Cancer : la France vote enfin son registre national

La création d’un registre centralisé des cancers en France a été adoptée par le Parlement. L’objectif est de mieux comprendre la maladie, ses causes, et structurer la politique de santé publique.

Jade Blachier
By Jade Blachier Published on 25 juin 2025 12h13
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77 %Selon l’Organisation mondiale de la santé, le nombre de cas de cancers pourrait augmenter de 77 % d’ici à 2050.

Le lundi 24 juin 2025, l’Assemblée nationale a adopté la mise en place d’un registre national du cancer. Ce vote marque une étape dans la politique de lutte contre la maladie, qui représente aujourd’hui la première cause de mortalité prématurée en France, avec environ 157 000 décès par an. Le registre vise à centraliser les données épidémiologiques sur l’ensemble du territoire afin de renforcer la prévention, améliorer la compréhension des facteurs de risque et optimiser les politiques de santé publique.

Un dispositif pour rassembler les données sur une maladie complexe

Le registre regroupera les données issues des structures de soins, laboratoires, registres locaux et organismes publics. Son objectif est de constituer une base nationale d’informations sanitaires sur les cas de cancers, incluant leur localisation géographique, leur évolution, les traitements administrés, et les éventuelles expositions environnementales associées.

Selon l’Institut national du cancer (INCa), « l’incidence des cancers a doublé entre 1990 et 2023 ». Ce constat explique en partie la volonté de créer une infrastructure nationale pour améliorer le suivi. Actuellement, les 25 registres régionaux ne couvrent que 20 % de la population et présentent des disparités territoriales notables.

Une loi issue d’un consensus institutionnel

L’origine du texte remonte à une proposition adoptée à l’unanimité par le Sénat le 15 juin 2023. Le Parlement a ensuite validé la loi sans modifications majeures. Le texte prévoit l’introduction de ce registre dans le code de la santé publique et sa gestion sous l’égide d’une autorité nationale.

La Commission des affaires sociales souligne que « le morcellement actuel nuit à l’analyse nationale et à la coordination des efforts de recherche et de prévention ». L’objectif est d’unifier les approches et d’harmoniser les méthodes de recueil et d’analyse des données à l’échelle du pays.

Des moyens encore flous, des attentes fortes

La Ligue contre le cancer a salué le vote tout en soulignant l’absence de budget alloué. Dans un communiqué publié le 24 juin 2025, elle déclare : « La loi élude les moyens financiers et humains qui seront dédiés à ce futur registre national ». L’organisation demande des financements pérennes, sans quoi « l’initiative risque de ne pas produire les effets escomptés ».

Le texte adopté ne précise pas encore la forme juridique du registre ni son rattachement administratif. Un décret est attendu à l’automne 2025 pour définir les modalités de fonctionnement, la gouvernance, ainsi que les règles d’accès aux données.

Vers une meilleure connaissance des facteurs environnementaux

La nécessité d’un tel dispositif est également soulignée par les projections internationales. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le nombre de cas de cancers pourrait augmenter de 77 % d’ici à 2050. Dans une tribune publiée dans Le Monde le 6 mai 2025, un collectif d’oncologues et d’associations rappelle que « 38,6 % des cancers sont imputables au tabac, à l’alcool, à l’alimentation déséquilibrée et à l’obésité ».

Mais au-delà des comportements individuels, le registre pourrait permettre de mieux documenter l’impact de l’environnement, des polluants industriels ou agricoles, sur la santé des populations. La centralisation de ces données constitue un enjeu important pour orienter les politiques publiques et territoriales.

Une exploitation encadrée des données de santé

La loi encadre strictement l’usage des données recueillies. Celles-ci seront anonymisées pour la recherche, tout en permettant un suivi longitudinal des cas. Le registre devra respecter les règles de confidentialité du Règlement général sur la protection des données (RGPD) et ne pourra être utilisé à des fins commerciales.

Le décret d’application précisera les institutions autorisées à accéder aux données, les protocoles de sécurité, et les conditions de partage avec les chercheurs. Cette vigilance vise à concilier utilité scientifique et respect des droits individuels.

Jade Blachier

Diplômée en Information Communication, journaliste alternante chez Economie Matin.

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