Alors que le redémarrage du nucléaire français devait symboliser la relance industrielle du pays, le chantier de Flamanville continue de faire vaciller la confiance. Une nouvelle échéance vient d’être repoussée, prolongeant une saga industrielle déjà vieille de près de deux décennies. Jusqu’où s’étirera encore le calendrier de l’EPR normand ?
Flamanville : énième retard pour le nouveau réacteur nucléaire

L’EPR de Flamanville recule encore : pleine puissance reportée à la fin de l’automne
Le 1er août 2025, EDF a confirmé que le réacteur de troisième génération de la centrale nucléaire de Flamanville n’atteindrait pas sa pleine puissance avant la fin de l’automne, abandonnant l’objectif initialement fixé à la fin de l’été. Ce nouveau décalage résulte d’un arrêt entamé le 19 juin 2025, destiné à finaliser les essais de mise en service du réacteur.
Mais deux des trois soupapes du pressuriseur, un composant central chargé de maintenir une pression de 155 bars dans le circuit primaire, ont révélé des défauts d’étanchéité. EDF, évoquant une « démarche proactive de sûreté », a pris la décision de remplacer également la troisième soupape. L’ensemble de l’opération nécessite le démontage du couvercle du réacteur, une tâche lourde et technique. Résultat : le redémarrage est désormais programmé au 1er octobre 2025, repoussant de facto l’entrée en pleine puissance à une date indéterminée, bien que maintenue « avant la fin de l’automne ». « Ce nouvel ajustement de calendrier s’inscrit dans une logique de gestion maîtrisée de la montée en puissance du réacteur », a affirmé EDF citée par Le Figaro.
Flamanville : une centrale nucléaire au cœur de tous les retards industriels
Ce nouveau report s’ajoute à une suite de retards structurels qui ont émaillé le projet depuis ses débuts. Le chantier de Flamanville avait été lancé en 2007 avec une mise en service prévue en 2012. Treize années plus tard, l’EPR n’a toujours pas été raccordé au réseau à pleine capacité. Les causes sont nombreuses : défauts de soudure, erreurs de conception initiales, changements réglementaires imposés par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), et gestion de projet chaotique.
Le coût, lui, a explosé. De 3,3 milliards d’euros initialement annoncés, la facture a grimpé à 13,2 milliards d’euros en 2025, voire 19,1 milliards d’euros selon certaines estimations révisées fin 2024. Au-delà des conséquences économiques immédiates, ce glissement du calendrier met à l’épreuve la crédibilité industrielle du parc nucléaire français. Alors qu’EDF s’apprête à lancer une série de nouveaux EPR dits « EPR2 », Flamanville devait en être le modèle, le jalon de référence. Ce n’est toujours pas le cas.
Ce report de la montée à pleine puissance implique également un décalage dans l'intégration effective du réacteur au réseau électrique national, alors que la demande reste forte dans un contexte de transition énergétique. Selon Les Échos, la qualification complète des systèmes ne pourra intervenir qu’après validation en conditions normales de fonctionnement : « Il s’agit de finaliser la qualification de l’ensemble des systèmes en conditions normales de fonctionnement avant de passer à la phase commerciale ».
Cette incertitude persistante pourrait forcer EDF à revoir ses objectifs de production, voire ses plans de financement. Déjà, les investissements engagés pour Flamanville grèvent les marges du groupe, contraint de jongler entre ses ambitions européennes, les besoins du parc existant à moderniser, et les attentes politiques liées au plan de relance énergétique du gouvernement.
Une leçon à tirer avant d’engager le programme EPR2 ?
Alors que les premiers chantiers EPR2 sont annoncés pour 2027, le précédent de Flamanville alimente la méfiance des acteurs industriels et institutionnels. Chaque nouvel incident, même mineur, ranime la critique sur la gouvernance des projets nucléaires en France. EDF défend sa gestion : « Profiter de la logistique déjà en place et de mobiliser les compétences disponibles », affirme l’entreprise pour justifier le remplacement anticipé de la troisième soupape selon FranceInfo.
Mais les observateurs restent prudents. Le démarrage commercial, initialement envisagé pour fin 2024, pourrait n’intervenir qu’en début 2026, au plus tôt, selon certains analystes. Une nouvelle dérive dont EDF se serait bien passée à l’heure où la filière nucléaire française tente de redorer son blason. Alors que l’ASN continue ses vérifications, et que les opérations de maintenance s’enchaînent à Flamanville, les yeux sont tournés vers le mois d’octobre. La date annoncée pour le redémarrage pourrait être décisive : pas seulement pour l’avenir du site normand, mais pour la stratégie nucléaire nationale dans son ensemble.
