Et si vos vidéos YouTube n’étaient plus vraiment les vôtres ? Pas demain. Pas dans dix ans. Mais aujourd’hui. Plusieurs créateurs découvrent avec stupeur que leurs contenus sont retouchés sans le moindre accord avec une intelligence artificielle.
YouTube retouche des vidéos avec l’IA sans prévenir les créateurs

Les créateurs de contenus condamnent
YouTube, la plateforme numéro un du streaming vidéo, est au centre d’une tempête. Depuis le 20 août 2025, la société a reconnu qu’elle procédait à une « expérimentation » sur certains Shorts, son format de vidéos courtes. Objectif officiel : rendre les vidéos « plus nettes, réduire le bruit et améliorer la clarté ». Une opération pilotée par ce que l’entreprise appelle un simple apprentissage automatique. Pas d’IA générative, insiste YouTube. Mais l’affaire a pris une autre tournure.
Parce que la révélation n’est pas venue de Mountain View. Elle est d’abord sortie des studios des créateurs eux-mêmes. Rhett Shull, guitariste et vidéaste suivi par près de 750 000 abonnés, a constaté que son visage apparaissait lissé, ses cheveux modifiés, ses oreilles presque artificielles. Même problème pour « Mr. Bravo », qui avait volontairement choisi un rendu granuleux façon années 80. Résultat : YouTube a tout gommé, sans prévenir.
Une confiance fragilisée ?
La réaction ne s’est pas fait attendre. « Cela va inévitablement éroder la confiance des spectateurs dans mon contenu », s’est alarmé Rhett Shull dans une vidéo. Pour lui, ces retouches automatiques brouillent la frontière entre création authentique et trucage numérique. Pire : elles peuvent laisser croire qu’il a lui-même utilisé une IA ou un deepfake.
Un fil Reddit, publié dès juin 2025, avait déjà alerté sur ces modifications automatiques. Peu de voix l’avaient pris au sérieux. Mais l’écho actuel est de plus en plus important. Car le problème ne se limite plus à quelques cas isolés. YouTube a confirmé que l’expérimentation touchait un nombre limité mais indéfini de Shorts. Sans demander l’avis des créateurs, ni leur offrir la possibilité d’opt-out. Une décision unilatérale.
Samuel Woolley, professeur à l’université de Pittsburgh, ne mâche pas ses mots à la BBC le 24 aout 2025 : « L’apprentissage automatique est en fait un sous-domaine de l’intelligence artificielle. » En clair, jouer sur les mots pour dire que ce n’est pas de l’IA, c’est un écran de fumée. Et pour lui, l’essentiel est ailleurs : altérer un contenu sans prévenir mine la relation de confiance au cœur de la plateforme.
Une ligne rouge franchie pour YouTube
YouTube tente de calmer le jeu. « Nous menons une expérimentation sur certains YouTube Shorts qui utilise une technologie traditionnelle d’apprentissage automatique pour rendre les vidéos plus nettes, réduire le bruit et améliorer la clarté pendant le traitement », a expliqué Rene Ritchie, responsable éditorial de la plateforme. Une justification qui ressemble à celle des smartphones modernes, capables d’optimiser une vidéo dès son enregistrement.
Sauf que le smartphone appartient à l’utilisateur. Pas à la plateforme. Ici, la décision vient d’en haut, sans transparence, sans option de retrait. Pour certains, YouTube franchit une ligne rouge : celle qui sépare l’optimisation technique de la manipulation éditoriale. Les créateurs rappellent que leurs vidéos sont leur identité. Les modifier, même légèrement, c’est prendre la main sur leur image.
Et l’enjeu n’est pas que technique. Il est économique, aussi. Dans un univers où la monétisation dépend de l’authenticité perçue, perdre la confiance du public peut coûter cher. YouTube, qui génère déjà plus de 30 milliards de dollars annuels en publicité, joue avec un capital plus fragile encore : la crédibilité.