Dette d’Altice : en ouvrant le front américain, Patrick Drahi éprouve sa « doctrine de combat »

Alors que l’encre de l’arrêt de la Cour d’appel de Paris validant le sauvetage d’Altice France est encore fraiche, Patrick Drahi a déjà traversé l’Atlantique pour ouvrir un nouveau front. Plainte pour « entente illicite » contre ses créanciers à New York, exfiltration d’actifs au Portugal : le milliardaire ne cherche pas l’apaisement, mais le rapport de force. Une méthode tonique, désormais rodée, qui transforme une situation de débiteur acculé en une offensive tactique redoutable.

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By Rédacteur Published on 7 janvier 2026 14h03
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Dette d’Altice : en ouvrant le front américain, Patrick Drahi éprouve sa « doctrine de combat » - © Economie Matin
23 MILLIARDS €SFR serait valorisée 23 milliards d'euros.

Ceux qui imaginaient Patrick Drahi sonné par la restructuration de son empire français en sont pour leurs frais. Fort d'une victoire judiciaire cruciale dans l'Hexagone, le fondateur d'Altice exporte désormais sa « doctrine de combat » aux États-Unis. La stratégie est claire : utiliser le droit, le temps et la technicité contractuelle pour tordre le bras à Wall Street, exactement comme il l'a fait à Paris.

Paris comme laboratoire de la méthode

Pour comprendre la violence du bras de fer qui s'engage outre-Atlantique, il faut regarder ce qui vient de se jouer à Paris. Le 5 décembre dernier, la Cour d'appel a validé le plan de sauvegarde accélérée d'Altice France, balayant les recours des syndicats qui craignaient une liquidation. Cette décision n'est pas anecdotique, elle est la pierre angulaire de la contre-offensive globale.

En actant l'effacement de plus de 8 milliards d'euros de dette en échange d'une ouverture du capital, la justice a donné un blanc-seing à la méthode Drahi. Elle a confirmé que la restructuration radicale était la seule voie pour pérenniser l'activité. C'est fort de cette conviction que l'homme d'affaires avait, mi-octobre, balayé d'un revers de main l'offre de 17 milliards du consortium Orange-Free-Bouygues. Un refus alors présenté comme de l'arrogance, mais qui s'avère un coup de maitre. En obligeant ses concurrents à revoir leur copie, Drahi a gagné du temps et peut désormais se tourner vers ses autres foyers d'incendie avec une légitimité blindée par la justice tricolore.

Le poker menteur transatlantique

La réplique sismique ne s'est pas fait attendre. Aux États-Unis, via sa filiale Optimum, Drahi a lancé une attaque frontale contre des géants comme BlackRock, Apollo ou Ares, les accusant de former un « cartel » pour bloquer son accès au crédit. La manœuvre est audacieuse : transformer une position défensive de débiteur en position offensive de plaignant.

Simultanément, en Europe, il a placé ses pépites (Altice Portugal et ses activités en République Dominicaine) dans des structures dites « non restreintes » (unrestricted subsidiaries). Le message envoyé aux marchés est limpide, signifiant que ces actifs sains sont désormais hors de portée des créanciers de la holding. Une agression ? Plutôt une lecture chirurgicale des contrats. Si la manœuvre fait grincer des dents au regard du droit européen — Altice International étant une holding luxembourgeoise, relevant donc de la juridiction du Vieux Continent —, elle rappelle que Patrick Drahi ne craint pas le clash, fût-il continental. En s'engouffrant dans les brèches de la documentation bancaire (qui autorisait techniquement ces mouvements selon Le Figaro), il démontre qu'il est prêt à tester la solidité de toutes les juridictions pour sauver sa mise. Une audace qui confine à la provocation mais place les créanciers devant le fait accompli d'un dirigeant exploitant la lettre du contrat contre l'esprit de la rente.

17 milliards de raisons de relativiser

Car il faut se garder de toute lecture morale de ce conflit. Sur la dernière décennie, ces créanciers ont perçu près de 17 milliards de dollars d'intérêts cumulés sur les différentes entités du groupe (10 milliards sur la France, 7 milliards sur l'International). Les cris d'orfraie des fonds d'investissement masquent donc une réalité comptable implacable. Nous ne sommes pas devant une faillite classique, mais face à une renégociation musclée entre « initiés ». Les prêteurs ont largement rentabilisé leur risque ; Drahi siffle simplement la fin de la récréation financière. La preuve que le marché ne le lâche pas totalement ? La banque JP Morgan vient de lui accorder un refinancement de près de 2 milliards de dollars en pleine tempête. Il y a donc encore des alliés pour ceux qui savent manœuvrer.

Le capitaine d’industrie face aux banquiers

Ce nouvel épisode éclaire la singulière résilience du « cas Drahi ». Là où un gestionnaire classique aurait rendu les clés, le polytechnicien fait prévaloir sa vision industrielle. Il sait que la valeur réelle de ses réseaux — fibre, câble, infrastructures — est supérieure aux valorisations dégradées par la dette. C'est toute la leçon de ce leadership de crise : ne jamais subir le calendrier de l'adversaire.

En France, Drahi a dilué son capital pour sauver son contrôle. Aux USA, il est prêt à la politique de la terre brûlée judiciaire pour forcer la négociation. Une démonstration de sang-froid qui force, sinon l'admiration, du moins le respect des observateurs : Patrick Drahi est peut-être un débiteur sous pression, mais il reste, incontestablement, le maître des horloges.

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