Les EHPAD sous pression : difficultés financières, manque de personnel et désaccords sociaux

Depuis plusieurs années, les Ehpad publics et privés font face à des difficultés s’opérant à plusieurs niveaux. Celles-ci viennent alimenter une perte de confiance des investisseurs, actionnaires et banques qui se font de plus en plus timides dans ce secteur qui a pourtant besoin de capitaux pour entretenir et moderniser ses infrastructures.

Cropped Favicon Economi Matin.jpg
By Michel Delapierre Published on 31 octobre 2025 13h15
France Ehpad Securite Nouvelles Technologies
@shutter - © Economie Matin
77,95 EUROSLe prix d'un Ehpad en France est de 77,95 euros en moyenne par jour en chambre simple

Des difficultés structurelles

Un établissement sur deux était déficitaire fin 2024 1. Les efforts fournis tant par le personnel qui est en sous-effectif que par la direction - avec des changements de gouvernance notamment chez Emeis, ex Orpea - ne semblent pas suffire pour apporter de la sérénité au secteur. La Fédération Nationale des Associations de Directeurs d’Établissements et Services pour Personnes Âgées (FNADEPA) évoque dans son baromètre RH et finances, publié en juin 2025, des problèmes persistants et structurels portant sur un manque de personnel, des tensions sociales et des déficits financiers importants. Le baromètre de la FNADEPA indique également qu’en 2025, 70,5 % des établissements et services à domicile manquent de personnel. Ils étaient 58 % en 2024 et 82 % en 2023. Le manque de reconnaissance et d’attractivité et les difficultés à avoir des politiques de revalorisations salariales sont autant de raisons qui expliquent la situation. Didier Lostanden, délégué syndical CGT du groupe Clariane (anciennement Korian) explique aussi qu’il existe un durcissement des conditions de travail depuis le covid conjugué avec une durée de formation d’un soignant qui est passé d’un an à six mois pour les détenteurs d’un Bac Pro accompagnement soin et service à la personne.

Une mobilisation syndicale inégale

Si des actions de mobilisation syndicale avaient été annoncées dès l’été avec le « Tous à Paris » du 9 octobre, les annonces du gouvernement Bayrou ont précipité les choses et fait prendre une autre dimension à la rentrée sociale. Cette dernière a été marquée par plusieurs mobilisations dont une journée d’action le 18 septembre soutenue par les huit partenaires syndicaux qui ont décidé de faire œuvre commune en riposte aux récentes annonces.

Les syndicats évoquent un climat social tendu avec des revendications parfois difficiles à faire entendre notamment à cause d’un manque de syndiqués. « La désaffection politique se voit aussi aux élections professionnelles » précise un délégué syndical de la CGTIl ajoute : « Dans les établissements médico-sociaux comme les Ehpad, c’est souvent calme, même avec une intersyndicale. La CFDT et l’UNSA ne suivent pas toujours, ce qui complique les choses. Pour un syndiqué, contrairement à la fonction publique, il n’y a pas de préavis de cinq jours, mais il faut des revendications claires et une dynamique collective. Là où nos délégués sont actifs, ça fonctionne bien ; ailleurs, c’est plus mou, voire inexistant. »

Au-delà de la défense des conditions de travail, plusieurs syndicats revendiquent également un rôle d’alerte sur les pratiques de gestion pouvant affecter le bien-être des résidents et des patients. Dans certains établissements, les représentants du personnel ont été parmi les premiers à signaler des baisses de qualité de soins, des rationnements de matériel ou des décisions managériales jugées contraires à l’éthique du soin. « Nos alertes ne concernent pas seulement les salaires ou les plannings », rappelle un représentant syndical du secteur. « Quand on dénonce une surcharge de travail ou une absence de remplaçants, c’est aussi pour protéger les résidents : derrière chaque poste supprimé, ce sont des soins en moins. »

Cristallisation des tensions au sujet de l’application de l’avenant 33

L’application de l’avenant 332 portant sur l’évolution des grilles salariales et la prise en compte de l’ancienneté du personnel est au cœur du conflit social. Signé par le ministère du Travail et de la Santé et par la fédération hospitalière du privé en 2023, cet avenant est soutenu par la CFDT qui multiplie les recours et grèves pour le voir appliqué. De son côté, la CGT refuse de signer cet avenant, le considérant insuffisant et inégalitaire pour les salariés du soin. L’absence de consensus rend les directeurs d’Ehpad hésitants quant à sa mise en application et continue à faire reculer l’espoir d’obtenir une paix sociale.

Le secteur reste donc sous forte tension du côté des dirigeants qui peinent à convaincre les investisseurs, marchés et banques et du côté des salariés et syndicats qui ne trouvent pas leur compte dans les nouvelles mesures et organisation de travail en sous-effectif. Cette situation semble faire écho à l’ambiance générale des professions de santé dans le pays ce qui explique les manifestations en nombre. Les prochains débats sur le Projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) donnent des perspectives intéressantes. Ils sont prévus du 21 au 27 octobre à l’Assemblée Nationale et du 10 au 17 novembre au Sénat avec un vote solennel enregistré pour le 3 décembre.

2 de la convention collective nationale de l’hospitalisation privée qui s’applique aux ehpad privés lucratifs

Cropped Favicon Economi Matin.jpg

Reporter à Economie Matin depuis 2015 / Economie / International / Utilities / Transition Energétique / Finance / Enquêtes /  Contact: [email protected]

No comment on «Les EHPAD sous pression : difficultés financières, manque de personnel et désaccords sociaux»

Leave a comment

* Required fields