Kevin Warsh, ancien gouverneur de la Réserve fédérale, a été choisi par le président Trump pour prendre la tête de la banque centrale américaine à l’issue du mandat de Jerome Powell, qui s’achèvera à la mi-mai. Le président a salué ce choix, qualifiant Warsh de candidat « parfait sur le papier » et estimant qu’il pourrait devenir « l’un des plus grands présidents de la Fed ».
Taux d’intérêt : que changera Warsh à la tête de la Fed ?

Cette nomination intervient alors que la banque centrale aborde la phase finale d’un combat engagé depuis plusieurs années pour stabiliser les prix sans compromettre l’ensemble de l’économie. Si les marchés nourrissaient depuis plusieurs semaines de fortes anticipations, la désignation de Kevin Warsh soulève immédiatement des interrogations quant à l’indépendance de la banque centrale et à son approche future face à un niveau d’inflation durablement installé autour de 3 %. Par le passé, Warsh a appelé à un « changement de régime » au sein de la Fed, critiquant à la fois sa dépendance excessive aux données et la taille « pléthorique » de son bilan.
Âgé de 55 ans, Warsh est un ancien banquier d’investissement qui s’est illustré à la Fed lors de son mandat entre 2006 et 2011, une période marquée par la crise financière de 2008. À seulement 35 ans, il était devenu le plus jeune membre de l’institution dans son histoire. Dans une organisation largement dominée par des économistes titulaires de doctorats, Warsh faisait figure de « professionnel des marchés », fort d’un vaste réseau à Wall Street et au sein du secteur bancaire.
Les spéculations vont désormais bon train quant aux orientations que Warsh pourrait imprimer en tant que président de la Fed. Dans une tribune publiée dans le Wall Street Journal en novembre 2025, intitulée « La direction défaillante de la Réserve fédérale », il a salué l’action de l’administration Trump et esquissé les réformes qu’il souhaiterait voir mises en œuvre, notamment une remise en question du « dogme » de l’inflation.
Fait notable, bien qu’historiquement perçu comme un « faucon » en matière d’inflation, Warsh s’est récemment rapproché de la position de l’administration favorable à une baisse des taux d’intérêt, estimant que les gains de productivité liés à l’intelligence artificielle pourraient contribuer à contenir les pressions inflationnistes.
Un environnement économique justifiant une hausse des taux d’intérêt :
Dans le cadre du double mandat de la Fed, le principal défi consiste à anticiper l’évolution du chômage et de l’inflation selon différents scénarios de politique monétaire. L’inflation demeure supérieure à l’objectif, tandis que le chômage reste relativement bas. Si ces conditions venaient à se maintenir, les arguments en faveur d’un relèvement des taux seraient solides. L’impact potentiel des droits de douane sur les prix, la hausse des salaires liée à la contraction de l’offre de travail consécutive au durcissement de la politique migratoire, ainsi que l’augmentation des anticipations d’inflation pourraient accentuer les pressions inflationnistes et renforcer le plaidoyer en faveur de taux plus élevés.
Les principaux facteurs plaidant en faveur d’une baisse des taux par la Réserve fédérale :
À l’inverse, un ralentissement de la consommation des ménages et de l’investissement des entreprises pourrait atténuer les pressions inflationnistes tout en entraînant une hausse du chômage. Les effets des ajustements de taux mettant du temps à se diffuser dans l’économie, il pourrait s’avérer pertinent d’abaisser les taux de manière anticipée afin de prévenir un affaiblissement du marché du travail. Les partisans d’une politique monétaire plus accommodante mettent également en avant les effets potentiellement positifs de l’intelligence artificielle sur la productivité, susceptibles de freiner l’inflation et de limiter les risques inflationnistes associés à une baisse des taux.
En quoi la contraction du bilan de la FED complique l’assouplissement des taux d’intérêt :
Plusieurs sources indiquent que Warsh serait favorable à une réduction de la taille du bilan de la Fed. Toutes choses égales par ailleurs, une telle évolution exercerait une pression haussière sur les taux d’intérêt à long terme, généralement les plus déterminants pour les décisions de dépenses, et, par extension, pour l’emploi et l’inflation. Si, comme cela a été évoqué, Warsh soutenait également des taux directeurs plus bas, une tension pourrait alors émerger entre son objectif de baisse des taux et sa volonté de réduire la taille du bilan de la Réserve fédérale.
