Alors que l’Union européenne maintient l’interdiction de vente des voitures thermiques à partir de 2035, le chancelier allemand Friedrich Merz réclame ouvertement sa levée.
Automobile : Merz dit « nein » à l’interdiction des voitures thermiques

En octobre 2025, l’industrie automobile européenne s’est trouvée au cœur d’un nouvel affrontement politique. Le chancelier allemand Friedrich Merz a demandé à la Commission européenne d’abroger purement et simplement l’interdiction des véhicules thermiques prévue à partir de 2035. Pour lui, l’Union doit « revenir à une logique de concurrence entre technologies », plutôt que d’imposer une voie unique vers le tout-électrique.
Friedrich Merz vent debout contre l’interdiction des voitures thermiques
Dans une interview télévisée à NTV, citée par AutoActu le 7 octobre, Friedrich Merz a estimé : « Je ne veux pas que l’Allemagne soit l’un des pays soutenant cette mauvaise interdiction. » Le chancelier y a dénoncé une décision « idéologique » de Bruxelles, contraire selon lui aux réalités industrielles et sociales du continent. Quelques semaines plus tôt, lors de l’ouverture du salon automobile de Munich, il avait déjà averti que l’Allemagne devait défendre sa compétitivité : « Nous ne voulons pas nous limiter à une seule solution, nous voulons la concurrence entre les meilleures idées et les meilleures technologies », déclarait-il, selon Reuters.
Le positionnement de Merz n’est pas étonnant vu le tissu industriel du pays. L’industrie automobile allemande est un pilier économique national avec plus de 780 000 emplois directs, notamment du fait de Volkswagen et ses filiales, BMW ou encore Mercedes. Or, ce secteur subit de plein la double pression de la transition vers l’électrique et de la concurrence chinoise.
Selon AutoActu, les constructeurs historiques ont exprimé leurs doutes sur la faisabilité de l’objectif 2035, estimant que la transition énergétique s’opère à un rythme plus lent que prévu. Ces acteurs réclament désormais davantage de flexibilité réglementaire afin de préserver la production locale et d’éviter de nouvelles fermetures d’usines.
Industrie automobile : l’interdiction européenne de 2035 sous examen
Adoptée dans le cadre du règlement européen (UE) 2019/631, l’interdiction des ventes de voitures à moteur thermique en 2035 impose que tous les nouveaux véhicules mis sur le marché soient à zéro émission de CO₂. Cette mesure, pierre angulaire du Pacte vert européen, vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre du transport routier, qui représente environ 21 % des émissions totales de l’Union selon un rapport scientifique publié sur arXiv en février 2025. Mais la législation prévoit aussi un réexamen en 2026, ouvert à des ajustements en fonction des avancées technologiques et économiques.
Dans ce contexte, la sortie médiatique de Merz coïncide avec un mouvement plus large de remise en cause. Fin septembre, la Commission européenne a annoncé un réexamen anticipé du texte, sous la pression croissante de plusieurs États membres et de l’industrie. Bloomberg rapporte que Berlin, Rome et Prague militent pour introduire des exceptions : maintien des hybrides rechargeables ou utilisation de carburants synthétiques neutres en carbone. Pour Friedrich Merz, cette approche est « plus pragmatique et plus européenne » que l’interdiction absolue prévue initialement.
Transition énergétique : vers une voie du milieu ?
Le débat dépasse désormais les frontières politiques. L’association allemande de l’industrie automobile (VDA) plaide, selon Clean Energy Wire, pour un assouplissement du calendrier et une reconnaissance légale des carburants renouvelables. Elle propose que les moteurs thermiques puissent continuer d’être produits et vendus s’ils utilisent exclusivement des e-fuels synthétiques. Friedrich Merz partage cette vision : « Les moteurs thermiques restent nécessaires, notamment pour les poids lourds, et les carburants synthétiques permettront de les utiliser de façon respectueuse de l’environnement », a-t-il affirmé d’après Zonebourse/dpa-AFX.
Cependant, les ONG environnementales s’opposent fermement à cette ligne. L’organisation Transport & Environment estime qu’un tel assouplissement pourrait générer entre 500 et 1 400 millions de tonnes de CO₂ supplémentaires d’ici 2050. L’enjeu est donc colossal pour la transition écologique européenne, qui repose sur la disparition progressive des moteurs à combustion. En outre, les carburants synthétiques demeurent coûteux et énergivores : leur production nécessite d’énormes quantités d’électricité décarbonée, encore rare sur le continent.
Entre transition écologique et guerre économique
Derrière ce bras de fer, c’est bien le modèle de la transition énergétique européenne qui se joue. Pour les partisans du maintien de l’interdiction, la trajectoire actuelle est indispensable : selon une étude publiée en 2025 sur arXiv, retarder la décarbonation du transport routier pourrait augmenter les coûts du système énergétique européen de 126 milliards d’euros par an et faire grimper le prix du CO₂ à près de 290 euros la tonne en 2030, contre 137 euros dans le scénario de neutralité. Mais pour Merz, ces projections oublient les conséquences sociales : « Une interdiction sans alternative met en danger des centaines de milliers d’emplois », a-t-il averti à Munich.
La tension s’explique aussi par la concurrence internationale. Les constructeurs européens perdent du terrain face à la Chine, où les marques BYD, SAIC et Geely inondent le marché des véhicules électriques à bas coût. Le patron de BMW, Oliver Zipse, cité par Reuters début septembre, a qualifié la décision de Bruxelles de « grave erreur », rappelant que « l’électrique n’est pas la seule voie vers la neutralité carbone ». À l’inverse, certains acteurs comme Kia Europe affirment qu’ils sont prêts à respecter le calendrier 2035 : leur président, cité par InsideEVs, estime que « la filière électrique sera compétitive bien avant cette date ».
L’enjeu devient symbolique. Le camp de Merz invoque la souveraineté industrielle et le réalisme énergétique ; ses opposants parlent de retour en arrière et de frein à la transition écologique. Les deux lectures traduisent la même inquiétude : comment maintenir la compétitivité de l’automobile européenne tout en respectant les engagements climatiques ?
