En déclenchant un vote de confiance le 8 septembre, François Bayrou met son gouvernement au pied du mur. Le Premier ministre espère que la validation de son plan d’économies de 44 milliards d’euros suffira à restaurer la confiance dans la trajectoire budgétaire, malgré une opposition unanime et un climat social déjà en tension.
Vote de confiance : Bayrou bientôt viré de Matignon ?

Le 25 août 2025, lors d’une conférence de presse à Paris, le Premier ministre François Bayrou a annoncé qu’il engagerait la confiance de son gouvernement devant l’Assemblée nationale, en application de l’article 49.1. Au cœur de cette démarche : la dette publique française, qu’il qualifie de « danger immédiat ». Cet appel au sursaut survient alors que la majorité relative rend fragile l’exécutif et que l’ombre d’une censure plane sur un plan budgétaire marqué par l’austérité.
Plan d’économies et trajectoire de la dette : Bayrou cherche la confiance
Lors de sa conférence avenue de Ségur, le Premier ministre a détaillé un plan d’économies chiffré à 44 milliards d’euros pour 2026, destiné à réduire le déficit public à 4,6 % du PIB, contre 5,8 % l’an dernier. Ce programme, pensé comme une stratégie de redressement, vise à freiner une dette qui atteint désormais 3.300 milliards d’euros, soit 113 % du PIB, détaille Toute L’Europe.
Les mesures phares ont immédiatement fait réagir. François Bayrou a proposé la suppression de deux jours fériés, le 8 mai et le lundi de Pâques, avec un rendement attendu de 4,2 milliards d’euros par an, soit près de 10 % de l’effort visé. Il a également confirmé le gel des prestations sociales et des barèmes fiscaux au niveau de 2025, ainsi qu’une hausse des franchises médicales. L’ensemble compose une cure d’austérité assumée, que Bayrou défend comme nécessaire à la sauvegarde de la confiance nationale et européenne. « Le surendettement est un danger immédiat », a-t-il martelé, relate RTL. Pour autant, aucune mesure forte contre les classes les plus riches qui ont largement profité de la politique d’Emmanuel Macron n’a été annoncée, laissant le gros de l’effort demandé aux classes moyennes. Pour justifier son pari, il a lâché une phrase qui résume sa stratégie : « Oui, c’est risqué, mais c’est encore plus risqué de ne rien faire ».
Le vote de confiance du 8 septembre : vers la fin du gouvernement Bayrou ?
François Bayrou a décidé d’utiliser l’article 49.1 de la Constitution, rarement mobilisé. Ce mécanisme permet au Premier ministre de demander à l’Assemblée un vote de confiance sur une déclaration de politique générale ou une trajectoire, sans imposer encore l’adoption des mesures. Le 8 septembre, le débat aura lieu en session extraordinaire : le chef du gouvernement prononcera son discours, les groupes parlementaires répondront, puis un scrutin solennel tranchera, explique LCP.
Historiquement, aucun gouvernement de la Ve République n’est tombé à cause d’un rejet de la confiance. Mais, cette fois, le calcul est plus serré. L’absence de majorité absolue fragilise Bayrou, et la division du Parlement pourrait transformer l’exercice en risque de censure anticipée. Le Monde rappelle que le vote visera à « valider la trajectoire budgétaire, avant l’examen détaillé des mesures à l’automne ». En cas de rejet, le gouvernement serait immédiatement renversé, ouvrant la voie à un nouveau Premier ministre ou, en dernier recours, à une dissolution.
Le gouvernement place la confiance au cœur du dispositif institutionnel, transformant une procédure technique en véritable pari existentiel. Pour Bayrou, il s’agit de s’appuyer sur une légitimité parlementaire consolidée avant d’affronter l’automne budgétaire. Pour l’opposition, c’est l’occasion de tester la fragilité de l’exécutif et d’imposer un rapport de force frontal.
Peu de confiance, beaucoup de censure : François Bayrou sur un siège éjectable
Dès l’annonce du 25 août 2025, les réactions des partis se sont révélées tranchées. Marine Le Pen a déclaré : « C’est peu dire que je n’ai aucune confiance dans ce gouvernement », selon TF1. Le Rassemblement national votera donc contre. À gauche, La France insoumise, les Écologistes et les Communistes ont également annoncé leur opposition. Le Parti socialiste, par la voix d’Olivier Faure, a jugé « inimaginable » d’accorder la confiance au Premier ministre, relate LCP.
Cette unanimité des oppositions rend la tâche du gouvernement presque impossible. Même si une partie de la droite modérée décidait d’appuyer Bayrou pour éviter la censure, l’addition des voix hostiles pourrait suffire à renverser l’exécutif. Le vote du 8 septembre 2025 s’annonce donc comme une épreuve redoutable où chaque député comptera.
À cela s’ajoute une pression sociale croissante. Le mouvement « Bloquons tout » a appelé à une mobilisation nationale le 10 septembre, deux jours après le scrutin, pour dénoncer l’austérité imposée. Cette mobilisation citoyenne et nationale amplifie le climat d’incertitude et accentue la menace de censure, car elle laisse présager une rentrée marquée par des grèves et des blocages. Surtout, les députés ont une pression supplémentaire : tous ceux qui voteront la confiance à François Bayrou risquent de se mettre à dos leurs électeurs, alors que le Premier ministre est au plus bas dans les sondages.
