Crise du logement : Paris déclare la guerre au coliving

Alors que le coliving séduit investisseurs et promoteurs dans les grandes métropoles, Paris choisit d’y mettre un coup d’arrêt. La municipalité a adopté un vœu de « zéro coliving », dénonçant une dérive spéculative dans un marché du logement déjà saturé. Une décision symbolique, mais aussi révélatrice d’un bras de fer entre innovation immobilière et protection du logement abordable.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 9 octobre 2025 7h10
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Crise du logement : Paris déclare la guerre au coliving - © Economie Matin
70%Entre 2021 et 2023 les places de coliving ont grimpé de 70% en France.

Le 8 octobre 2025, le Conseil de Paris a officiellement annoncé son opposition au coliving sur le territoire de la capitale. Ce modèle d’habitat collaboratif, présenté par ses promoteurs comme une réponse moderne à la crise du logement, attire de plus en plus d’investisseurs. Pourtant, la mairie de Paris estime qu’il contribue à la flambée des loyers et à la raréfaction du logement traditionnel.

Le coliving : un concept entre habitat partagé et produit spéculatif

Né dans la Silicon Valley avant de gagner l’Europe, le coliving s’est imposé comme une forme d’habitat hybride : des logements meublés, souvent divisés en petites chambres individuelles, assortis de vastes espaces communs — cuisine, coworking, salle de sport ou même cinéma privé. Selon l’Institut Paris Région, la France comptait 14 500 lits de coliving en 2023, contre 8 300 en 2021, soit une hausse de 70 % en deux ans. Cette croissance spectaculaire s’explique par la demande de jeunes actifs en quête de flexibilité et de convivialité, mais aussi par la rentabilité qu’y voient les investisseurs.

Derrière cette image de modernité, le coliving soulève toutefois des inquiétudes. Les loyers y atteignent souvent des niveaux vertigineux : jusqu’à 1 850 euros pour une chambre de 20 m² à Paris, selon TF1 Info. Ces montants, parfois supérieurs à ceux d’un studio classique qu’on peut louer pour moins de 1.000 euros par mois dans certains arrondissements, s’expliqueraient par les services intégrés et la localisation privilégiée des résidences. « Il suffit de mettre trois rameurs de sport dans une salle commune pour appliquer un complément de loyer qui échappe à l’encadrement », a dénoncé Ian Brossat, adjoint au logement de la Ville de Paris. Pour la mairie, cette mécanique transforme un besoin social en levier spéculatif.

Paris se veut une ville Zéro Coliving

Ce modèle économique est simple : maximiser les revenus locatifs en divisant l’espace et en ajoutant des prestations collectives. Selon Le Monde, les exploitants de coliving « doublent voire triplent les revenus d’un appartement » en multipliant les chambres après rénovation. En conséquence, de nombreux logements entiers sont retirés du parc locatif classique pour être transformés en mini-résidences privées. D’après la municipalité, environ 8 000 logements sortent du marché locatif chaque année depuis une décennie, et ce chiffre pourrait atteindre 15 000 à 20 000 en 2025.

La mairie de Paris, déjà confrontée à la prolifération des locations touristiques de type Airbnb, estime désormais que le coliving représente une menace comparable pour le logement résidentiel. Présentée par Ian Brossat, cette initiative vise à signaler aux promoteurs le « refus » de la Ville de Paris de délivrer de nouvelles autorisations de ce type. La mesure n’a pas encore de valeur légale contraignante, mais elle établit une ligne politique claire. « Le montant du complément de loyer, qu’ils disent justifié par les services additionnels, est invraisemblable », a ajouté Jacques Baudrier, adjoint à l’urbanisme cité par Le Monde. La municipalité a d’ailleurs inscrit le sujet à l’ordre du jour du Conseil de Paris d’octobre 2025, sous l’intitulé officiel “Zéro co-living”, selon le site paris.fr.

La spéculation n’est pas la seule critique. Plusieurs élus et associations dénoncent une forme d’injustice sociale : ces résidences s’adressent majoritairement à des jeunes actifs aisés ou à des expatriés, rarement à des ménages modestes. Dans certains cas, des institutions religieuses ou parapubliques sont même accusées d’y participer. Le Figaro Immobilier rapporte ainsi qu’un ancien foyer étudiant géré par une congrégation catholique a été transformé en coliving, provoquant l’indignation d’habitants du quartier.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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