Retraites : le COR propose une refonte des droits familiaux et des pensions de réversion

Le Conseil d’orientation des retraites (COR) publie un rapport majeur sur les droits familiaux et conjugaux, qui représentent près de 16 % des pensions versées et structurent une large part de la redistribution au sein du système. Ce travail met en lumière les effets réels de ces dispositifs, propose plusieurs scénarios de réforme et interroge leur cohérence avec l’évolution des modèles familiaux.

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By Adélaïde Motte Published on 21 novembre 2025 10h22
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La réforme de l’abattement fiscal des pensions n’a pas été adoptée à temps pour s’appliquer en 2026. - © Economie Matin

Publié le 20 novembre 2025, le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) s’attaque à une composante souvent méconnue du système des retraites : les droits familiaux et conjugaux. Ces mécanismes influencent la pension finale en tenant compte de la parentalité, des interruptions de carrière, ou encore du veuvage. Ils compensent des inégalités de pensions entre hommes et femmes, dues notamment au fait que ces dernières ont des carrières moins homogènes, et évitent que les veufs subissent une baisse trop importante de leur niveau de vie. Selon le Conseil d’orientation des retraites, ces dispositifs représentent environ 16 % de l’ensemble des pensions versées en 2024 et totalisent 63,6 milliards d’euros. Le rapport, commandé par le gouvernement, propose plusieurs scénarios d’évolution afin de moderniser ces droits et adapter le système aux évolutions familiales et démographiques.

Des droits familiaux et conjugaux au cœur des retraites

Le système actuel de retraites repose sur un principe redistributif : les droits familiaux et conjugaux sont pensés pour corriger les carrières hachées, notamment liées à la maternité. D’après le COR, « les droits familiaux et conjugaux occupent une place centrale dans le système de retraite français ». Ces dispositifs regroupent plusieurs types d’aides : majorations de pension pour enfants, trimestres supplémentaires accordés aux parents, pensions de réversion pour les conjoints survivants, ou encore avantages spécifiques à certains régimes. Ces droits profitent majoritairement aux femmes, qui bénéficient plus souvent de majorations de durée d’assurance. Toutefois, l’application fragmentée du système selon les régimes crée des disparités importantes, comme l’explique le COR : harmoniser ces critères serait « légitime », mais entraînerait des gagnantes et des perdantes.

En effet, si les mécanismes visent à corriger les inégalités, leurs effets réels sont contrastés. Une harmonisation du nombre de trimestres attribués pour la naissance ou l’adoption, par exemple fixée à deux ou quatre trimestres, favoriserait les mères fonctionnaires, tandis que celles du régime général y perdraient globalement. Les droits conjugaux sont également ciblés : la pension de réversion bénéficie surtout aux femmes mais reste soumise à des règles d’âge et de ressources variables, jugées incohérentes. Le COR rappelle que les pensions de droit dérivé représentaient déjà 37,7 milliards d’euros en 2022, soit plus de 11 % des dépenses totales des retraites selon IFRAP. Ainsi, ces dispositifs jouent un rôle clé dans la redistribution, tout en étant fortement critiqués par certains syndicats. La CGT évoque ainsi une réforme « encore plus sexiste, encore plus individualiste », reflétant le fossé entre ambitions budgétaires et justice sociale.

Les pistes du COR : harmonisation, condition de ressources et redistribution

Le rapport explore plusieurs scénarios de transformation des retraites visant à mieux cibler les dépenses et à aligner les droits sur les évolutions sociétales. La piste la plus structurante concerne la généralisation de la condition de ressources pour les pensions de réversion. Ce mécanisme existe déjà dans certains régimes, mais son application universelle permettrait de réduire de 17 % les dépenses liées à la réversion d’ici 2070. Une telle mesure transformerait profondément la logique de protection fondée sur le couple, en conditionnant davantage les droits au niveau de revenus plutôt qu’au statut matrimonial. Parallèlement, le COR envisage un basculement partiel des droits conjugaux vers des droits familiaux, lesquels reposeraient davantage sur le nombre d’enfants et non sur le mariage.

Ce déplacement d’équilibre des retraites pourrait toutefois pénaliser davantage les femmes que les hommes : selon les simulations du COR, seules 34 % des femmes seraient gagnantes contre seulement 2 % des hommes. Autrement dit, la réforme ferait plus de perdants que de gagnants, car les pensions de réversion jouent encore un rôle central dans la protection des veuves à faible revenu. Harmoniser sans tenir compte de ces réalités pourrait fragiliser les foyers les plus vulnérables. Le débat oppose ainsi logique comptable et logique sociale : certains acteurs syndicaux dénoncent une réforme motivée « essentiellement par des considérations financières » selon la CGT, tandis que le COR met en avant la nécessité de moderniser un système devenu incohérent et difficile à justifier à long terme.

Un système sous contrainte budgétaire 

La pression financière est un moteur majeur de la réforme des retraites. Avec 63,6 milliards d’euros de dépenses dédiées aux droits familiaux et conjugaux en 2024 selon le COR, l’enjeu budgétaire est considérable. À cela s'ajoutent les évolutions démographiques : baisse de la natalité, augmentation des familles recomposées, diversification des formes d’union, recul du mariage. Pour le COR, repenser ces droits permettrait de mieux aligner redistribution, équité et soutenabilité dans un contexte où la réforme systémique de 2023 n’a pas suffi à stabiliser durablement les comptes.

Toutefois, moderniser ces mécanismes ne signifie pas supprimer leur logique redistributive. Le rapport commandé par le gouvernement insiste sur la nécessité de préserver un modèle solidaire tout en réévaluant son efficacité. Face à la montée des revendications pour davantage d’individualisation des droits, certains mettent en avant la capitalisation comme alternative ou complément à la répartition : elle permettrait à chacun de constituer sa retraite sans dépendre du mariage ni du parcours professionnel du conjoint, tout en offrant la possibilité de transmettre son capital. Cette piste n’est pas au cœur du rapport du COR, mais elle constitue un angle d'analyse récurrent dans le débat public à mesure que l’État cherche à réduire la charge financière pesant sur les cotisants.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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