Épargne des Français : un niveau historique qui masque de profondes fractures

L’épargne des ménages français atteint un niveau inédit : plus de 6.400 milliards d’euros d’actifs financiers sont aujourd’hui détenus. Ce record masque toutefois une réalité contrastée, marquée par une préférence persistante pour les placements sécurisés et de fortes inégalités territoriales et sociales.

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By Aurélie Giraud Published on 13 janvier 2026 10h04
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Près de deux tiers de l’épargne financière des ménages restent investis dans des placements jugés sans risque. - © Economie Matin
6.477 MILLIARDS €Encours total de l’épargne financière des ménages français à la mi-2025.

Les Français n’ont jamais autant épargné. Selon les comptes financiers des ménages publiés par la Banque de France, l’encours total de l’épargne financière dépasse 6.400 milliards d’euros à la mi-2025. Ce stock comprend les dépôts bancaires, les livrets réglementés, l’assurance vie et les placements financiers, hors immobilier. Il s’agit d’un niveau historiquement élevé, qui traduit à la fois une forte capacité d’épargne et une prudence durable face aux incertitudes économiques.

Épargne : un niveau élevé qui s’inscrit dans la durée

La France se distingue par un taux d’épargne structurellement élevé par rapport aux autres grandes économies européennes. Après avoir dépassé les 20% lors de la crise sanitaire, ce taux s’est replié mais reste nettement supérieur à sa moyenne de long terme. Selon les estimations de l’INSEE et de la Banque de France, il se situe autour de 18% du revenu disponible brut des ménages depuis 2023.

Ce maintien à un niveau élevé s’explique par plusieurs facteurs : anticipation de dépenses futures, volonté de préserver un matelas de sécurité et prudence face à l’évolution du pouvoir d’achat. En conséquence, les ménages continuent d’alimenter leur épargne chaque trimestre, même si le rythme est moins exceptionnel qu’au sortir de la crise sanitaire.

Livrets et assurance vie : des placements toujours dominants

La structure de l’épargne française reste largement orientée vers des produits jugés sûrs.

Les livrets réglementés – Livret A, LDDS et LEP – constituent le socle de l’épargne de précaution. Selon les données publiques de la Caisse des dépôts et de la Banque de France, les livrets réglementés (Livret A, LDDS, LEP) représentent un encours cumulé de l’ordre de 900 à 1.000 milliards d’euros, soit environ 15% de l’épargne financière totale des ménages.

L’assurance vie demeure le principal placement de long terme des ménages. Elle représente environ un tiers de l’épargne financière, grâce à la combinaison de fonds en euros sécurisés et de supports en unités de compte plus dynamiques. Ce produit est largement utilisé pour préparer la retraite et organiser la transmission du patrimoine.

Les actions, parts d’OPC et autres placements financiers plus risqués représentent environ un quart de l’épargne financière. Leur part progresse lentement, mais reste minoritaire à l’échelle nationale, traduisant une appétence mesurée pour le risque.

Des disparités régionales d’épargne très nettes

Derrière le niveau record de l’épargne des ménages français, les écarts territoriaux restent marqués. S’il n’existe pas de statistiques publiques permettant de comparer directement l’épargne moyenne par région, les différences de niveau de vie et de patrimoine, largement documentées, conditionnent mécaniquement les capacités d’épargne selon les territoires.

Selon les données de l’INSEE, le revenu disponible médian des ménages varie fortement d’une région à l’autre. En Île-de-France, il est supérieur d’environ 20% à 25% à la moyenne nationale, tandis qu’il figure parmi les plus faibles dans des régions comme le Centre-Val de Loire. Ces écarts de niveau de vie se traduisent directement par des capacités d’épargne très différenciées, tant en montant qu’en nature de placements.

Dans les régions les plus favorisées, l’épargne dépasse plus fréquemment le simple rôle de précaution. Les ménages disposent d’une marge financière plus importante pour orienter une part de leurs revenus vers des placements de long terme, comme l’assurance vie ou les produits financiers. À l’inverse, dans les territoires où les revenus sont plus contraints, l’épargne est souvent plus limitée et concentrée sur des supports liquides et sécurisés, principalement les livrets réglementés.

Ces écarts apparaissent également lorsque l’on raisonne par type de territoire. Une étude publiée par la fintech Green-Got et rappelée par nos confrères de BFMTV souligne une fracture entre les grandes métropoles et les zones rurales : les montants épargnés par les ménages vivant dans les métropoles seraient environ 70% plus élevés que ceux observés dans les zones rurales. Cette différence reflète l’impact différencié de l’inflation selon les territoires, en lien avec des niveaux de revenus et de dépenses contraintes très hétérogènes.

Des inégalités d’épargne étroitement liées aux profils sociaux

Les écarts d’épargne sont également très marqués selon le niveau de vie. Les études de l’INSEE montrent que les 20% de ménages les plus aisés détiennent près de la moitié du patrimoine financier total, tandis que les 20% les plus modestes en possèdent une part très réduite, inférieure à 5%.

Cette concentration s’explique par une capacité d’épargne beaucoup plus élevée chez les ménages à hauts revenus, mais aussi par un accès plus large à des placements diversifiés et de long terme. À l’inverse, les ménages modestes privilégient majoritairement des produits sans risque, avec des montants souvent limités mais essentiels pour absorber les aléas du quotidien.

L’âge constitue un autre facteur déterminant. Les ménages de 50 à 69 ans concentrent la plus grande part de l’épargne financière, notamment en assurance vie, tandis que les moins de 30 ans disposent d’un patrimoine financier plus faible, en raison de revenus plus modestes et d’une insertion professionnelle progressive.

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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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