Vaisselle ancienne : le poison invisible dans vos placards

Derrière le charme rétro des assiettes héritées ou chinées se cache un risque sanitaire réel. Selon des analyses commandées par 60 millions de consommateurs, de nombreuses pièces anciennes renferment des métaux lourds comme le plomb et le cadmium, susceptibles de migrer dans les aliments et d’affecter la santé, notamment neurologique et cardiovasculaire.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Published on 13 janvier 2026 17h00
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Vaisselle ancienne : le poison invisible dans vos placards - © Economie Matin

L’association de consommateurs 60 millions de consommateurs alerte sur le fait que certaines pièces de vaisselle anciennes, en particulier celles produites entre le début du XXᵉ siècle et les années 1950, peuvent être dangereuses pour la santé humaine. Cette mise en garde vise à expliquer pourquoi la vaisselle ancienne ne devrait pas être utilisée sans précautions, et comment les métaux lourds qu’elle contient peuvent affecter le corps humain au fil du temps.

Quand la vaisselle ancienne devient un risque pour la santé

La vaisselle ancienne, qu’il s’agisse de services hérités de famille ou d’assiettes dénichées en brocante, suscite depuis plusieurs années un regain d’intérêt auprès du public. Elle est souvent perçue comme esthétique, authentique, et conforme aux valeurs du “zéro déchet”. Cependant, ce qui plaît à l’œil peut comporter un danger invisible. Selon 60 millions de consommateurs, des métaux lourds présents dans les émaux de certaines pièces anciennes peuvent migrer dans les aliments.

Des experts de la céramique interrogés par ce magazine précisent que beaucoup de ces pièces datent d’une époque où l’usage de métaux lourds pour obtenir des couleurs vives sur la faïence à basse température était courant. « Nous ne prétendons pas que toutes les pièces anciennes sont problématiques, mais une bonne partie le sont », expliquent Éric Swanet, ingénieur chimiste spécialiste des émaux alimentaires, et Joëlle Swanet, professeure de technologie céramique.

Le plomb, un métal lourd à migration persistante

Le plomb a longtemps été utilisé dans la fabrication de céramiques pour fixer durablement les couleurs et donner de la brillance aux émaux. Or, contrairement à certaines idées reçues, ce métal ne disparaît pas avec le temps. Tant que l’émail contenant du plomb est présent, ce métal peut migrer vers les aliments, même si la pièce de vaisselle semble intacte ou non ébréchée. Cette migration est favorisée par le contact avec des denrées acides ou chaudes, ce qui augmente l’exposition humaine. Le plomb est une substance hautement toxique pour l’organisme humain. Il s’accumule dans les os et les tissus mous et peut provoquer une série d’effets délétères sur la santé. Parmi eux figurent des troubles neurologiques, des atteintes rénales, des problèmes cardiovasculaires et des perturbations du développement chez l’enfant.

Dans les cas les plus graves, une exposition chronique au plomb peut conduire à ce que l’on nomme le saturnisme, une intoxication caractérisée par des symptômes allant de la fatigue, des maux de tête et des troubles digestifs à des déficits cognitifs, particulièrement chez les enfants. Le saturnisme est reconnu comme une maladie liée à l’exposition au plomb, sans seuil d’exposition totalement sûr pour les populations les plus vulnérables.

Le cadmium, cancérogène et reprotoxique

Outre le plomb, un autre métal lourd pose problème : le cadmium. Ce métal est souvent présent dans les émaux rouges ou orange des céramiques anciennes. Classé cancérogène et toxique pour la reproduction, le cadmium s’accumule dans l’organisme humain notamment dans les reins et les os lorsqu’il est ingéré régulièrement, même à de faibles doses.

L’exposition au cadmium par l’alimentation est déjà une source de préoccupation pour les autorités sanitaires, l’alimentation en apportant une part non négligeable. Ainsi, l’ajout de cadmium via des objets en contact avec les aliments, comme certaines pièces de vaisselle ancienne, constitue un risque supplémentaire.

Des cas réels d’intoxication documentés

L'alerte ne repose pas seulement sur des hypothèses. Les experts rapportent avoir suivi des cas concrets d’intoxications sévères au plomb liés à l’utilisation de céramique ancienne dans l’alimentation quotidienne. Dans plusieurs cas, des personnes ayant utilisé fréquemment des services de table anciens ont présenté des signes d’intoxication, confirmant que la migration des métaux lourds peut avoir des conséquences cliniques avérées.

Ces observations scientifiques soulignent que l’état visible de la vaisselle, qu’elle soit ébréchée ou non, n’est pas un indicateur fiable de sécurité. Même des pièces apparemment intactes peuvent libérer des métaux lourds dans les aliments, notamment lorsqu’ils sont acides ou laissés en contact prolongé avec ces surfaces.

Qui est concerné et quelles précautions adopter

La vaisselle ancienne visée principalement est celle produite entre le début du XXᵉ siècle et les années 1950, époque où l’emploi de métaux lourds dans la fabrication des émaux était courant. Cependant, certaines pièces artisanales ou importées, sans normes sanitaires strictes, peuvent également contenir des substances toxiques similaires.

Les populations les plus vulnérables à ces expositions sont les enfants, les femmes enceintes et les personnes exposées de manière répétée. L’exposition au plomb chez l’enfant peut se traduire par des troubles du langage, des difficultés d’apprentissage et un retard de croissance, tandis que le cadmium augmente les risques de cancer et d’atteintes rénales à long terme.

Comment limiter les risques

Face à ces constats, les spécialistes recommandent de limiter l’usage quotidien de vaisselle ancienne pour la préparation, le service ou la consommation d’aliments. Ils suggèrent de réserver ces pièces à un usage décoratif ou, si l’on souhaite les conserver à table, d’y déposer uniquement des aliments qui ne sont pas en contact direct avec la surface de la céramique, comme des fruits entiers à éplucher.

Il est aussi possible d’effectuer des tests de détection de plomb ou de métaux lourds dans la vaisselle, en laboratoire spécialisé, pour déterminer si une pièce est sûre. Ces analyses fournissent une information précise sur la présence et la migration potentielle des métaux dans les aliments.

Vers une meilleure prise de conscience sanitaire

60 millions de consommateurs s'intéresse à ce problème car ces objets, autrefois relégués au fond des placards, redeviennent à la mode dans la décoration et l’art de la table. Cette tendance du vintage ne doit pas faire oublier que la santé reste une priorité, et que l’histoire des objets domestiques inclut parfois des techniques de fabrication largement dépassées, aujourd’hui incompatibles avec les exigences sanitaires actuelles.

Dans les foyers, cette information doit inciter à faire preuve de vigilance et à repenser l’utilisation des services anciens au quotidien. Comprendre pourquoi la vaisselle ancienne peut être dangereuse pour la santé est indispensable pour éviter des expositions inutiles à des métaux lourds potentiellement nocifs.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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