même au sein de la majorité, le débat fait rage. Pourquoi ne pas taxer davantage les ultra-riches ? Une « taxe Zucman », inspirée du célèbre économiste Gabriel Zucman, est bien sur la table.

Mais le gouvernement l’a pour l’instant écartée. Le Figaro note, en filigrane, que les plus fortunés ne seraient « pas directement touchés » par le plan. Une ligne rouge pour certains, un non-sujet pour d’autres. Autre piste vite écartée, la TVA sociale, jugée trop explosive. Pourtant, elle aurait permis de dégager plusieurs milliards, mais au prix d’une pression accrue sur les ménages les plus modestes. Le gouvernement a préféré ne pas risquer la fracture.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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