À Saint‑Yvi, une station-service sans pompe à essence va voir le jour. Elle ne vendra que de l’électricité. Derrière cette première française, un modèle économique inédit émerge, entre coût d’exploitation allégé, rentabilité différée et mutation des services routiers vers le tout électrique.
Station-service électrique : un projet inédit pour les voitures du futur

Le 2 décembre 2025, la société néerlandaise Fastned a annoncé qu’elle exploitera la première station-service 100 % électrique de France, sur la RN 165 en Bretagne. Ce projet, focalisé sur la recharge, constitue un signal fort sur les mutations économiques de la mobilité électrique.
Un modèle économique allégé mais exigeant
Supprimer les carburants fossiles d’une aire de service, c’est bouleverser les équilibres financiers du modèle traditionnel. Fastned a remporté l’appel d’offres lancé par la Direction interdépartementale des routes Ouest pour équiper l’aire de Saint‑Yvi uniquement en infrastructures de recharge pour véhicules électriques. Selon l’entreprise, cela permet d’« éviter les coûts lourds liés aux réservoirs, aux normes de sécurité incendie ou aux risques de pollution des sols ».
L’absence de pompes réduit les investissements initiaux et les frais de maintenance, mais elle impose aussi un autre défi : la station ne génère pas de revenus immédiats comparables à ceux d’un plein d’essence ou de diesel. Fastned mise donc sur un volume croissant de voitures électriques, notamment en Bretagne où circulent déjà 95 000 véhicules électriques, selon la société.
Rentabilité conditionnée à l’usage et à l’expérience client
Avec six bornes ultra-rapides de 400 kW, dont une compatible avec les poids lourds, la station vise à capter une clientèle variée. Mais en France, peu de voitures peuvent exploiter une telle puissance. Cela limite pour l’instant le potentiel de rentabilité par recharge, surtout sur une aire traversée par 28 000 véhicules par jour, comme le rappelle Auto Plus.
Pour rentabiliser l’investissement, Fastned mise sur l’expérience client : boutique, sanitaires, aire végétalisée. Ces services annexes sont conçus pour monétiser le temps d’attente, transformer la contrainte du temps de recharge en opportunité économique. Comme l’explique l’entreprise, l’objectif est de « réinventer le moment de pause » pour les conducteurs.
Un signal fort pour les acteurs économiques de la route
Au-delà du site de Saint‑Yvi, cette station 100 % électrique pourrait amorcer une transformation du secteur des services routiers. Si elle s’avère rentable, d’autres opérateurs pourraient suivre, repositionnant les acteurs traditionnels autour de la mobilité électrique.
La décision de la DIR Ouest d’attribuer un marché uniquement dédié à l’électrique constitue un précédent. Elle offre une vitrine expérimentale à de nouveaux modèles de concession. Le pari économique est double : accélérer la transition énergétique tout en diversifiant les sources de revenus dans un secteur en mutation.
Comme l’écrit Automobile Propre, « la station ne sera pas un simple parking équipé de bornes », mais un lieu de passage revalorisé économiquement, intégrant les contraintes nouvelles des mobilités électriques.
Défis économiques persistants à l’échelle nationale
Cependant, cette station reste une exception. En France, la rentabilité des aires de recharge reste incertaine, en particulier hors des grands axes. D’autant plus que les coûts d’installation des bornes rapides demeurent élevés, et que leur usage reste concentré sur une minorité de véhicules. Par ailleurs, la consommation électrique liée aux bornes ultra-rapides pose des questions d’infrastructure. Alimenter un tel site exige des investissements conséquents en raccordement, souvent supportés par les opérateurs eux-mêmes.
En somme, Saint‑Yvi cristallise les tensions d’un modèle économique en transition : moins carboné, mais plus risqué, et dont la réussite dépendra de la généralisation des usages et de la capacité à en faire un lieu de services rentable à part entière.