Interdiction du VPN en France : une dérive inquiétante pour la vie privée

La France s’apprête à franchir une ligne rouge numérique. Après l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, le VPN devient la nouvelle cible politique. Officiellement, il s’agit de protéger les enfants. En réalité, la menace qui plane sur le VPN révèle une dérive inquiétante pour la liberté numérique et la vie privée.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 2 février 2026 7h24
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Interdiction du VPN en France : une dérive inquiétante pour la vie privée - © Economie Matin
93%En 2023, 93 % des ménages français avaient accès à Internet.

Le 30 janvier 2026, quelques jours après le vote à l’Assemblée nationale d’une loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, le gouvernement français a ouvert un nouveau front. Le VPN, outil central de la sécurité numérique, est désormais dans le viseur. Jusqu’où l’État est-il prêt à aller pour contrôler l’accès au numérique, au risque de sacrifier la liberté ?

Pourquoi le gouvernement français veut s’attaquer au VPN ?

Le mot est lâché sans détour. « Les VPN, c’est le prochain sujet sur ma liste », a déclaré Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, le 30 janvier 2026. Cette phrase, relayée par Clubic, inscrit clairement le VPN dans la stratégie de régulation numérique du gouvernement français, après l’interdiction des réseaux sociaux pour les mineurs. Officiellement, l’objectif affiché est la protection de l’enfance, notamment car les VPN peuvent être utilisés pour contourner l’interdiction. Derrière ce discours, le VPN est présenté comme un obstacle technique à l’application de la loi, donc comme une menace directe pour l’autorité de l’État dans l’espace numérique.

Selon la ministre, l’interdiction des réseaux sociaux vise une efficacité comprise entre 60 % et 70 %, détaille Les Numériques. Elle reconnaît cependant que le VPN permet de contourner ces dispositifs. Elle souligne aussi que l’âge moyen de création d’un premier compte sur les réseaux sociaux est de 8,5 an. Pourtant, au lieu d’interroger la pertinence technique ou éducative du dispositif, le gouvernement choisit de désigner le VPN comme le problème, et non comme un symptôme d’une politique numérique fragile.

Dans les faits, aucun projet de loi détaillé n’existe encore contre le VPN. Aucun mécanisme juridique précis n’a été publié. Cette absence de cadre n’apaise rien. Au contraire, elle alimente une inquiétude profonde dans l’écosystème numérique français. Le VPN, parfaitement légal en France et dans l’Union européenne, devient ainsi un ennemi potentiel sans avoir été formellement jugé. Clubic rappelle pourtant que l’usage du VPN reste autorisé tant qu’il n’encourage pas des activités illégales, conformément au droit européen.

Interdire ou restreindre le VPN en France, une attaque directe contre la liberté ?

S’attaquer au VPN, ce n’est pas seulement une décision technique. C’est un choix politique lourd de conséquences. Le VPN est avant tout un outil de protection de la vie privée, utilisé quotidiennement par des millions de citoyens pour sécuriser leurs données, protéger leurs communications et préserver leur anonymat. En France, cette fonction est d’autant plus cruciale que la surveillance numérique s’intensifie, sous couvert de sécurité et de protection des mineurs.

L’exemple étranger est édifiant. Selon Clubic, le Royaume-Uni a observé une explosion de l’usage du VPN après l’instauration de contrôles d’âge en ligne. Proton VPN y a enregistré une hausse de 1 800 % des inscriptions quotidiennes, tandis que NordVPN annonçait une augmentation de 1 000 % de ses ventes. Toujours selon la même source, 29 % des adultes britanniques déclarent utiliser un VPN pour contourner ces restrictions. Ces chiffres illustrent une réalité simple : plus l’État restreint, plus les citoyens cherchent à se protéger.

En France, le discours officiel minimise ces usages légitimes. La ministre évoque la « complicité d’un adulte » pour expliquer l’usage du VPN par des enfants. Cette affirmation déplace la responsabilité vers les familles, tout en justifiant une surveillance accrue de l’outil lui-même. Pourtant, le VPN est aussi utilisé par des journalistes, des militants, des professionnels du numérique et de simples citoyens soucieux de leur liberté. Restreindre le VPN, c’est fragiliser l’ensemble de cet écosystème.

Vie privée, surveillance et glissement autoritaire...

Dans une déclaration rapportée par l’Associated Press fin janvier 2026, Emmanuel Macron affirme que « le cerveau de nos enfants n’est pas à vendre ». Une formule forte, mais qui masque mal une réalité plus large. Selon la même agence, 90 % des adolescents français de 12 à 17 ans utilisent un smartphone quotidiennement, et 58 % s’en servent pour accéder aux réseaux sociaux. Un adolescent sur deux y passe entre deux et cinq heures par jour. Ces chiffres montrent une dépendance structurelle au numérique, que l’interdiction et la répression ne suffisent pas à résoudre.

S’attaquer au VPN dans ce contexte, c’est ouvrir la porte à une surveillance généralisée des connexions, à une remise en cause du chiffrement et à une normalisation du contrôle étatique. Plusieurs observateurs rappellent que les pays interdisant réellement les VPN sont majoritairement des régimes autoritaires. Sans comparer la France à ces États, le parallèle suffit à alerter. Le VPN devient ainsi une ligne de fracture entre un numérique libre et un numérique sous contrôle, entre une France protectrice et une France intrusive.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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