La décision de Sébastien Lecornu de mettre fin aux avantages à vie des anciens Premiers ministres à compter du 1ᵉʳ janvier 2026 vise à répondre à une critique récurrente : celle de privilèges jugés coûteux et inéquitables.
Les Premiers ministres n’auront plus d’avantages à vie, Sébastien Lecornu s’y engage

Le 15 septembre 2025, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé la fin des avantages à vie accordés aux anciens Premiers ministres, dès le 1ᵉʳ janvier 2026. Ces avantages, instaurés de longue date au nom de la sécurité ou de la continuité institutionnelle, englobent notamment une voiture avec chauffeur, une protection policière et un secrétariat particulier. Leur suppression, présentée comme un geste d’exemplarité, s’inscrit dans une volonté de réduire les dépenses publiques tout en répondant à une opinion publique critique de ces pratiques.
Des avantages à vie aux contours bien établis
Les anciens Premiers ministres bénéficiaient jusqu’ici d’un ensemble de facilités financées par l’État. Parmi elles figurent la mise à disposition d’une voiture avec chauffeur, d’un secrétariat particulier et d’une protection policière. Longtemps qualifiés d’« avantages à vie », ces privilèges étaient justifiés par la nécessité d’assurer la sécurité de personnalités exposées, mais aussi de leur garantir une certaine continuité dans leurs fonctions publiques.
Cependant, ces avantages n’ont pas toujours été illimités. En 2019, un décret avait encadré le bénéfice du secrétariat, limité à dix ans après la fin du mandat et réservé aux anciens Premiers ministres de moins de 67 ans. Dans les faits, seule la protection policière et l’usage de la voiture pouvaient s’étendre sans limite dans le temps. Michel Sapin, ancien ministre de l’Économie, a récemment rappelé qu’« il n’existe pas de retraite à vie pour les ministres, cela n’a jamais existé », soulignant une confusion fréquente.
Ce qui sera supprimé dès 2026
À partir du 1ᵉʳ janvier 2026, l’ensemble de ces avantages à vie des anciens Premiers ministres disparaîtra. Sébastien Lecornu a précisé que la protection policière ne sera plus accordée automatiquement pour une durée illimitée : elle deviendra temporaire et reconductible uniquement en cas de menace avérée. De même, la mise à disposition d’une voiture avec chauffeur sera limitée, sans caractère permanent.
Quant au secrétariat particulier, déjà encadré depuis 2019, il ne sera plus accordé sans bornes dans le temps. Le gouvernement entend appliquer la même logique de limitation pour tous les dispositifs restants. Cette réforme vise ainsi à mettre un terme à ce qui était perçu comme une « rente » institutionnelle, parfois considérée comme déconnectée des réalités économiques et sociales actuelles.
Un coût de 4,4 millions d’euros par an
Le poids financier des avantages à vie accordés aux anciens Premiers ministres est loin d’être négligeable. Selon les estimations, le coût annuel de la voiture avec chauffeur et du secrétariat s’élevait à environ 1,58 million d’euros en 2024. À cette dépense s’ajoute la protection policière, estimée à 2,8 millions d’euros en 2019 et restée depuis une charge constante pour l’État.
Au total, la facture atteint près de 4,4 millions d’euros par an. Pour Sébastien Lecornu, la suppression de ces privilèges doit donc être vue comme un signal politique fort : réduire les dépenses publiques, même marginalement, tout en montrant que la classe politique accepte de s’imposer des restrictions symboliques dans un contexte budgétaire contraint.
Des privilèges qui subsistent malgré tout
Malgré la réforme, certains dispositifs perdurent. Les anciens Premiers ministres conservent une indemnité transitoire de trois mois après leur départ, à condition de ne pas exercer d’activité rémunérée durant cette période. Cette disposition est soumise à un contrôle de transparence par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP).
Les autres membres du gouvernement, ministres ou secrétaires d’État, ne bénéficient pas d’avantages à vie comparables à ceux des anciens Premiers ministres. Ils n’ont ni droit à une retraite spécifique, ni protection policière systématique après leur mandat. Toutefois, l’annonce de Sébastien Lecornu pourrait relancer le débat sur les privilèges institutionnels au sens large, entre volonté d’exemplarité et nécessité d’assurer la sécurité des responsables publics dans un contexte politique parfois tendu.
