Dealer de terres rares contre dealmaker

Le 30 octobre à Busan en Corée du Sud, Xi Jinping et Donald Trump, les deux hommes les plus puissants du monde se sont rencontrés pour mettre à plat leurs différends.

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By Clément Inbona Published on 7 novembre 2025 5h00
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Dealer de terres rares contre dealmaker - © Economie Matin
90%La Chine contrôle entre 85% et 90% de la capacité mondiale de raffinage des terres rares

Après des semaines de joutes à distance, la hache de guerre semble, au moins temporairement, enterrée. Les deux parties sont parvenues à un accord, sur le fond d’abord, la forme devant suivre dans les semaines à venir.

En voici les contours. Pékin accepte de suspendre pendant un an les restrictions d’exportation de terres rares, s’engage à acheter « d’immenses quantités » de soja américain et va renforcer sa lutte contre la production de précurseurs chimiques du Fentanyl, un opioïde qui fait des ravages parmi la population américaine. En face, Washington va diminuer de 10% les taxes douanières sur les produits chinois – soit une taxe de 30% en moyenne – et relâcher certaines contraintes qui pesaient sur l’exportation de puces électroniques vers l’Empire du Milieu. Si ces concessions dessinent les contours d’un cessez-le-feu ou d’une guerre froide après un conflit ouvert, cet épisode de guerre commerciale débridée depuis début avril illustre bien des mutations de l’ordre mondial.

 D’égal à égal. En utilisant l’arme des terres rares, ces matériaux cruciaux pour la production d’armes, de véhicules ou des biens électroniques, la Chine a démontré qu’en tant que principale productrice et raffineuse quasi-exclusive, elle disposait d’une arme de dissuasion massive contre les menaces de Washington. En posant des conditions drastiques à l’utilisation de terres rares passées par son sol, Pékin a également démontré sa capacité à exercer son influence au-delà de ses frontières. Comme la Maison Blanche peut le faire grâce au dollar, l’extraterritorialité coercitive chinoise est une menace réelle et crédible. 

Ennemi public numéro 3. En réduisant les taxes douanières sur la Chine, Donald Trump retire à Pékin son statut de cible numéro 1. L’Inde et le Brésil deviennent les partenaires les plus durement touchés par des taxes douanières états-uniennes.

 

Deal maker ou deal breaker ? La séquence de guerre commerciale d’avril à octobre marque un basculement. Avec la fin du multilatéralisme américain vers la nouvelle doctrine « America First », la Chine s’est muée en apôtre du libre-échange et du multilatéralisme, en particulier avec ses partenaires régionaux. Le retrait des Etats-Unis de nombreux organismes supranationaux ouvre la porte à Pékin, pour endosser ce rôle et ainsi peser plus lourdement sur l’échiquier mondial.

 

Pour les marchés financiers et la croissance mondiale, cet accord ôte un risque qui planait depuis un semestre, vecteur de volatilité. De quoi donner de l’élan vers de nouveaux sommets boursiers ?

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Diplômé d’un Master Ingénierie Economique et Financière de l’Université Paris-Dauphine, Clément a démarré sa carrière chez KBL Richelieu. Dans le groupe Primonial depuis octobre 2010, il a été d'abord gérant-analyste de l’équipe de gestion quantitative puis gérant-analyste dans l'équipe de gestion discrétionnaire à partir de 2013. Il intègre les équipes de gestion collective de La Financière de l’Echiquier en 2018 comme gérant des fonds d’allocation.

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