Transports : comment la loi-cadre va faire grimper les prix

Hausse programmée des tarifs, nouvelles règles de financement, rôle accru des autoroutes : la future loi-cadre sur les transports voulue par le Gouvernement français s’annonce comme un tournant majeur. Derrière un texte présenté comme structurant, les conséquences sur les prix des transports et le pouvoir d’achat des ménages inquiètent déjà.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 13 janvier 2026 6h00
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Transports : comment la loi-cadre va faire grimper les prix - © Economie Matin
90,80 EUROSL’abonnement Navigo mensuel a progressé de 2 euros pour atteindre 90,80 euros en 2026

Présentée début 2026, la loi-cadre sur les transports doit fixer une nouvelle architecture durable pour les transports en France. Le gouvernement entend répondre à l’urgence financière des réseaux, tout en assumant une évolution sensible des prix. En bref : le prix des transports va augmenter, et ce sont les usagers qui vont payer.

Loi-cadre pour les transports en France : ce que prépare l’État

La loi-cadre sur les transports marque d’abord un changement de méthode. Jusqu’ici, le financement reposait sur des décisions fragmentées, souvent annuelles, et sur des arbitrages budgétaires instables. Désormais, l’État veut inscrire les transports dans une trajectoire pluriannuelle claire, en assumant des priorités. Le texte vise à définir des règles communes pour le rail, les routes secondaires, les transports collectifs urbains et le transport de marchandises. Par conséquent, le gouvernement cherche à sécuriser des ressources jugées insuffisantes, alors que les besoins explosent sous l’effet du vieillissement des infrastructures et de la transition écologique.

Dans ce cadre, l’un des leviers centraux concerne le financement. Selon des informations publiées par La Banque des Territoires, l’État souhaite affecter une part des recettes des autoroutes à l’ensemble des transports. « Les autoroutes permettront de financer non seulement la route, mais aussi le ferroviaire, le fluvial, tous les autres modes de transport », a précisé le cabinet du ministre des Transports. Autrement dit, les péages, longtemps cantonnés aux concessions autoroutières, deviendraient une source transversale. Cette orientation repose sur un constat : les recettes autoroutières pourraient représenter entre 2,5 et 3 milliards d’euros par an à terme, selon le ministère, alors que les seuls besoins supplémentaires du rail sont évalués à près de 4 milliards d’euros par an.

Cependant, ce choix n’est pas neutre. D’une part, il s’inscrit dans la perspective de la fin progressive de nombreuses concessions autoroutières, dont près de 90 % arriveraient à échéance entre 2031 et 2036, selon des documents parlementaires cités par le Sénat. D’autre part, il fait craindre une pression accrue sur les tarifs des autoroutes, donc indirectement sur les automobilistes.

Prix des transports : une hausse appelée à devenir la norme

La loi-cadre sur les transports encadre aussi la politique tarifaire des transports publics. C’est sans doute le point le plus sensible pour les ménages. Le texte prévoit d’inciter, voire d’obliger, les autorités organisatrices de mobilité à ajuster régulièrement les prix. « Il s’agit d’inciter les autorités organisatrices des mobilités à actualiser leur tarif au moins au niveau de l’inflation », a expliqué l’entourage du ministre des Transports, selon La Banque des Territoires. Autrement dit, les transports publics ne seraient plus un outil d’amortisseur social face à la hausse des prix, mais suivraient mécaniquement l’inflation. Ce qui signifie tout simplement que chaque année, la majorité des prix finiront par augmenter.

Cette orientation se vérifie déjà dans les faits. En Île-de-France, les tarifs ont augmenté au 1er janvier 2026. Selon Service-Public.fr, l’abonnement Navigo mensuel a progressé de 2 euros pour atteindre 90,80 euros, soit une hausse d’environ 2,3 % (contre une inflation annuelle d’environ 0,8 % selon l’Insee). Le ticket métro-train-RER plein tarif est passé à 2,55 euros, contre 2,20 euros auparavant, tandis que le ticket bus-tram atteint désormais 2,05 euros. Ces évolutions, officiellement justifiées par l’inflation et les besoins de financement, illustrent ce que la loi-cadre sur les transports entend généraliser. Ce qui était jusqu’ici une décision politique locale pourrait devenir une règle nationale.

Pour les usagers, la conséquence est claire. Les prix des transports devraient augmenter chaque année, même en l’absence d’amélioration visible du service. Or, dans un contexte où l’inflation a déjà rogné le pouvoir d’achat, cette perspective inquiète. Les transports représentent une dépense contrainte pour des millions de ménages, notamment les actifs dépendants du train, du bus ou du métro pour travailler. En indexant les tarifs sur l’inflation, la loi-cadre sur les transports transfère une partie de l’effort financier directement sur les usagers, selon des analyses relayées par RMC-BFMTV.

Transports et pouvoir d’achat : un équilibre de plus en plus fragile

Au-delà des chiffres, la loi-cadre sur les transports pose une question sociale majeure : comment financer durablement les réseaux sans aggraver la pression sur le pouvoir d’achat ? Le gouvernement assume une ligne de crête. D’un côté, il reconnaît que les transports sont sous-financés depuis des années. Les infrastructures ferroviaires, par exemple, souffrent d’un déficit d’entretien chronique. Selon des documents de travail cités par FranceRoutes, l’objectif serait d’inscrire dans la loi un apport supplémentaire de 1,5 milliard d’euros par an au réseau à compter de 2028. De l’autre côté, l’exécutif sait que chaque hausse de prix est politiquement sensible, surtout dans les transports du quotidien.

Les collectivités locales, en première ligne, expriment déjà leurs réserves. Plusieurs élus estiment que la loi-cadre sur les transports impose des contraintes sans garantir des financements suffisants. En clair, l’État fixerait un cadre strict, notamment sur l’évolution des prix, tout en laissant aux autorités locales la responsabilité de l’équilibre financier. Cette situation pourrait accentuer les inégalités territoriales. Les réseaux les plus fragiles, souvent en zones rurales ou périurbaines, risquent de devoir augmenter davantage leurs tarifs pour survivre, faute de subventions suffisantes.

L’impact sur le pouvoir d’achat des ménages ne se limite pas aux transports publics. Le recours accru aux recettes autoroutières pourrait, à terme, se traduire par une hausse des péages. Même si la loi-cadre sur les transports ne détaille pas encore ce point, La Tribune souligne le risque d’un renchérissement global de la mobilité. Pour les ménages contraints d’utiliser leur voiture, notamment hors des grandes métropoles, l’addition pourrait être double : péages plus chers et transports publics plus coûteux.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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