Face à une crise monétaire sans précédent, les États-Unis interviennent directement sur le marché des changes pour soutenir le peso argentin et consolider leur alliance avec Javier Milei. Une opération de 20 milliards de dollars (environ 17 milliards d’euros), motivée autant par la géopolitique que par l’urgence économique.
États-Unis et Milei : alliance stratégique autour du peso argentin

Le 9 octobre 2025, le gouvernement américain a annoncé une intervention financière d’envergure en faveur de l’Argentine, en réponse à l’effondrement brutal du peso argentin. Ce soutien inédit marque une étape majeure dans les relations bilatérales entre Washington et le président argentin Javier Milei. À quelques jours d’élections législatives cruciales, cette aide permet à Milei de regagner du terrain sur la scène économique tout en renforçant son partenariat stratégique avec les États-Unis.
Une manœuvre inédite pour stabiliser le peso argentin
La chute du peso argentin début octobre a atteint un point critique. En une seule journée, la monnaie nationale a perdu plus de 6 % de sa valeur, contraignant la banque centrale à puiser massivement dans ses réserves de dollars pour contenir l’hémorragie. Dans ce contexte de crise aiguë, les États-Unis ont surpris les marchés en procédant à l’achat direct de pesos argentins, une mesure rarissime dans les relations monétaires bilatérales.
Selon le Trésor américain, cette opération visait à « fournir une stabilité immédiate aux marchés » confrontés à un risque de panique généralisée. « Le Trésor américain est prêt, immédiatement, à prendre toutes les mesures exceptionnelles nécessaires pour assurer la stabilité des marchés », a déclaré Scott Bessent, secrétaire au Trésor des États-Unis.
En parallèle, un accord de swap monétaire d’un montant de 20 milliards de dollars a été conclu entre la banque centrale argentine et la Réserve fédérale américaine. Cette ligne d’échange permettra à Buenos Aires d’accéder rapidement à des liquidités en dollars, tout en allégeant la pression sur sa propre devise.
À la suite de cette annonce, le peso argentin s’est apprécié d’environ 0,8 % sur les marchés des changes, tandis que les obligations souveraines argentines reprenaient légèrement de la valeur. Cette réaction positive témoigne de la crédibilité accordée à cette initiative d’urgence.
Trump et Milei, une convergence idéologique convertie en soutien financier
L’intervention américaine dépasse toutefois le strict domaine monétaire. Elle reflète une proximité politique grandissante entre Donald Trump, revenu à la Maison-Blanche en janvier 2025, et Javier Milei, président libertarien élu en 2023. Les deux dirigeants partagent une hostilité marquée envers le multilatéralisme, un discours nationaliste assumé et une volonté de déréglementation économique radicale.
Ce rapprochement idéologique s’est concrétisé en gestes forts. Donald Trump a salué la politique économique de Milei, qualifiant l’Argentine de « partenaire exemplaire » en Amérique latine. Javier Milei, de son côté, n’a cessé de vanter les mérites de l’ancien président américain, qu’il considère comme un modèle. « Votre engagement indéfectible a été remarquable », a souligné le ministre de l’Économie argentin Luis Caputo en s’adressant à Scott Bessent.
En intervenant à quelques jours des élections de mi-mandat argentines, prévues pour le 26 octobre 2025, Washington ne fait pas mystère de son soutien stratégique à Milei, confronté à une opposition mobilisée et à une situation budgétaire fragile. Cette aide d’urgence pourrait donc avoir des implications électorales directes, renforçant la stature du président auprès de ses partisans.
Une opération dictée par la géopolitique autant que par la liquidité
Les motivations de Washington ne sont pas uniquement altruistes. Depuis le retour de Trump au pouvoir, les États-Unis cherchent à reprendre pied en Amérique latine, une région où l’influence chinoise s’est accentuée ces dernières années, notamment à travers des prêts massifs et des investissements dans les infrastructures. L’Argentine, très endettée auprès du FMI avec 41,8 milliards de dollars en cours (environ 36 milliards d'euros), représente un point névralgique dans ce bras de fer économique global.
Scott Bessent a d’ailleurs justifié l’urgence de l’intervention par la gravité de la situation argentine : « L’Argentine traverse un moment de grave illiquidité. … La communauté internationale … seuls les États-Unis peuvent agir rapidement. Et nous agirons ». Ce langage résolu souligne à la fois la gravité de la crise et la volonté politique de se positionner en leader régional.