Avec près de 41 % des voix, Javier Milei a remporté un triomphe inattendu lors des législatives de mi-mandat. Cette victoire, décisive pour son agenda, lui offre les moyens politiques de prolonger un plan économique qui révolutionne la société argentine.
En Argentine, Javier Milei triomphe aux législatives et peut poursuivre sa baisse des dépenses publiques

Un triomphe électoral pour consolider un pari économique inhabituel
Le dimanche 26 octobre 2025, les Argentins se sont prononcés pour renouveler la moitié des députés et un tiers des sénateurs. Pour Javier Milei, élu président moins de deux ans plus tôt, le scrutin ressemblait à un référendum sur son audacieuse thérapie de choc. Et le verdict est clair : La Libertad Avanza (LLA), son mouvement, s’impose avec 40,8 % des voix et décroche 64 des 127 sièges renouvelables à la Chambre des députés, selon le ministère de l’Intérieur. Dans plusieurs provinces clefs comme Córdoba ou Mendoza, la coalition libertarienne dépasse les 45 %. Le camp péroniste, longtemps dominant, encaisse sa pire défaite depuis vingt ans.
Javier Milei s’est adressé à ses partisans depuis le balcon du palais présidentiel : « C’est la confirmation que nous sommes sur la bonne voie », a-t-il lancé, promettant de « profondément transformer l’Argentine ». Ce scrutin, présenté comme un test de survie pour son gouvernement, confirme son élection et montre le soutien des Argentins à sa politique. Les marchés, eux, n’ont pas tardé à réagir : la Bourse de Buenos Aires a bondi de plus de 7 % lundi matin, tandis que le peso argentin s’est légèrement apprécié face au dollar.
La victoire de Javier Milei ne résulte pas d’un simple vote de confiance : elle traduit un basculement culturel. Après des décennies d’étatisme, de subventions et de protectionnisme, les électeurs semblent avoir choisi de prolonger la cure libérale entamée il y a vingt-deux mois.
La thérapie Milei : coupes, dérégulation et bataille contre l’inflation
Arrivé au pouvoir en décembre 2023, Javier Milei a immédiatement appliqué ce qu’il appelle sa « doctrine de la tronçonneuse ». L’objectif : ramener l’État à son strict minimum. Son premier budget a supprimé une trentaine de ministères, réduit drastiquement les aides sociales et gelé les salaires publics. Des milliers de fonctionnaires ont été licenciés, tandis que les subventions à l’énergie et aux transports ont fondu.
En parallèle, le président a présenté un « méga-décret » de dérégulation qui réforme le code du travail, libéralise les loyers et ouvre à la privatisation plusieurs entreprises publiques, dont la compagnie pétrolière YPF. Le texte, critiqué par la justice et les syndicats, est devenu le symbole de son bras de fer avec les institutions. « Nous avons choisi la liberté plutôt que la décadence », répétait-il encore pendant la campagne législative.
Sur le plan budgétaire, les résultats sont spectaculaires : pour la première fois depuis 2011, l’Argentine a enregistré en 2024 un excédent primaire équivalant à 1,8 % du PIB, soit 10,4 milliards de pesos, selon le ministère de l’Économie. Ce redressement a permis au pays de renégocier avec le Fonds monétaire international (FMI), qui avait suspendu ses versements après plusieurs années de déséquilibre chronique.
Mais la thérapie a un coût. L’inflation, qui culminait à 25 % par mois fin 2023, est certes retombée autour de 2 % mensuels en 2025. Cependant, la contraction de la demande a provoqué une récession sévère : le PIB a reculé de 3,2 % sur un an. Le chômage officiel approche 9 %, et les salaires réels ont chuté d’environ 12 % en moyenne. Dans les grandes villes, les files d’attente devant les cantines populaires s’allongent.
Javier Milei reconnaît la douleur, mais s’en prévaut : « La situation empire avant de s’améliorer. Ce que nous vivons est une chirurgie sans anesthésie », a-t-il déclaré à Reuters. Les économistes proches du gouvernement estiment que l’assainissement budgétaire pourrait ramener la croissance dès 2026, notamment grâce au boom des exportations agricoles et au développement du gisement gazier de Vaca Muerta.
Les classes moyennes, entre désillusion et prudence
Les classes moyennes, longtemps laminées par l’inflation, soutiennent encore Javier Milei. Beaucoup voient dans la discipline budgétaire une étape nécessaire pour reconstruire un système monétaire crédible.
Le pays, en tout cas, respire un air nouveau. Les files d’attente dans les supermarchés ont disparu, et les prix se stabilisent lentement, même s'ils restent hauts. « Tout est plus cher : le pain, le gaz, les transports. Mais au moins, les prix n’explosent plus tous les quinze jours », confie au Figaro María Soledad, employée de ménage. Pour la première fois depuis une décennie, les banques locales enregistrent un afflux d’épargne en pesos. « La confiance revient timidement, mais elle revient », estime un économiste de la fondation FIEL cité par Boursorama.
Un laboratoire économique observé par l’Europe
Au-delà du continent sud-américain, la victoire de Javier Milei retient l’attention des observateurs économiques européens. Son programme évoque, à bien des égards, celui des réformes structurelles défendues en Europe dans les années 1980 : réduction de la dette, flexibilisation du travail, recentrage de l’État sur ses fonctions régaliennes. L’Argentine de Milei apparaît comme un miroir grossissant des débats européens sur la dépense publique, la réforme de l’État et la soutenabilité sociale de la rigueur.
À Buenos Aires, certains ministres évoquent déjà une « phase 2 » de la transformation économique : stabilisation monétaire durable, ouverture accrue aux investissements étrangers et réforme des retraites. Le gouvernement prépare aussi une loi pour simplifier la fiscalité des entreprises, visant à attirer les capitaux européens dans l’agro-industrie et les énergies fossiles.
