Fraude sociale : la faute aux entreprises et non aux assurés

La fraude sociale est devenue un argument politique récurrent, souvent brandi pour justifier des réformes ou des restrictions. Pourtant, le dernier rapport officiel met en lumière une réalité bien plus dérangeante que les discours simplificateurs : ce ne sont en réalité pas les assurés qui en sont la cause.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 14 janvier 2026 6h51
Fraude sociale : combien a-t-elle coûté à la France en 2024 ?
Fraude sociale : la faute aux entreprises et non aux assurés - © Economie Matin
12%Les professionnels de santé sont à l’origine d’environ 12 % de la fraude sociale.

Rendu public le 13 janvier 2026, le rapport du Haut conseil du financement de la protection sociale relance avec force le débat sur la fraude sociale en France. L’estimation avancée, 14 milliards d’euros pour l’année 2025, frappe les esprits. Cependant, au-delà du chiffre brut, la fraude sociale pose une question centrale : qui fraude réellement, dans quelles proportions, et pourquoi la perception collective reste-t-elle aussi éloignée des données officielles ?

Fraude sociale : un chiffre spectaculaire construit sur une estimation politique

La fraude sociale affichée à 14 milliards d’euros s’impose comme un marqueur fort du débat public. Toutefois, ce montant correspond à une estimation maximale du manque à gagner théorique, et non à des sommes effectivement détournées. Cette nuance, pourtant essentielle, est rarement mise en avant. Selon le rapport publié en janvier 2026, les données agrègent des comportements hétérogènes, parfois difficiles à qualifier juridiquement, ce qui brouille la lecture globale.

La hausse d’environ un milliard d’euros par rapport à l’estimation précédente ne reflète pas nécessairement une aggravation massive de la fraude sociale. Elle résulte principalement d’un changement méthodologique et d’un élargissement du périmètre étudié. Comme l’a expliqué Dominique Libault, président du Haut conseil, cette évolution statistique traduit davantage une meilleure appréhension du phénomène qu’une explosion des pratiques frauduleuses, selon des propos rapportés par l’AFP.

Fraude sociale des entreprises : elle pèse plus de la moitié du total

Les données officielles sont pourtant claires. La fraude sociale est majoritairement le fait des entreprises. Le rapport indique que 52 % du montant total, soit plus de 7 milliards d’euros, provient du travail dissimulé et des fraudes aux cotisations sociales patronales. Autrement dit, plus de la moitié de la fraude sociale repose sur des mécanismes mis en place par des entreprises, et non sur des abus individuels, souligne notamment Libération.

Cependant, ce constat reste largement sous-exploité dans le débat politique qui résume généralement la situation en attribuant l’ensemble de la fraude dite « sociale » aux seuls assurés. Et ce alors que la fraude sociale liée aux entreprises représente la part la plus lourde financièrement. Cette asymétrie interroge. Les secteurs les plus concernés, comme le bâtiment, l’hôtellerie-restauration ou les transports, sont connus pour leur exposition au travail dissimulé. Pourtant, les politiques de contrôle demeurent inégales, souvent limitées par des considérations économiques ou par un manque de moyens humains, selon les analyses relayées par Boursorama.

Fraude sociale des assurés : une responsabilité exagérée dans le discours dominant

La fraude sociale imputable aux assurés existe bel et bien, mais elle représente environ 36 % du total estimé, soit environ 5 milliards d’euros. Ce chiffre, issu du même rapport officiel, inclut des situations très diverses, allant d’erreurs déclaratives à des fraudes caractérisées. Toutefois, dans le débat public, cette part est fréquemment présentée comme centrale, voire majoritaire, ce qui ne correspond pas à la réalité.

Par ailleurs, les professionnels de santé sont à l’origine d’environ 12 % de la fraude sociale. Là encore, les chiffres invitent à la nuance. Dominique Libault a rappelé que « les taux de fraude sont stables » et que certaines pratiques restent difficiles à détecter, notamment les activités partiellement dissimulées, selon des déclarations rapportées par TF1 Info. Malgré cela, la focalisation politique et médiatique continue de cibler prioritairement les assurés, contribuant à entretenir une confusion entre fraude sociale et abus individuels.

Ce décalage nourrit une perception biaisée. En insistant sur la fraude sociale des assurés, le débat public tend à invisibiliser la responsabilité économique des entreprises, pourtant majoritaire en volume. Cette orientation pose une question de fond : la lutte contre la fraude sociale vise-t-elle réellement l’efficacité budgétaire, ou sert-elle avant tout un récit politique commode ?

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

1 comment on «Fraude sociale : la faute aux entreprises et non aux assurés»

  • lulu

    seule loyer 55% EDF ET GDF 35% ainsi que toutes les charges d’ un ménage un revenu modeste différence .revenu public privée .400 euros homme .femme 500 euros .partie à la retraite certain arrivent encore à bénéficiez certain avantage de l’ entreprise ..moi je suis découvert tout les mois de 700 euros le coût de la vie exorbitant .la fraude social est faites par certain qui ont tout les filon administratif .nos dirigeants .nos ministres .nos journalistes et autres ..du vol manifestes ..qui vivent grassement .sur la classe modeste ..( trois grains riz dans l’ assiette à tous ) !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

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